|
NAISSANCE D’UN DANSEUR ATYPIQUE Né à Paris, Jean Babilée, fait ses classes à l'École de danse de l'Opéra de Paris de 1936 à 1940, où Alexandre Volinine ainsi que Boris Kniaseff et Victor Gsovsky assurent sa formation. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il intègre les ballets de Cannes de Marika Besobrasova. De retour à Paris, il commence à faire parler de lui, paraissant notamment aux Soirées de la danse du Théâtre Sarah-Bernhardt, et signe sa première chorégraphie, Sérénité (1944), avec Nathalie Philippart, qui deviendra son épouse. De 1945 à 1949, il est danseur étoile aux ballets des Champs-Élysées; il crée Jeu de cartes (1945) de Janine Charrat, sur une musique de Stravinski, et le Jeune Homme et la Mort (1946) de Roland Petit, sur un texte de Jean Cocteau, rôle fétiche dans lequel il est resté inégalé. De 1950 à 1952, il est artiste invité à l’American Ballet Theatre. Très présent également sur la scène européenne, Jean Babilée se produit à l'Opéra de Paris (Giselle et Hop Frog, 1953), à la Scala de Milan (Pulcinella, 1954; Mario e il mago, 1956, mise en scène de Luchino Visconti), et au Staatsoper de Berlin (Maratona di danza, 1957, également mise en scène de Luchino Visconti). En 1956, il crée sa propre compagnie, les ballets Jean-Babilée, imprimant un style poétique à ses chorégraphies (Balance à trois avec le compositeur Jean-Michel Damase; Caméléopard). UN ARTISTE LIBRE ET EXIGEANT La fin des années cinquante et les années soixante sont pour lui l’occasion de découvrir deux univers : celui du cinéma, et celui du théâtre. Au cinéma, il joue notamment avec Hervé Bromberger (les Loups dans la bergerie, 1959) et avec Georges Franju (Pleins feux sur l’assassin, 1960). Au théâtre, il est comédien dans la Descente d’Orphée de Tennessee Williams avec Arletty (1959), le Balcon de Jean Genet (1960; mis en scène par Peter Brook) et dans la Reine verte, «spectacle total» de Maurice Béjart (1963) alliant danse et théâtre. De 1968 à 1970, Jean Babilée danse avec le Ballet-Théâtre contemporain à Amiens, où il crée Haï-Kaï (1969), sur une partition de Webern. Il est nommé directeur artistique du ballet du Rhin en 1972, poste qu’il quitte un an après. En 1976, il revient au cinéma dans Duelle, un film réalisé par Jacques Rivette. En 1979, à New York, Béjart crée pour lui Life, une évocation de sa vie qui sera un triomphe. UNE CARRIÈRE D’UNE LONGÉVITÉ EXCEPTIONNELLE En 1983, Jean Babilée retrouve Roland Petit avec qui il danse à nouveau, trente-sept ans après, le Jeune Homme et la Mort au Théâtre du Châtelet à Paris. Si sa danse a perdu quelque peu de sa force et de son agilité, elle garde toute sa magie et toutes ses qualités expressives. On le retrouve la même année au Cirque d’Hiver, dans un spectacle rock de Jacques Higelin (Jacques Joseph Victor dort). Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, il est encore l'interprète de jeunes chorégraphes contemporains, comme François Verret (L et Eux la nuit, 1988-1990) et Evita Braun (La vie c’est contagieux; en tournée européenne, 1993-1994). Il reprend Life avec Marie-Claude Pietragalla (1991), Balance à trois (1994 et 1997) et Vita Nova de Maurice Béjart au Théâtre national de Chaillot (1995). Danseur à la plastique athlétique et à la technique parfaite, Jean Babilée a développé un style fluide, aérien et précis, conférant aux passages les plus périlleux l'impression singulière du naturel. Pour lui, la danse est un état plus qu'un métier. Il a peu interprété le répertoire, privilégiant toujours les créations et les rencontres. |
|
|
Née à New York, Lauren Bacall étudie la danse durant treize ans et suit quelque temps les cours de l'American Academy of Dramatic Arts avant de se produire dans un premier spectacle à Broadway. En 1943, Howard Hawks la remarque en une de couverture de Harper's Bazaar et l'engage pour un contrat de sept ans : elle débute dans un rôle de premier plan dans le Port de l'angoisse (To Have and Have Not, 1944), avec Humphrey Bogart.
Le Port de l'angoisse Suit une série de succès, devenus des classiques, dans lesquels elle incarne, souvent aux côtés de Bogart, des personnages de femmes indépendantes et sûres d'elles-mêmes, à l'allure féline et au timbre grave : Agent secret (Confidential Agent, 1945) de H. Shumlin, le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946) de H. Hawks, les Passagers de la nuit (Dark Passage, 1947) de D. Daves, Key Largo (1948) de John Huston, la Femme aux chimères (Young Man with a Horn, 1950) de Michaël Curtiz. Après la revente par Hawks de son contrat à la Warner Bros., elle entretient avec ce studio des rapports conflictuels, refusant de nombreux rôles. Dégagée du contrat qui la liait à la Warner, elle tourne alors des films comme Écrit sur du vent (Written on the Wind, 1957), de Douglas Sirk, ou la Femme modèle (Designing Woman, 1957), de Vincente Minnelli, dans lesquels elle ne retrouve pas le niveau de ses précédents rôles. Jamais plus, d'ailleurs, elle ne renouvellera la performance des deux chefs-d'œuvre tournés avec Humphrey Bogart et Howard Hawks, dans lesquels le rôle d'ingénue à l'esprit caustique et sexy lui allait à la perfection. Ayant pris ses distances avec Hollywood après la mort d'Humphrey Bogart en 1957, Lauren Bacall reprend le chemin des studios au cours des années soixante, pour ne plus tourner désormais que des films mineurs - parmi lesquels Une vierge sur canapé (Sex and The Single Girl, 1964) de R. Quine. Elle rencontre, en revanche, davantage de succès à Broadway, avec Good-Bye Charlie (1959), Cactus Flower (1965) et Applause (1970). Elle tourne encore en 1994 avec Robert Altman dans Prêt-à-porter.
Lauren Bacall et Humphrey
Bogart dans le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946) d'Howard Hawks
|
|
|
Née à Paris, Josiane Balasko entre dans la troupe du Splendid en 1975 et commence à jouer sur la scène des cafés-théâtres, tout en participant à l’écriture de plusieurs pièces. Elle signe par la suite des scénarios pour le cinéma, Retour en force (1980) de Jean Marie Poiré, et l’Année prochaine si tout va bien (1981) de Jean Loup Hubert. À l’écran, elle apparaît chez Roman Polanski dans le Locataire (1976), chez Claude Zidi dans l'Animal (1977) et chez Claude Miller dans Dites-lui que je l’aime (1977), avant de décrocher un rôle important dans les Bronzés (1978) de Patrice Leconte. Partenaire de Coluche dans le Maître d'école (1981) de Claude Berri et dans la Vengeance du serpent à plumes (1984) de Gérard Oury, elle travaille aussi avec André Téchiné pour Hôtel des Amériques (1981) et avec Bernard Nauer pour Nuit d'ivresse (1986). Elle tourne également dans plusieurs films à succès de Jean-Marie Poiré, Les hommes préfèrent les grosses (1981) dont elle signe le scénario, Papy fait de la résistance (1982) et le triomphal Le Père Noël est une ordure (1982). Elle joue encore avec talent un personnage dramatique dans Trop belle pour toi (1989) de Bertrand Blier et donne une belle interprétation de mère de famille engagée dans Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes (1993) de Jean-Jacques Zilbermann. Josiane Balasko a aussi réalisé des films dans lesquels elle tient le rôle principal, Sac de noeud (1985), les Keufs (1987), coécrit avec le romancier Jean Bernard Pouy, Ma vie est un enfer (1991), Gazon maudit (1994), césar du meilleur scénario et grand succès commercial où elle interprète une homosexuelle venue semer la zizanie dans un couple, et Un grand cri d'amour (1998). |
|
|
Herbert Bauer, qui sera plus tard Béla Balázs, est né à Szeged, en Hongrie. Après des études universitaires, il part avec le musicien Zoltán Kodály en voyage d’étude pour Berlin et Paris. Balázs est parmi les premiers à découvrir le génie du plus grand poète hongrois, Endre Ady. Il se lie avec Béla Bartók et György Lukács. Cette dernière amitié durera toute leur vie. Lukács défend Balázs dès le début de sa carrière littéraire marquée par une oeuvre théâtrale, Dr Szélpál Margit (1909). Le rôle de la conscience dans l’art est le sujet de l’essai intitulé Halálesztétika (L’Esthétique de la mort, 1908). La création poétique intéresse Balázs autant que sa théorie. En témoignent son premier recueil de poèmes, A vándor énekel (Le vagabond chante, 1911), ainsi que les livrets d’opéra A kékszakállú herceg vára (Le Château de Barbe-Bleue, 1911) et de pantomime A fából faragott királyfi (Le Prince en bois, 1916) écrits à la demande de Bartók. Pendant la république des Conseils de 1919, Balázs s’occupe des théâtres en tant que membre du Directoire des écrivains. Après la défaite, il doit émigrer à Vienne où la vie culturelle se réorganise autour des différents pôles représentés par Lukács ou par Lajos Kassák, avec des organes comme Bécsi Magyar Újság («Journal hongrois de Vienne»). Balázs y collabore notamment avec un texte critique sur Robert Musil, jugé par ce dernier d’une grande pertinence. La même année, il inaugure une nouvelle rubrique dans le journal autrichien Der Tag : celle des critiques cinématographiques. Il est le premier à proclamer la naissance du septième art dans sa théorie du cinéma, Der sichtbare Mensch (L’Homme visible, 1924). Le succès de ce livre, dont l’originalité réside dans l’approche poétique des images, surtout celles des «premiers plans», lui vaut une invitation à Berlin où il vit de 1926 à 1931. Là, il participe, aux côtés d’Erwin Piscator et de Max Reinhardt, au théâtre d’agit-prop, et écrit de nombreux scénarios, pour Alexander Korda, G. W. Pabst (L’Opéra de quat’sous), L. Riefenstahl (Lumière bleue), entre autres. En 1930 il entreprend l’élaboration d’une esthétique du cinéma parlant; celle-ci paraît sous le titre Der Geist des Films (L’Esprit du film, 1925).
L’Allemande Leni Riefenstahl joua Junta, le fille de la montagne, dans son propre film «La Lumière bleu» (1932) Balázs continue d’écrire des poèmes, des romans et des contes dont Thomas Mann remarque la beauté. En 1931 il entre au Parti communiste allemand. Invité en Union soviétique, il y demeure jusqu’en 1945, d’abord en enseignant l’art cinématographique à Moscou, puis en collaborant à la création de films à Alma-Ata. En 1945, il rentre en Hongrie. C’est l’époque d’une méfiance accrue envers les anciens communistes : on l’empêche de faire un film sur la révolution de 1848. Il peut tout de même participer au scénario de Valahol Európában (Quelque part en Europe) de Géza Radványi. Il écrit une autobiographie sous le titre de Álmodó ifjúság (Jeunesse rêveuse, 1946). En 1949 il est réhabilité et reçoit peu avant sa mort le prix Kossuth. |
|
|
Née à Paris et élevée dans une famille de la haute bourgeoisie, Brigitte Bardot étudie la danse, puis devient modèle pour photographes avant de débuter à l'écran dans le Trou normand (1952) de Jean Boyer et Manina, fille sans voiles (1952) de Willy Rozier. D’une grande beauté, Brigitte Bardot se voit rapidement confier plusieurs rôles d’insolente ou de jeune fille candide. Apparaissant souvent demi-nue à l’écran, elle entame une carrière internationale entre l’Italie, l’Angleterre et la France. Elle tourne ainsi dans Haine, amour et trahison (Tradita, 1954) de Mario Bonnard, Hélène de Troie (Helen of Troy, 1956) de Robert Wise, les Week-ends de Néron (Mi figlio Nénore, 1956) de Steno, Rendez-vous à Rio (Doctor at Sea, 1955) de Ralph Thomas, le Fils de Caroline Chérie (1955) de Jean Devaivre, les Grandes Manoeuvres (1955) de René Clair, la Lumière d'en face (1956) de Georges Lacombe, Futures vedettes (1955) et En effeuillant la marguerite (1956) de Marc Allégret, et dans Cette sacrée gamine (1955) de Michel Boisrond. Elle devient soudain une star internationale grâce à son rôle de femme-enfant indépendante et sensuelle dans Et Dieu créa la femme (1956) de son époux Roger Vadim. Mythe mondial au sigle de BB, elle tourne ensuite plusieurs autres films avec Vadim : les Bijoutiers du clair de lune (1958), la Bride sur le cou (1961), le Repos du guerrier (1962) et Don Juan 1973 (1973).
Vadim,
Et Dieu créa la femme D'autres rôles lui permettent de faire montre de ses dons dramatiques : En cas de malheur (1958) de Claude Autant-Lara, la Femme et le Pantin (1959) de Julien Duvivier, la Vérité (1960) de Henri-Georges Clouzot, Vie privée (1962) suivi des Histoires extraordinaires (1968) de Louis Malle, et surtout le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard. Elle se distingue aussi dans la comédie : La mariée était trop belle (1957) de Pierre Gaspard-Huit, Une Parisienne (1957) et Voulez-vous danser avec moi? (1959) de Michel Boisrond, Babette s'en va-t-en guerre (1959) et les Pétroleuses (1971) de Christian-Jaque, Une ravissante idiote (1964) de Édouard Molinaro, l'Ours et la Poupée (1970) de Michel Deville, Boulevard du Rhum (1971) de Robert Enrico et l'Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-Chemise (1973) de Nina Companeez, son dernier film, puisqu’elle abandonne ensuite le métier d’actrice pour se consacrer à la défense des animaux.
Auteur d'une autobiographie comportant deux volumes, Initiales B.B. (1996) et le Carré de Pluton (1999), Brigitte Bardot reste également dans les mémoires comme l'interprète de grandes chansons de Serge Gainsbourg, telles «Bonnie and Clyde» ou «Harley Davidson». |
|
|
Soeur de Lionel et de John Barrymore. Elle a obtenu un oscar pour sa prestation dans Rien qu'un coeur solitaire (None But the Lonely Heart, 1944) de Clifford Odets. Née à Philadelphie en Pennsylvanie, elle fit ses débuts sur la scène à New York en 1894 dans les Rivaux (The Rivals) de Richard Brinsley Sheridan. Soeur de Lionel et de John, fille d'un célèbre couple d'acteurs, l'actrice Ethel Barrymore reçut l'oscar du meilleur second rôle féminin pour sa prestation dans Rien qu'un coeur solitaire (None But the Lonely Heart, 1944) de Clifford Odets. Grande interprète de la Maison de poupée d'Henrik Ibsen, elle s'est dédié autant au théâtre qu'au cinéma, sous la direction de Frank Borzage, John Sturges , Robert Siodmak et Alfred Hitchcock (le Procès Paradine, 1948). Elle joua en Grande-Bretagne avec sir Henry Irving en 1898. Aux États-Unis, elle triompha en 1905 dans le rôle principal de la Maison de poupée de Henrik Ibsen, ainsi que dans Alice-Sit-by-the-Fire de James Matthew Barrie, en 1906. En 1922, elle tint le rôle de Juliette dans Roméo et Juliette et, en 1925, celui d'Ophélie dans Hamlet. En décembre 1928, elle inaugura le Ethel Barrymore Theater à New York. Elle joua également en 1931 dans l'École de la médisance (The School for Scandal) de Sheridan et dans The Corn is Green (Le maïs est vert, 1941-1945) du dramaturge gallois Emlyn Williams. Au cinéma, elle tourna avec ses frères dans Raspoutine et sa cour (Rasputin and the Empress, 1933), et fut la vedette de nombreux films. |
|
|
Célèbre pour son interprétation d'Hamlet dans la pièce du même nom de William Shakespeare. Frère de Lionel et d'Ethel Barrymore. Il naquit à Philadelphie et fit ses débuts sur scène en 1903 à Chicago et à New York. En 1905, il joua à Londres et prit part à la tournée de l'American Company en Australie. En 1924-1925, les critiques américains de théâtre furent unanimes pour saluer la performance d'acteur de John Barrymore dans le rôle-titre d'Hamlet de William Shakespeare. Élégant et romantique, John Barrymore se produisit à nouveau aux États-Unis et au Royaume-Uni, devenant l'un des comédiens les plus célèbres de son époque. Il excella tout particulièrement dans les rôles principaux qu'il tint dans Justice (1910) du Britannique John Galsworthy, dans The Jest (la Plaisanterie, 1919) ainsi que dans Richard III (1920) et Hamlet (1924-1925) de Shakespeare. En 1912, il s'essaya au cinéma, genre auquel il se consacra quasi exclusivement dès 1925. |
|
|
L'un des plus grands acteurs de genre du cinéma hollywoodien dans les années 1930 et 1940. Il naquit à Londres, mais fit ses débuts de comédien à New York en 1893, paraissant aux côtés de sa grand-mère, Louisa Lane Drew. En 1917, il tint le rôle principal dans Peter Ibbetson du Britannique George Du Maurier, joua en 1919 avec son frère John dans la Plaisanterie de l'Italien Sem Benelli et, en 1921, dans Macbeth de Shakespeare. Il débuta au cinéma en 1907 et, après avoir quitté la scène en 1925, continua dans cette voie, jouant également dans des pièces radiophoniques et des feuilletons de télévision. L'un de ses rôles les plus connus au cinéma reste celui du Dr Gillespie dans la série du Dr Kildare qui comprenait Dark Delusion (1947) de Goldbeck. Dans les années trente et quarante, Lionel Barrymore a collaboré avec les plus grands cinéastes américains. Il a joué notamment dans des films de Tod Browning (les Poupées du diable, 1936; la Marque du vampire, 1935), Victor Fleming (l'Île au trésor, 1934) et John Huston (Key Largo, 1948). |
|
|
Née à Athens (Géorgie), Kim Basinger remporte un concours de beauté et devient mannequin à dix-sept ans. Elle exerce cette activité pendant cinq ans avant d’apparaître dans la série télévisée Drôles de dames (Charlie’s Angels, 1976) et dans quelques téléfilms, dont un remake de Tant qu’il y aura des hommes (From Here To Eternity, 1979). Elle obtient son premier rôle au cinéma dans Hard Country (1980) de David Greene, puis incarne une «James Bond girl» dans Jamais plus jamais (Never Say Never Again, 1983) d’Irvin Kershner. Blake Edwards lui confie la même année un rôle dans son remake de l’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut, The Man who Loved Women. Elle est ensuite dirigée par Robert Altman dans l’adaptation d’une pièce de Sam Shepard, Fool For Love (1985), avant de gagner les faveurs du public avec un drame osé d’Adrian Lyne où sa sensualité fait fureur, Neuf semaines et demie (9 1/2 Weeks, 1986). Peu après, Blake Edwards lui permet de dépasser son image réductrice de sex-symbol en la dirigeant, aux côtés de Bruce Willis, dans Boire et déboires (Blind Date, 1987). La jolie blonde révèle alors l’étendue de son talent en interprétant une femme timide que l’abus d’alcool rend fantasque. Batman (1989) de Tim Burton l’a consacrée comme star mais, depuis, à l’exception de deux belles apparitions dans Prêt-à-porter (1994) de Robert Altman et L.A. Confidential (1997) de Curtis Hanson, elle est restée relativement discrète à l’écran. |
|
|
La première histoire de Batman voit le jour dans la revue illustrée Detective Comics en 1939. S’érigeant en défenseur de l’ordre public, le super-héros y arbore un costume gris-violet, orné d’un écusson en forme de chauve-souris sur la poitrine, et coiffe un masque aux oreilles pointues. À l’instar de Superman, Batman mène une double existence et prend, à la ville, les traits du multimilliardaire Bruce Wayne. Témoin du meurtre de ses parents alors qu’il était enfant, ce dernier fait le serment de combattre le crime, sans toutefois recourir à aucune arme. Outre un large éventail de moyens techniques, Batman mise sur ses capacités physiques hors du commun pour triompher des malfrats. Avec l’aide de son assistant Robin, dont il s’est tôt adjoint les services, Batman affronte à intervalles réguliers divers adversaires, dont le Joker, l’Homme-Mystère, Catwoman, Double-Face ou le Pingouin.
Couverture du premier album des aventures de Batman et Robin, paru en 1939 Dans les années soixante, les aventures de Batman sont adaptées pour la télévision en quelque 120 épisodes. Néanmoins, la série se révèle trop proche de l’autoparodie et a, de ce fait, des répercussions négatives sur la qualité de la bande dessinée. Depuis 1989, c’est le cinéma qui s’est intéressé à ce super-héros. Tim Burton en donne deux adaptations : Batman, en 1989, avec dans les rôles titres Michael Keaton (Batman/Bruce Wayne) et Jack Nicholson (le Joker), et deux ans plus tard Batman, le défi, interprété par Michael Keaton, Danny DeVito et Michelle Pfeiffer. Bien que cette dernière version ait été mieux appréciée par la critique, c’est la première qui a fait événement, battant des records d’entrées et déclenchant, à grands renforts de produits dérivés, une véritable Batmania. En 1994, Joel Schumacher réalise un Batman forever assez conforme à l’esthétique de la bande dessinée.
|
|
|
Né à Montrouge, Harry Baur suit des études d’art dramatique au conservatoire de Marseille. Il devient secrétaire de Mounet-Sully et obtient ses premiers succès au théâtre du Palais-Royal, au Grand-Guignol et au Théâtre Antoine avec Firmin Gémier. Il jouera par la suite dans Jazz (1926) et Fanny (1931), deux pièces de Marcel Pagnol. En 1929, il est élu président de l’Union internationale des artistes. C’est au cinéma qu’il acquiert sa popularité, s’affirmant dans la production des années trente comme un «monstre sacré», variante française de la star américaine. Peu attiré par le cinéma muet, il s’impose dès 1931 dans David Golder de Julien Duvivier, avec qui il tourne de nombreux films : Poil de carotte, d’après Jules Renard (1932), la Tête d’un homme (1933), où il est un excellent commissaire Maigret, Golgotha (1935), le Golem, d’après Gustav Meyrinck (1936), et Un carnet de bal (1937). Il obtient un grand succès en interprétant Jean Valjean, un rôle à sa mesure, dans les Misérables de Raymond Bernard (1934). Il tourne dans de nombreux longs métrages, affectionnant plus particulièrement les atmosphères « slaves » telles qu’on les imagine à l’époque en France, avec la complaisance de cinéastes russes émigrés (Nuits moscovites, 1934, et Tarass Boulba, 1936, d’Alexis Granowsky ; les Yeux noirs, 1935 et Nostalgie, 1937, de Victor Tourjansky). Sous la direction de Pierre Chenal, il interprète le juge Porphyre dans Crime et Châtiment (1935), puis Paul Ier, le tsar fou, dans le Patriote (1938) de Maurice Tourneur et enfin Raspoutine dans la Tragédie impériale de Marcel L’Herbier (1938). Dénoncé sous l’Occupation pour ses origines juives, il est arrêté et torturé par la Gestapo. Il meurt quelques jours après sa libération. |
|
|
Fille du chanteur Guy Béart, Emmanuelle Béart passe son enfance dans le Var avec sa mère, avant de partir seule pour le Canada alors qu’elle est encore adolescente. De retour en France en 1982, elle fait ses premiers pas d’actrice à la télévision et au cinéma dans Demain les mômes de Jean Pourtalé (1976). Après Premiers désirs (1984) de David Hamilton et Un amour interdit (1984) de Jean-Pierre Dougnac, Emmanuelle Béart est véritablement révélée par Manon des sources (1986) de Claude Berri. Elle devient alors l’une des actrices françaises les plus recherchées. Au gré d’une carrière qui s’efforce de concilier cinéma d’auteur et cinéma commercial, Emmanuelle Béart apparaît aussi bien chez André Téchiné (J’embrasse pas, 1991), Yannick Bellon (les Enfants du désordre, 1989), Claude Chabrol (l’Enfer, 1994), Claude Sautet (Un coeur en hiver, 1992; Nelly et M. Arnaud, 1995), Jacques Rivette (la Belle Noiseuse, 1991) que chez Régis Wargnier (Une femme française, 1995), Francis Weber (Don Juan, 1998), Yves Angelo (Voleur de vie, 1998) ou Brian De Palma (Mission : impossible, 1996).
|
|
|
Warren Beatty imposa, au travers de ses rôles et de sa vie privée, une image de grand séducteur et fut reconnu en tant que réalisateur, en 1981, grâce à Reds Acteur révélé par la Fièvre dans le sang (Elia Kazan, 1961), sacré vedette avec Bonny and Clyde (A. Penn, 1967), séducteur impénitent, maintenant marié avec l'actrice Annette Beaning (les Arnaqueurs, Stephen Frears, 1990), Warren Beatty est notamment le réalisateur de Reds (1981), une biographie du journaliste américain John Reed, de Dick Tracy (1990), adapté de la bande dessinée éponyme, de Bugsy (1991) et de Bulworth (1998). Frère cadet de Shirley MacLaine, Warren Beatty suivit des cours de comédie auprès de Stella Adler. Après avoir travaillé à la télévision et au théâtre, il fit ses débuts à l'écran dans le film la Fièvre dans le sang (Splendor in the Grass, 1961), d'Elia Kazan. Au début de sa carrière, ses rôles d'anti héros dans des films tels que l'Ange de la violence (All Fall Down, 1962), de Frankenheimer ou Mickey One (1965), d'Arthur Penn, contribuèrent à faire reconnaître son talent. Cependant, il ne connut une réelle célébrité qu'à partir de 1967 grâce à Bonnie and Clyde, qui lui valut l'oscar du meilleur acteur pour son interprétation du rôle du gangster Clyde Barrow. Beatty devint, dès lors, une figure importante d'Hollywood. Il s'illustra par la suite dans John MacCabe (John MacCabe and Mrs Miller, 1971), de Robert Altman et À cause d'un assassinat (The Parallax View, 1974), d'Alan J. Pakula. Pour le film Shampoo, portrait à peine voilé de l'acteur, réalisé par Hal Ashby (1975), il cumula les rôles de vedette, producteur et coscénariste. Il ajouta à ces fonctions celle de coréalisateur, avec Buck Henry, pour Le ciel peut attendre (Heaven Can Wait, 1978), comédie qui eut un large succès auprès du public. Il remporta un immense succès avec le film Reds (1981), biographie passionnée et brillamment détaillée du journaliste John Reed, pour laquelle il reçut l'oscar du meilleur réalisateur. Il produisit, réalisa et fut l'interprète principal de Dick Tracy (1990), adaptation à gros budget de la bande dessinée du même nom. Suivit Bugsy (1991), de Barry Levinson, où il avait pour partenaire Annette Bening, qu'il épousa et avec laquelle il tourna par la suite dans Love Affair (1994). |
|
|
Il a fait irruption dans la mise en scène avec un film retentissant, les Poings dans les poches (I Pugni in tasca, 1966), une vigoureuse attaque contre la famille. D'autres satires mordantes, violentes, tragiques ont pris pour cible l'Église Au nom du père (Nel nome del padre, 1971) ou l'armée Marche triomphale (Marcia triomfale, 1976). Il a travaillé plusieurs années sur le monde psychiatrique et a participé à plusieurs films collectifs orientés à gauche. Le Diable au corps (il Diavolo in corpo, 1986), qui lui a permis d'obtenir un large succès à cause de certaines audaces érotiques, fut suivi de quelques films qui ont déçu le public et la critique.
Bellocchio (Marco), les Poings
dans les poches
|
|
|
Né à Neuilly-sur-Seine, fils du sculpteur Paul Belmondo, Jean-Paul Belmondo s’oriente d’abord vers le sport, puis, tenté par le métier d’acteur, il entre au Conservatoire national d’art dramatique en 1951. Il débute à l’écran dans Sois belle et tais-toi (1957) de Marc Allégret, puis tient la vedette du court métrage Charlotte et son Jules (1958) de Jean-Luc Godard. Il collabore ensuite avec Claude Chabrol pour À double tour (1958) et avec Claude Sautet pour Classe tous risques (1959), avant de devenir célèbre pour son extraordinaire prestation dans À bout de souffle (1960) de Jean-Luc Godard. Il tourne également, en Italie, la Novice (Lettere di una Novizia, 1960) de Alberto Lattuada, La Vaccia (1960) de Mauro Bolognini et la Ciociara (1960) de Vittorio De Sica. On le voit ensuite dans Moderato Cantabile (1960) de Peter Brook, Léon Morin prêtre (1961), le Doulos (1963) et l’Aîné des Ferchaux (1963) de Jean-Pierre Melville, Une femme est une femme (1962) et Pierrot le fou (1965) de Jean-Luc Godard. À travers ses collaborations avec Philippe de Broca dans Cartouche (1961), l'Homme de Rio (1964), les Tribulations d'un Chinois en Chine (1965), le Magnifique (1973) et l'Incorrigible (1974) et avec Henri Verneuil dans Un singe en hiver (1962), 100 000 dollars au soleil (1964), Week-end à Zuydcoote (1965), le Casse (1971), Peur sur la ville (1975), le Corps de mon ennemi (1976) et les Morfalous (1984), Jean-Paul Belmondo est devenu l’un des acteurs français les plus populaires, l’une des valeurs commerciales les plus sûres du cinéma hexagonal. Au fil de sa carrière, s’il est encore apparu dans des films ambitieux comme le Voleur (1967) de Louis Malle, la Sirène du Mississippi (1969) de François Truffaut et Stavisky (1975) d’Alain Resnais, il s'est peu à peu orienté vers le comique avec le Cerveau (1969) et l'As des as (1982) de Gérard Oury, l'Animal (1977) de Claude Zidi, le Guignolo (1980) et Joyeuses Pâques (1984) de Georges Lautner et vers le film d'action avec Borsalino (1970), le Marginal (1983) et le Solitaire (1986) de Jacques Deray, l'Héritier (1973) et l'Alpagueur (1976) de Philippe Labro, Flic ou voyou (1979) et le Professionnel (1981) de Georges Lautner. Dans son importante filmographie, il faut encore citer Paris brûle-t-il ? (1966) de René Clément, les Mariés de l'an II (1970) de Jean-Paul Rappeneau, Docteur Popaul (1972) de Claude Chabrol et ses films avec Claude Lelouch : Un homme qui me plaît (1969), Itinéraire d'un enfant gâté (1988) et les Misérables (1995). Revenu au théâtre dans Kean (1987), Cyrano de Bergerac (1990) et la Puce à l'oreille (1996), il tourne désormais moins de films, mais se réserve néanmoins de beaux rôles, comme dans l'Inconnu dans la maison (1992) de Georges Lautner, Désiré (1996) de Bernard Murat, Une chance sur deux (1998) de Patrice Leconte et Peut-être (1999) de Cédric Klapish. |
|
|
Née à New York dans une famille aisée, Marisa Berenson est la petite-fille de la couturière Elsa Schiaparelli et la petite-nièce de l’historien d’art Bernhard Berenson. Influencée par le parcours de sa grand-mère, elle commence à travailler dès l’âge de dix-sept ans dans le monde de la mode et pose très rapidement pour les plus grands studios et magazines, dont le Harper’s Bazar, sous les objectifs de photographes renommés comme David Bailey et Helmut Newton. Très en vogue dans les années soixante-dix et quatre-vingt, elle fait de plus en plus fréquemment la couverture des magazines symbolisant l’image de la femme mystérieuse, mondaine, sophistiquée et inaccessible. Parallèlement à sa carrière de cover-girl, Marisa Berenson fait ses premiers pas au cinéma, en 1961, dans le film de Michael Winner Nus au soleil (Some Like it Cool). Ce n’est que dix ans plus tard, en 1971, que sa fragile beauté est remarquée par Visconti avec lequel elle tourne Mort à Venise. Elle joue également dans Cabaret de Bob Fosse (1972) et enfin tient son plus grand rôle dans Barry Lindon de Kubrick (1975). Depuis lors, sa carrière cinématographique, qui a certainement souffert de son image de cover-girl, semble s’essouffler bien qu’elle ait aujourd’hui plus d’une vingtaine de films à son actif.
|
|
|
Née à Stockholm, Ingrid Bergman débute au théâtre en 1932, puis au cinéma dans Munkbrogeven (1934) d’Edvin Adolfson. Elle devient une vedette de l’écran avec Pa Solsidan (1936) et Intermezzo (1936) de Gustav Molander. David O’Selznick l'engage à Hollywood pour la Rançon du bonheur (Intermezzo), remake de son succès suédois réalisé par Gregory Ratoff. Elle obtient ses premiers grands succès américains avec Dr. Jekyll and Mister Hyde (1941) de Victor Fleming, le légendaire Casablanca (1943) de Michael Curtiz et Pour qui sonne le glas? (For Whom The Bell Tolls, 1943) de Sam Wood. Son rôle dans Hantise (Gaslight, 1944) de George Cukor lui vaut un oscar et sa prestation dans les Cloches de Sainte Marie (The Bells of St Mary’s, 1945) la porte au rang de star. Elle incarne peu après Jeanne d'Arc (Joan of Arc, 1945), sous la direction de Victor Fleming. Alfred Hitchcock la dirige dans la Maison du Docteur Edwards (Spellbound, 1945), les Enchaînés (Notorious, 1946) et les Amants du Capricorne (Under Capricorn, 1949), puis elle sacrifie sa carrière hollywoodienne à son amour pour Roberto Rossellini, qu'elle épouse et qui la dirige dans Stromboli (Stromboli, terra di Dio, 1949), Europe 51 (Europa 51, 1952), Nous les femmes (Siamo Donne, 1953), Voyage en Italie (Viaggio in Italia, 1954), Jeanne au bûcher (Giovanna d'Arco al rogo, 1954) et la Peur (Angst, 1955). Elle tourne ensuite Elena et les hommes (1956) avec Jean Renoir, puis revient à Hollywood pour interpréter Anastasia (1956) d’Anatole Litvak, qui lui vaut un deuxième oscar. Après Indiscret (Indiscreet, 1958) de Stanley Donen, l'Auberge du sixième bonheur (The Inn of the Sixth Happiness, 1958) de Mark Robson et Aimez-vous Brahms? (Good Bye Again, 1961) d’Anatole Litvak, elle tourne en Allemagne la Rancune (Der Besuch, 1963) de Bernard Wicky, et en Suède Stimulantia (1967) de Gustav Mollander. Elle obtient son troisième oscar avec le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient-Express, 1974) de Sidney Lumet, et interprète Nina (A Matter of Time, 1976) de Vincente Minnelli et Sonate d'automne (Höstsonaten, 1978) d’Ingmar Bergman. Ingrid Bergman s’illustre également au théâtre, où elle apparaît notamment dans Liliom de Ferenc Molnar à New York (1940), et dans Thé et Sympathie de Robert Anderson à Paris (1955), ainsi que dans de nombreuses autres pièces en Europe. Elle se produit aussi à la télévision, qui lui décernera une récompense, l’Emmy Award, pour son rôle de Golda Meir dans A Woman Called Golda (1981) d’Alan Gibson. En 1980, Ingrid Bergman a publié ses mémoires sous le titre My Story. |
|
|
Né à Londres, élève de l'Academy of Dramatic Arts de Londres puis de Jacques Lecoq à Paris, Stephen Berkoff fonde en 1968 le London Theatre Group pour y appliquer un style de jeu inspiré de sa pratique d’acteur et des conceptions d'Antonin Artaud, conçu comme «un moyen d'expression compulsif parce qu'il touche les sources primitives et les fait émerger». Berkoff veut un acteur «débridé et empli de la sensation du danger», utilisant ses instincts enfouis, toute sa force physique et ses ressources vocales pour exprimer le texte à travers des images physiques frappantes, propres à marquer fortement l'imagination du spectateur. Le London Theatre Group acquiert sa réputation par ses adaptations de Kafka, en particulier la Métamorphose (1968), traitée en monologue, véritable performance athlétique que Berkoff interprète lui-même. C'est dans de tels monologues que, selon lui, l'expression de l'acteur trouve sa pleine intensité et il aura fréquemment recours à cette forme dans son écriture (Harry's Christmas, 1985) ou ses spectacles (la Chute de la Maison Usher d'Edgar Allan Poe, 1974). À l'«expression extrême» de ce jeu puissamment physique, il offre dans ses pièces une écriture exploitant la poésie lyrique d'inspiration shakespearienne et le langage de la rue, dans un flux violent et continu. Ses pièces sont de virulentes satires sociales : East (1975), en une longue diatribe poétique et obscène mélangeant l'argot cockney le plus cru et la grandiloquence du vers élisabéthain, décrit la vie de la classe ouvrière dans l'East End en une succession décousue de scènes de bagarres et de fornications..., de violentes dénonciations politiques - Coulez le Bergano (1982) raconte un épisode de la guerre des Malouines dans une parodie punk du lyrisme shakespearien, teinté de comédie boulevardière - ou décrivent des univers psychanalytiques sombres et inquiétants : dans À la grecque (1980), une réécriture contemporaine d'Oedipe-Roi de Sophocle, l'amour incestueux apparaît comme seule solution à la tragédie; Kvetch (1986) et Acapulco (1986), inspirées de la brève carrière de l’acteur à Hollywood, où il a tenu des rôles de méchants dans des films de second ordre, sont dédiées «à ceux qui ont peur» et montrent, dans l'atmosphère vaine et oppressante d’Hollywood, des personnages victimes des terreurs issues de leur inconscient. À la grecque, Kvetch et Décadence ont été créées en France au Théâtre de la Colline par Jorge Lavelli (respectivement en 1990, 1992 et 1995). |
|
|
Né dans le Bronx (New York), John Berry connaît une enfance défavorisée. Très jeune, il devient comédien et fait du music-hall, puis entre dans la troupe du Shakespeare Fellowship. Il travaille ensuite avec Orson Welles comme acteur et assistant au Mercury Theater, puis s'oriente vers la mise en scène de théâtre. Il réalise parallèlement un documentaire sur les élections présidentielles, Tuesday in November (1942). Il se fixe ensuite à Hollywood, où John Houseman lui permet de faire ses premiers films, Miss Susie Slagle’s (1946) avec Veronika Lake et Cross my Heart (1946) avec Betty Hutton. Dans From This Day Forward (1946), il commence à mettre au jour ses préoccupations sociales et ses affinités esthétiques avec le courant néoréaliste. Il tourne ensuite une version musicale de Pépé le Moko, Casbah (1948), puis signe deux films noirs, Tension (1949) et Menaces dans la nuit (He Ran All The Way, 1951), dans lequel John Garfield apparaît pour la dernière fois à l’écran. Politiquement très engagé, il réalise - à la demande de son ami Edward Dmytryk - The Hollywood Ten (1950), un documentaire en faveur des victimes de la Commission des activités anti-américaines menée par le sénateur McCarthy et l'avocat Richard Nixon, avant d’être dénoncé comme communiste par le même Dmytryk. Inscrit sur la liste noire d’Hollywood et contraint à l'exil, il vit d'expédients en Angleterre, puis en France, avant de diriger Eddie Constantine dans Ça va barder (1955) et Je suis un sentimental (1955), qui obtiennent un grand succès populaire. Berry s’installe ensuite en France, et met en scène Fernandel dans Don Juan (1956), Curd Jurgens et Jean Servais dans Tamango (1958), puis Dario Moreno dans le délirant O Qué Mambo (1958). Après avoir signé Maya (1966), il réalise une comédie burlesque intitulée À tout casser (1969), avec Eddie Constantine et Johnny Hallyday; mais le film ayant été entièrement remanié au montage par le producteur, Berry, indigné, fait retirer son nom du générique. Il vit pendant plusieurs années de ses cachets de comédien spécialisé dans la post-synchronisation, puis rentre aux États-Unis pour tourner un film entièrement interprété par des comédiens noirs, Claudine (1974), qui témoigne de la persévérance de son engagement en faveur de la communauté afro-américaine. Berry réalise ensuite Thieves (1978) et The Bad New Bears Go To Japan (1978), puis revient en France où il signe Voyage à Paimpol (1985), interprété par Myriam Boyer et Michel Boujenah, avant de tourner un nouveau film noir : Il y a maldonne (1988). Il repart ensuite à Hollywood pour le tournage d’A Captive in the Land (1990) et fait, dès lors, de fréquents allers et retours entre Paris et son pays d’origine. Berry a également monté de nombreuses pièces de théâtre. Juste avant sa mort, ce cinéaste atypique et passionné a réalisé un dernier film, Boesman et Lena (1999). |
|
|
Né à Poitiers, Jules Berry, entre aux Beaux-Arts et se destine à l'architecture, mais se retrouve engagé comme comédien après avoir, par jeu, passé une audition au théâtre Antoine. Il se consacre ensuite pleinement au théâtre comme comédien et metteur en scène, faisant toutefois quelques apparitions dans des films muets comme Cromwell (1911) de Henry Desfontaines et l'Argent (1928) de Marcel L'Herbier. À l'arrivée du cinéma parlant, précisément à partir de 1931, il n'apparaît plus en revanche que sept fois au théâtre, mais joue dans plus de quatre-vingt-dix films. Jules Berry excelle dans les compositions de personnages élégants, cyniques, beaux parleurs, ironiques et superbes. Les réalisateurs ne l’ignorent pas et l'engagent pour cette raison afin qu'il étoffe ce type de personnages de son style incomparable. Il a trouvé ses meilleurs rôles dans des films de Robert Siodmak : Quick (1932) et Cargaison blanche ou le Chemin de Rio (1936). D’autres d’Yves Mirande : Baccara (1935), Café de Paris (1938), Derrière la façade (1939), Paris-New York (1939) et l'An Quarante (1940). De Jean Dréville : Touche à tout (1935) et Son oncle de Normandie (1938). De Christian-Jaque : Monsieur Personne (1935), Rigolboche (1936) et la Symphonie fantastique (1941). D’Albert Valentin : l'Héritier de Mondésir (1939) et Marie Martine (1942). De Kurt Bernhardt : Carrefour (1938). D’André Berthomieu : le Mort en fuite (1936) et Eusèbe député (1938). De Roger Richebé, l'Habit vert (1937), et de Louis Daquin, le Voyageur de la Toussaint (1942). Enfin, ses performances dans Voleur de femme (1936) d’Abel Gance, Le jour se lève (1939), les Visiteurs du soir (1942) de Marcel Carné et le Crime de monsieur Lange (1935) de Jean Renoir ont fait de Jules Berry l’une des grandes figures du cinéma français.
|
|
|
Après de timides débuts au théâtre de Naples, elle décide de partir pour Rome où elle deviendra (avec Lyda Borelli) l’actrice italienne la plus célèbre de son époque (voir italien, cinéma). Entre 1909 et 1921, elle a joué dans pas moins de quatre-vingt-dix films dans les genres cinématographiques les plus divers, du registre populaire à celui de la femme fatale, de Nelly la Gigolette (1914) à Fedora (1916). La légende s’empare vite de Francesca Bertini au point que le terme de «diva» que nous connaissons aujourd’hui a été spécialement forgé à son intention. Au sein de son impressionnante filmographie, on peut aussi distinguer Assunta Spina de G. Serena (1915), la Signora dalle camelie (id.), ou encore la Femme d’une nuit de Marcel L’Herbier. En 1965, Visconti lui offre un rôle dans le film Sandra. Francesca Bertini exige alors une somme telle que la proposition tourne court; pourtant, en 1976, elle jouera encore dans 1900 de Bertolucci. |
|
|
Née à Grenoble, Juliet Berto, commence sa carrière comme comédienne de théâtre et se produit dans Off Limits d’Arthur Adamov, la Tempête de Shakespeare, et Deux ou trois Don Juan de Michel Berto. Au cinéma, elle tourne d'abord dans plusieurs films de Jean-Luc Godard, Deux ou trois choses que je sais d'elle (1966), la Chinoise (1967), Week end (1967) et le Gai Savoir (1968). Elle travaille ensuite avec Francis Leroi pour Ciné-Girl (1968), avec Marcel Camus pour Un été sauvage (1969), avec Pierre Grimblat pour Slogan (1969). Elle joue également dans Défense de savoir (1973) de Nadine Trintignant, dans Sex-Shop (1972) et le Mâle du siècle (1975) de Claude Berri, dans les Caïds (1972) de Robert Enrico, et dans le Protecteur (1974) de Roger Hanin, tout en participant à quelques aventures de l'avant-garde cinématographique de l'époque, comme Détruisez-vous (1968) de Serge Bard, Roues de cendres (1968) de Peter Goldmann, et l'Escadron Volapuck (1969) de René Gilson. Sa carrière de comédienne s’est toujours partagée entre des films produits de façon traditionnelle, comme la Cavale (1971) de Michel Mitrani, le Milieu du monde (1974) d’Alain Tanner ou Monsieur Klein (1976) de Joseph Losey, et des oeuvres plus marginales tournées par Jacques Rivette, Out One (1971), Céline et Julie vont en bateau (1974) et Duelle (1976) ou par Glauber Rocha, Claro (1975). Elle a également écrit un roman, la Fille aux talons d'argile (1982), et signé le scénario et la mise en scène de Neige (1980), en coréalisation avec Jean-Henri Roger, de Cap Canaille (1983) et de Havre (1986), avant de mourir à l’âge de quarante-trois ans. |
|
|
Né à Paris, Jean-Pierre Bertrand est d'abord cameraman pour le cinéma, et réalise quelques films. À ses débuts, son travail est ainsi marqué par l'utilisation du film et de la photographie, dans des installations où il tente de saisir l'éphémère, de figer des instants fugaces ou dérisoires, la transformation ou mutation des éléments naturels (pluie, lumière). C'est en effet le travail du temps qui intéresse Bertrand, et sa possible captation dans la «peinture», qui est par définition un temps clos sans durée, pour en restituer l'expérience et mettre en oeuvre cet «admirable tremblement du temps» (Gaëtan Picon) qui ne semble manifester sa présence que dans l'effritement et la corrosion (la Totalité des citrons, 1976). Le procédé utilisé par Bertrand consiste à imbiber des feuilles de papier d'acrylique et de matières «symboliques» qui confrontent l'art et le mythe : miel, sel et citron. Parfois griffonnées ou rayées de traits de crayon, elles sont ensuite encadrées dans des cornières métalliques, la surface étant protégée par une plaque de Plexiglas. Ces objets au statut hybride semblent identiques par la répétitivité même de leur composition et de leur mode d'exposition : ils sont disposés généralement en séries, en diptyques ou en triptyques (installation au Magasin-Centre national d'art contemporain de Grenoble, 1988; Arithmétique de la passion, 1990). À cette syntaxe quasi rituelle, d'une fixité toute solennelle, s'oppose la nature changeante des surfaces, dont on ne perçoit l'infinie variété des détails et des nuances qu'en s'attardant un peu à les contempler, pour en saisir le langage. Elles montrent la fascination de Bertrand pour la transformation et la corruption de la matière auxquelles elles sont irrémédiablement soumises, et auxquelles il soumet corrélativement sa propre oeuvre. Cette métaphore du travail du temps a également été développée dans le Livre de sel (1980-1985), où des boîtes métalliques, empilées et rangées dans des containers transparents, s'oxydent sous l'action du sel qu'elles contiennent. L'oeuvre de Jean-Pierre Bertrand a été récompensée en 1990 par le grand prix national de peinture. Elle est montrée régulièrement par la Galerie de France (Paris). De 1987 à 1991, l'artiste a réalisé des verrières pour l'église de Bourg-Saint-Andéol (Ardèche). En 1993, l'ARC (musée d'Art moderne de la Ville de Paris) lui a consacré une rétrospective.
|
|
|
Née à Paris, Juliette Binoche suit des études d’art dramatique et débute à seize ans au théâtre et à vingt ans au cinéma dans Je vous salue Marie (1984) de Jean-Luc Godard, suivi de la Vie de famille (1985) et Rendez-vous (1985) d’André Téchiné, où son rôle de jeune femme victime des dérives de deux hommes tourmentés lui apporte un statut de vedette. Elle devient une actrice d'envergure internationale avec l’Insoutenable Légèreté de l’être (The Unbearable Lightness of Being, 1988) de Philip Kaufman d’après un roman de Milan Kundera. Leos Carax lui offre deux rôles difficiles dans Mauvais sang (1986) et les Amants du Pont-Neuf (1988-1991) où elle incarne une clocharde aveugle au bord de la folie. Elle se fait encore remarquer dans Fatale (1992) de Louis Malle et dans deux oeuvres de la trilogie de Krzysztof Kieslowski, Trois couleurs : Bleu (1993) et Trois couleurs : Blanc (1994), suivies de l’original Un divan à New York (1995) de Chantal Ackerman. Elle est aussi la vedette de grosses productions, plus conventionnelles, telles le Hussard sur le toit (1995) de Jean-Paul Rappeneau, d’après de roman de Jean Giono, et le Patient anglais (The English Patient, 1996) d’Anthony Minghella, qui lui vaut un oscar à Hollywood. En choisissant ses rôles avec discernement, cette actrice lumineuse et intense connaît une carrière remarquable, conciliant popularité et exigence, n’hésitant pas à mettre en jeu ses acquis comme dans l'intéressant Alice et Martin (1998) d’André Téchiné.
|
|
|
Née à Londres, venue en France à la fin des années soixante, après quelques petits rôles au cinéma (The Knack, de Richard Lester, 1965; Blow up, de Michelangelo Antonioni, 1966), Jane Birkin commence sa carrière de chanteuse en enregistrant avec Serge Gainsbourg - rencontré sur le tournage de Slogan (Pierre Grimblat, 1969) -, dont elle devient la femme et la muse. Leur premier titre, Je t’aime, moi non plus, au texte d’un érotisme provocateur, initialement écrit pour Brigitte Bardot (le mari de cette dernière interdit en effet que la version Bardot-Gainsbourg soit diffusée), déclenche un énorme scandale. Je t’aime, moi non plus sera quelques années plus tard, en 1976, le titre d’un film réalisé par Serge Gainsbourg, avec Jane Birkin et l’acteur fétiche d’Andy Warhol, Joe Dallessandro, histoire de l’amour d’un marginal homosexuel pour une serveuse androgyne.
Jane Birkin et Serge Gainsbourg Elle alterne dès lors la chanson, avec des albums que Gainsbourg écrit pour elle (Ballade de Melody Nelson, 1970; Lolita Go Home, 1975; Ex-fan des sixties, 1978; Baby Alone in Babylone, 1983; Lost song, 1987; Amours des feintes, 1990), et des rôles dans des films populaires, comme La moutarde me monte au nez (1974) de Claude Zidi, ou dans les films d’auteur : la Pirate (1984) de Jacques Doillon, l’Amour par terre (1984) et la Belle Noiseuse (1991) de Jacques Rivette, Jane B. par Agnès V. (1987) et Kung-fu Master (1987) d’Agnès Varda, etc. Au fur et à mesure de l’évolution de sa carrière de chanteuse, elle a affiné sa voix qui, à l’origine très fluette, a pris de l’ampleur (comme en témoignent plusieurs expériences théâtrales), sans pour autant se défaire de son savoureux accent british : à ses débuts, simple interprète de l’écriture de Gainsbourg, elle est devenue aujourd’hui la fidèle gardienne de sa mémoire, fragile et bouleversante. En effet, au lendemain de la mort de Gainsbourg en 1991, Jane Birkin dédie à ce dernier une tournée de concerts, puis, après avoir annoncé qu’elle abandonnait la chanson, y revient en 1996 avec un album (Versions Jane), dans lequel elle reprend des chansons du disparu qu’elle n’avait jamais interprétées, orchestrées par des musiciens d’horizons très différents. On retient en particulier sa version de la Gadoue, interprétée à l’origine par une autre Britannique, Petula Clark, et ici accompagnée par les Négresses Vertes.
|
|
|
Né à Paris, Francis Blanche fait ses débuts au cabaret à l’âge de dix-sept ans, après une scolarité brillante. Auteur de «la Truite de Schubert», de «Général à vendre» (interprétés par les Frères Jacques) et de «la Pince à linge» (interprétée par les Quatre Barbus sur un air qui caricature les premières mesures de la Cinquième Symphonie de Beethoven), ainsi que de chansons surréalistes comme «Débit de l’eau, débit de lait», écrit avec Charles Trenet, il couvre tous les genres de la chanson : chanson faussement traditionnelle avec «le Prisonnier de la tour», chanson américaine avec «Davy Crockett», chanson réaliste avec «Ça tourne pas rond, dans ma p’tite tête...».
Pierre Dac et Francis Blanche Ses oeuvres ont été interprétées aussi bien par Tino Rossi que par Édith Piaf, par les Frères Jacques que par les Compagnons de la Chanson. À la radio, il anime dans les années cinquante des émissions de variétés et de divertissement Faites chauffer la colle et interprète avec Pierre Dac plus de mille épisodes d’un feuilleton d’abord intitulé Malheur aux barbus, puis Signé Furax. Les canulars qu’il distille sur les ondes radiophoniques (les coups de téléphone du commissaire Macheprot), comme la façon pince-sans-rire qu’il a d’interpréter brillamment au cinéma des rôles de géniaux loufoques (de Papa Schulz, le général allemand de Babette s’en va-t’en guerre, de Christian-Jaque, 1959, au tonton des Tontons flingueurs, de Lautner, 1963) sont autant de témoignages du talent de cet artiste éclectique (il a écrit, seul ou en collaboration, et parfois sur des musiques célèbres, plus de quatre cents chansons, mais a aussi été scénariste de la Grande Bouffe, de Ferreri, 1973), dont la devise semblait être de prendre plaisir à s’amuser autant qu’il amusait les autres.
|
|
|
Né à Paris, Gérard Blain obtient ses premiers rôles au cinéma dans les Fruits sauvages (1953) de Hervé Bromberger, Avant le déluge (1954) d’André Cayatte, Voici le temps des assassins (1956) de Julien Duvivier, Crime et Châtiment (1956) de Georges Lampin et les Jeunes Maris (Giovani Mariti, 1957) de Mauro Bolognini. François Truffaut le dirige ensuite dans son premier film, les Mistons (1958), et Claude Chabrol en fait une vedette, aux côtés de Jean-Claude Brialy, dans le Beau Serge (1958), film phare de la Nouvelle Vague, et dans les Cousins (1958). En Italie, Carlo Lizzani lui donne les premiers rôles dans le Bossu de Rome (Il Gobbo, 1960) et de Traqués par la Gestapo (l’Oro di Roma, 1961). Il joue également dans la Rue des amours faciles (Via Margutta, 1960) de Mario Camerini, et dans les Dauphins (i Delfini, 1960) de Francesco Maselli. Faisant un bref passage à Hollywood, il apparaît également dans Hatari ! (1962) de Howard Hawks. Il tourne encore dans Un homme de trop (1966) de Constantin Costa-Gavras, Joe Caligula (1967) de José Bénazéraf, l’Ami américain (Der Amerikanische Freunde, 1976) de Wim Wenders, la Machine (1977) de Paul Vecchiali et la Flambeuse (1980) de Rachel Weinberg. Parallèlement à sa carrière d’acteur, il passe à la réalisation avec les Amis (1971) - léopard d’or au Festival de Locarno -, qui présente tous les thèmes que son cinéma ne cessera d’aborder : l’enfance, la famille, l’argent, l’arrivisme et la marginalité. Réalisés avec une grande économie de moyens, ses films se détournent du spectacle ou de la psychologie pour porter un regard plus direct sur le monde. Cette recherche intransigeante anime le Pélican (1974), fable pessimiste sur l’amour d’un homme pour son fils, et Un enfant dans la foule (1976), film en grande partie autobiographique sur le trajet chaotique d’un enfant pendant l’Occupation. Après Un second souffle (1978) et le Rebelle (1980), Blain réalise un portrait télévisé de Michel Tournier en 1983. Il travaille encore pour la télévision en adaptant la Fortune de Gaspard (1992), d’après un récit de la comtesse de Ségur. Décrivant l’idylle dramatique d’un adolescent français et d’une jeune Maghrébine, Gérard Blain s’attire avec Pierre et Djemila (1987) les foudres de certains critiques, qui le taxent de racisme. Par la suite, Jusqu’au bout de la nuit (1995), sur le thème de la vengeance, exalte la marginalité et le refus du capitalisme. Comme le démontre la vive polémique provoquée au festival de Locarno par son récent Ainsi soit-il (1999), le temps ne semble pas avoir estompé les refus désespérés qui animent l’oeuvre de Gérard Blain. |
|
|
Acteur à la carrière éclectique, révélé par Marcel Carné dans Hôtel du Nord en 1938. Né à Buenos Aires, Bernard Blier fait ses débuts au théâtre sous la direction de Raymond Rouleau et de Louis Jouvet, puis enchaîne les rôles secondaires au cinéma (Hôtel du Nord de Carné et Entrée des artistes de Marc Allégret en 1938). Il figure dans quelques films pendant l’Occupation, mais c’est en 1947 qu’il se fait remarquer avec Quai des orfèvres d’Henri-Georges Clouzot, puis avec Dédée d’Anvers (1948) et Manèges (1950) d’Yves Allégret. En 1949, il incarne un jeune instituteur inspiré du personnage de Célestin Freinet dans l’École buissonnière de Jean-Paul Le Chanois (1949). Peu à peu, il précise son personnage à la fois naïf et inquiétant, qui va s’accentuant jusqu’à lui permettre de passer avec aisance du Français moyen tout en rondeurs et bon enfant au grand bourgeois et au truand. On le retrouve notamment dans les films de Jean-Paul Le Chanois (Sans laisser d’adresse, 1951 ; Agence matrimoniale, 1952 ; les Misérables, 1958), de Georges Lampin (les Anciens de Saint-Loup, 1950 ; Crime et Châtiment, 1956), d’André Cayatte (Avant le déluge, 1954 ; le Dossier noir, 1955), de Julien Duvivier (l’Homme à l’imperméable, 1957 ; Marie-Octobre, 1959) et d’autres auteurs du cinéma populaire : Gilles Grangier (Le cave se rebiffe, 1961), Henri Verneuil (le Président, 1960 ; Cent Mille Dollars au soleil, 1963 ; le Corps de mon ennemi, 1976), Édouard Molinaro (Mon oncle Benjamin, 1969), Georges Lautner (les Tontons flingueurs, 1963 ; les Barbouzes, 1965), Yves Robert (le Grand Blond avec une chaussure noire, 1972), Jean Yanne (Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, 1972), Alain Corneau (Série noire, 1979), etc. Il tourne également en Italie, sous la direction de Mario Monicelli dans Mes chers amis (Amici miei, 1975), de Carlo Lizzani dans le Bossu de Rome (il Gobbo, 1960), d'Ettore Scola dans Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? (Riusciranno i nostri eroi a ritrovare l'amico misteriosamente scomparso in Africa ?, 1960) et de Luigi Comencini dans Eugenio (1980). Sous la direction de son fils, l’écrivain et metteur en scène Bertrand Blier, il a tourné dans Calmos (1976) et dans Buffet froid (1979). |
|
|
Bogarde, Dirk , acteur britannique, célèbre grâce au personnage machiavélique qu'il interpréta dans le film The Servant réalisé par Joseph Losey. Dirk Bogarde fit ses débuts de comédien en 1939. Après la guerre, les rôles qu'il interpréta au théâtre retinrent l'attention de la compagnie Rank qui en fit une vedette grâce au film Esther Waters (1948) réalisé par Dalrymple. Son interprétation dans la comédie Toubib or not Toubib (Doctor in the House, 1954) de Ralph Thomas, qui connut un grand succès, encouragea la Rank à lui confier des rôles dans les autres épisodes du film; il devint alors l'idole du public féminin. Cependant il s'éloigna de ce genre de personnage en interprétant un homosexuel dans la Victime (The Victim, 1961) de Basil Dearden qui fut le premier film anglo-saxon important traitant de ce sujet. Son plus grand rôle fut celui du majordome dans The Servant (1963) d'après Harold Pinter; ce fut l'un des cinq qu'il tourna sous la direction de Joseph Losey; leur collaboration donna une forte impulsion à sa carrière.
Mort à Venise (Morte a Venezia/Death
in Venice, 1971) de Luchino
Visconti, avec Dirk Bogarde et Björn Andresen, d'après
une nouvelle de Thomas Mann publiée en 1912. Le Bal des adieux (Song Without End, 1960) de Charles Vidor et George Cukor, dans lequel il jouait le rôle du compositeur Franz Liszt, fut le premier film que Bogarde tourna à Hollywood (voir Los Angeles). Cette même année, il joua dans les Damnés (The Damned,) l'histoire d'une famille allemande aisée, réalisé par Luchino Visconti. Bogarde travailla à nouveau avec Visconti dans Mort à Venise (Death in Venice, 1971), d'après l'oeuvre de Thomas Mann; il y tenait le rôle d'un musicien fasciné par un adolescent et ne pouvant se résoudre à quitter la ville frappée d'une épidémie de choléra. Ses films suivants furent tournés en Europe; parmi eux figurent Portier de nuit (Portiere di notte) réalisé par Liliana Cavani en 1974 et Providence d'Alain Resnais (1977).
|
|
|
Humphrey Bogart |
Né à New York, Humphrey Bogart exerce d’abord ses talents comme jeune premier au théâtre. Ayant rencontré un grand succès dans un rôle de gangster dans la Forêt pétrifiée (The Petrified Forest, 1935) de Robert Sherwood, il reprend le rôle dans l’adaptation cinématographique qu’en tourne Archie Mayo en 1936. Il apparaît ensuite dans Guerre au crime (Bullets or Ballots, 1936) de Walter Keighley, la Légion noire (Black Legion, 1937) d’Archie Mayo, Femmes marquées (Marked Women, 1937), le Révolté (San Quentin, 1937), Menaces sur la ville (Racket Busters, 1938) et Brother Orchid (1940) de Lloyd Bacon, Rue sans issue (Dead End, 1937) de William Wyler, les Anges aux figures sales (Angels with Dirty Faces, 1930) de Michael Curtiz, et Victoire sur la nuit (Dark Victory, 1939) d’Edmund Goulding.
Dans Le Port de l'angoisse (To Have and Have Not, 1944) d'Howard Hawks En 1940, la Martinique est sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Harry Morgan (Humphrey Bogart) loue son bateau de plaisance à des touristes, sans prêter attention aux événements tragiques qui l'entourent. Un jour, il fait la connaissance d'une jeune aventurière, «Slim» (Lauren Bacall). Séduit par la belle et révolté par les agissements des policiers français, il rejoindra finalement la Résistance. Adapté d'un roman d'Ernest Hemingway, le film permit la rencontre de deux acteurs qui allaient former un couple mythique, Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Howard Hawks les réunira à nouveau deux ans plus tard, dans le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946).
Humphrey Bogart dans le Faucon
maltais (The Maltese Falcon, 1941) de John
Huston Raoul Walsh le dirige dans les Fantastiques années vingt (The Roaring Twenties, 1939), Une femme dangereuse (They Drive by Night, 1940) et la Grande Évasion (High Sierra, 1941). Il devient une véritable star avec le Faucon maltais (The Maltese Falcon, 1941) de John Huston et Casablanca (1943) de Michael Curtiz. Il devient une grande figure du film noir avec Howard Hawks : le Port de l'angoisse (To Have and Have not, 1944) et le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946), avec John Cromwell : En marge de l'enquête (Dead Reckoning, 1947) et avec Delmer Daves : les Passagers de la nuit (Dark Passage, 1947). Avec John Huston, il tourne le Trésor de la Sierra Madre (The Treasure of the Sierra madre, 1948), Key Largo (1948), African Queen (1951), qui lui vaut un oscar, et Plus fort que le diable (Beat the Devil, 1954). Comme acteur et producteur, il collabore avec Nicholas Ray pour les Ruelles du malheur (Knock on Any Door, 1949) et le Violent (A Lonely Place, 1950). Après avoir travaillé avec Richard Brooks dans Bas les masques (Deadline USA, 1952) et le Cirque infernal (Battle Circus, 1952), il élargit son registre grâce à Edward Dmytryk : Ouragan sur le Caine (The Caine Mutiny, 1954), Billy Wilder : Sabrina (1954) et Joseph Mankiewicz : la Comtesse aux pieds nus (The Barefoot Contessa, 1955), avant de redevenir gangster pour William Wyler : la Maison des otages (The Desperate Hours, 1955).
Lauren Bacall et Humphrey
Bogart dans le Grand Sommeil (The Big Sleep, 1946) d'Howard Hawks Humphrey Bogart est décédé peu après avoir tourné Plus dure sera la chute (The Harder They Fall, 1956) de Mark Robson. |
|
Né en Ukraine, spécialiste des interprétations dramatiques et, en tant que réalisateur, de grandes fresques historiques dont la plus importante est Guerre et paix (Vojna i mir, en quatre épisodes, 1966-1967). C'est en incarnant des personnages historiques et des rôles du répertoire qu'il s'est rendu célèbre : Tarass Chevtchenko, de Savcenko (1951) ou Othello, de Youtkevitch (1956). Il passa à la réalisation en 1959 en adaptant un roman de Cholokhov et devint une sorte d'artiste officiel. Son classicisme parfois tempéré d'un certain lyrisme plastique s'est illustré sur le tard dans Boris Godounov (1985). Dans l'intervalle, il alterna la réalisation de films et l'interprétation de nombreux rôles à l'écran, notamment dans Oncle Vania, de Mikhalkov-Kontchalovski (Djadja Vanja, 1971), sans doute son interprétation la plus nuancée. Acteur et réalisateur soviétique, Serge Bondartchouk fut l’élève de Maximov à l’école de théâtre de Rostov, où il fut initié au système de Stanislavski; il poursuivit ses études à Moscou, où il fut l’élève de Guerassimov. Il débute comme acteur dans le rôle de Valko de La Jeune Garde (Molodaïa Gvardiïa, 1948, de S. Guerassimov), puis il joue dans Le Chevalier à l’étoile d’or (Kavaler zolotoï zvezdï, 1951, de Y. Raizman), mais c’est surtout le rôle titulaire de Tarass Chevtchenko (d’Igor Savtchenko, 1951) qui le fera connaître dans son pays. La direction de Savtchenko l’initie à la mise en scène. Mais l’Occident commence à le connaître comme acteur, en 1956, dans Le Roman inachevé (Neokontchennaïa povest, 1955, de F. Ermler), dans le rôle de Dymov de La Cigale (Poprygounia, 1955, de Samsonov), d’après Tchekhov. Il est ensuite l’excellent Othello (1956, de S. Youtkevitch), avec Irana Skobtseva, sa future femme, en Desdémone. En 1959, il passe de l’autre côté de la caméra tout en restant interprète. C’est Le Destin d’un homme (Sudba Tcheloveka), d’après un récit de Mikhaïl Cholokhov, bouleversant (peut-être trop), qui narre les épreuves atroces d’un prisonnier soviétique de la dernière guerre et son retour au pays où il ne trouve plus que ruines et vide. Il réapparaît comme acteur dans le rôle du nouveau père de Serioja (de Daniela et I. Talankine, 1960), et dans celui du prisonnier russe dans Les Évadés de la nuit (Era notte a Roma, 1960, de Rossellini). Hanté par le thème de l’homme et la guerre, et admirateur passionné de Tolstoï, il s’attache maintenant à l’épopée napoléonienne : deux ans de préparation, quatre années de tournage pour Guerre et Paix (Voïna i Mir) en deux longs épisodes (1963 et 1967), où il joue lui-même le rôle de Pierre Bezoukhov. Puis, séduit par l’idée de suivre jusqu’au bout le destin de Napoléon, il réalise pour Dino De Laurentiis un monumental Waterloo (1970) avec Rod Steiger en Napoléon (coproduction italo-soviétique avec apports américains !). Il dirige, en 1975, Ils ont combattu pour la patrie, film assez conformiste inspiré de Cholokhov, et, en 1982-1983, un diptyque : Les Cloches rouges, d’après John Reed. Il est entre temps revenu à l’interprétation, notamment dans Oncle Vania (Diadia Vania, 1972, d’Andreï Mikhalkov-Kontchalovski). Jusqu’à ce jour, Bondartchouk a surtout brillé comme comédien bien que ce soit son oeuvre entière, et surtout le monumental Guerre et Paix, qui lui ait valu d’être nommé chevalier de l’ordre des Arts et de la Littérature d’U.R.S.S., Artiste du peuple, prix Lénine, etc. Il n’est donc pas surprenant qu’il prenne comme point de départ de ses réalisations l’art du comédien, à qui il incombe de créer un caractère humain. «La genèse du personnage doit s’accomplir aussi naturellement que le développement de la plante à partir de la graine». Quant à son thème fondamental en tant qu’auteur, «l’ordre de relations entre le destin de l’homme et celui du peuple, le comportement des individus vu à travers le prisme d’immenses événements historiques», il apparaît dans tous ses films, mais dans les grandes fresques napoléoniennes, l’immensité des moyens, le raffinement de la mise en scène, le classicisme du langage (son académisme peut-être) dissimulent un peu l’inspiration généreuse. |
|
|
Née à Clermont-Ferrand, Sandrine Bonnaire est choisie très jeune par Maurice Pialat pour tenir le rôle principal de À nos amours (1983), qui lui vaut, à seize ans, le césar du meilleur espoir féminin. Elle tourne ensuite dans Police du même réalisateur (1984), puis dans Blanche et Marie de Jacques Renard (1985) et remporte le césar du meilleur premier rôle féminin pour un film d’Agnès Varda, Sans toit ni loi (1985). Elle se construit alors une image d’actrice courageuse et exigeante,
qui n’hésite pas à prendre en charge des rôles difficiles. On la
voit chez Jacques Doillon dans la Puritaine (1986), chez |