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Camerini, Mario Mario Camerini |
Mario Camerini est d’abord assistant, avant de tourner en 1923 un documentaire sur le cirque : Jolly, clown da circo. Rails (Rotaie, 1929) est un film muet dont le doublage sonore, effectué ultérieurement, constitue une transition avec les films parlants. Les Hommes, quels mufles ! (gli Uomini, che mascalzoni !, 1932) annonce le ton de son oeuvre qui, à son sommet, est une description sensible et ironique des milieux populaires et petit-bourgeois. Par le recours aux décors naturels, le film annonce déjà le néoréalisme (voir Italien, cinéma). Le film Je donnerai un million (Darò un milione, 1935) marque les débuts de sa collaboration avec l’écrivain et scénariste Cesare Zavattini, tandis que Monsieur Max (il Signor Max, primé à Venise en 1937) offre un rôle au futur réalisateur et chef de file du néoréalisme Vittorio De Sica. Battement de coeur (Batticuore, 1939) est écrit en collaboration avec Leo Longanesi et Renato Castellani. Avec l’avènement du néoréalisme, Mario Camerini se détourne de ses sujets de prédilection et aborde avec sensibilité et compétence des genres aussi variés que le drame historique, le film policier ou le film d’aventures en Technicolor - Ulysse (Ulisse, 1954), d’après Homère, avec Kirk Douglas et Silvana Mangano. |
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Cameron, James James Cameron |
Né à Kapuskasing (Ontario), James Cameron fait des études de physique, tourne un court métrage, puis devient conseiller en scénario sur de nombreux films, sans être crédité au générique. Il collabore également aux effets spéciaux sur des films à petit budget, puis débute comme réalisateur avec Piranhas II (Piranha II The Spawning, 1982). Il rencontre le succès avec Terminator (The Terminator, 1984), film de science-fiction où les effets spéciaux ont la part belle et qui fait d’Arnold Schwarzenegger une star. Cameron se voit alors confier la réalisation d’un film à gros budget : la suite du Alien (1979) de Ridley Scott : Aliens (1986). Il en fait une oeuvre crépusculaire dont les qualités de style annoncent son film suivant Abyss (The Abyss, 1989), mariage de vigueur, d’humanisme et de poésie dont l’échec commercial le pousse à tourner Terminator 2 (Terminator 2: Judgement Day, 1991), aux effets spéciaux sans précédent. Les combats des deux robots venus du futur lui permettent de créer des scènes d’une étrangeté fascinante. Désormais réputé comme réalisateur à succès d’oeuvres de science-fiction à grand spectacle, il préfère s’orienter vers la comédie d’espionnage en produisant et réalisant True Lies (1994), un remake de la Totale (1991), film français de Claude Zidi. Le film surprend ses admirateurs par son sens de l’humour aux limites du burlesque. Après cette insolite incursion, il produit et réalise un mélodrame flamboyant aux effets spéciaux superbes : Titanic (1997), dont le succès est immense. |
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Campion, Jane Jane Campion |
Née à Wellington (Nouvelle-Zélande), Jane Campion est issue d'une famille d'artistes. Anthropologue de formation, elle suit les cours du Sydney College of the Arts - où elle réalise son premier court métrage, Tissues (comédie grinçante sur un père accusé de mauvais traitements à l'égard d'un enfant) au début des années quatre-vingt -, puis ceux de la Film, Television and Radio School de Sydney, en Australie.
La Leçon de piano (The Piano,
1993) de Jane Campion En 1986, elle obtient la palme d’or du court métrage à Cannes avec son film Peels. En 1989, elle réalise un long métrage, Sweetie, film à l’humour noir accueilli de façon mitigée par les spectateurs, où elle revient sur le thème des mésententes familiales. Le film suivant, Un ange à ma table (An Angel at my Table, 1990), d'après la biographie de l'écrivain néo-zélandais Janet Frame, aborde le thème de la folie. La Leçon de piano (The Piano, 1993, production franco-australienne), remporte la même année la palme d'or au Festival de Cannes. L'histoire d'Ada, une jeune femme muette envoyée, avec son enfant, en Nouvelle-Zélande à l'époque de la colonisation pour épouser un homme qu'elle ne connaît pas, est née du désir de Jeanne Campion de réaliser un film narratif sur l'histoire de son pays. En 1996, Jane Campion réalise une adaptation d’une oeuvre d’Henry James, Portrait de femme, puis, en 1999, Holy Smoke, film d’un libertinage cru, mais aussi film contemplatif, sur un scénario qu’elle a écrit avec sa soeur Anna Campion. |
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Capra, Frank
Frank Capra |
Né à Palerme (Sicile) dans une famille de paysans pauvres et illettrés, Frank Capra arrive aux États-Unis à l’âge de six ans. En 1918, il est diplômé comme ingénieur chimiste. Après avoir travaillé dans un laboratoire de cinéma, il est engagé comme «gagman» chez Hal Roach puis chez le maître de la comédie burlesque, Mack Sennett. En trois films, Plein les bottes (Tramp, Tramp, Tramp, 1926), l’Athlète incomplet (The Strong Man, 1926) et Sa première culotte (Long Pants, 1927), Frank Capra élabore le registre comique du personnage d’Harry Langdon (dont le cinéaste compare l’innocence à celle du Brave Soldat Chvéik de l’écrivain tchèque Jaroslav Hašek). Embauché par Harry Cohn à la Columbia, il peaufine son style qui culmine avec la réussite de New York-Miami (It Happened One Night, 1934) : une forme de comédie burlesque et bavarde au rythme effréné (ou «screwball comedy»). Frank Capra inaugure ensuite le cycle de comédies sociales et idéalistes auquel on associe volontiers son nom : l’Extravagant M. Deeds (Mr. Deeds Goes to Town, 1936), Vous ne l’emporterez pas avec vous (You Can’t Take it with You, 1938), Monsieur Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington, 1939), l’Homme de la rue (Meet John Doe, 1941), autant de films dont les thèmes et la «philosophie sociale» s’annonçaient déjà dans ses précédents films comme la Ruée (American Madness, 1932), la Femme aux miracles (The Miracle Woman, 1931) ou The Power of the Press (1928). En 1941, il réalise un de ses films les plus célèbres, Arsenic et vieilles dentelles (Arsenic and Old Lace) avant de diriger, pour les services cinématographiques de l’armée, la série de propagande Pourquoi nous combattons (Why We Fight, 1941-1945).
L'Extravagant M. Deeds Longfellow Deeds (Gary Cooper, au centre) habite Mandrake Falls, une petite ville paisible où il coule des jours sans histoires, apprécié de ses pairs, jouant du tuba et écrivant des poèmes de circonstance. Un jour, il hérite d'un oncle inconnu une fortune colossale qui le place parmi les hommes les plus riches des États-Unis. Témoignant de la crise qui déchire les États-Unis de 1936, Frank Capra affirme à travers cette comédie, parfaitement rythmée, et son personnage principal, que la simplicité, l'honnêteté et la générosité peuvent triompher de l'hypocrisie sociale, du conformisme et de la convoitise. Le discours critique sur la société et la démocratie américaines fonde également l'argument des deux autres comédies les plus célèbres parmi celles qu'il tourna pour les studios de la Columbia, Vous ne l'emporterez pas avec vous (You Can't Take It with You, 1938) et M. Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington, 1939). Au lendemain de la guerre, Hollywood et le public américain considèrent désormais Frank Capra comme un metteur en scène désuet, quand bien même le cinéaste signe alors ses dernières réussites, La vie est belle (It’s A Wonderful Life, 1946), l’Enjeu (State of the Union, 1948) ou de nouvelles versions de ses anciens films comme Jour de chance (Riding High, 1950, remake de Broadway Bill, 1934) ou Milliardaire pour un jour (Pocketful of Miracles, 1961, remake de Lady For A Day, 1933). Cinéaste favori de nombre d’acteurs (James Stewart, Gary Cooper, Barbara Stanwyck, Jean Arthur), véritable «auteur» avant la lettre, Frank Capra s’est efforcé de faire reconnaître, au sein d’Hollywood, le statut créateur du metteur en scène : il est l’un des premiers réalisateurs à avoir exigé «son nom au-dessus du titre» dans le générique de ses films — comme le rappelle son autobiographie «My Name above the Title», publiée avec succès en 1971 (la traduction française est publiée en 1976 sous le titre de Hollywood Story). |
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Carle, Gilles Gilles Carle |
Né à Miniwaki, au Québec, Gilles Carle se forme à l’École des beaux-arts de Montréal avant de se tourner vers le cinéma. Il réalise son premier long-métrage de fiction en 1965, la Vie heureuse de Léopold Z., qui reçoit un accueil enthousiaste. Producteur de ses propres films, il connaît ses premiers succès publics avec des oeuvres non conformistes comme le Viol d’une jeune fille douce (1968), les Mâles (1970) et surtout la Vraie Nature de Bernadette (1972). Sa rencontre avec l’actrice Carole Laure l’amène à célébrer la beauté féminine et à évoluer vers un cinéma jugé plus amer, voire désenchanté : les Corps célestes (1973); la Tête de Normande Saint-Onge (1975); l’Ange et la Femme (1977); Fantastica (1980). Devenu plus soucieux de s’inscrire dans la société et dans l’histoire québécoises, il réalise les Plouffe (1981), une «histoire de gens heureux» qui connaît un grand succès en salle et à la télévision, puis Maria Chapdelaine (d’après le roman de Louis Hémon, 1983) avec une nouvelle fois Carole Laure. Après un documentaire sur Picasso (Ô Picasso, 1986), il tourne en 1996 Pudding chômeur, une comédie dramatique, tendre et lucide, sur la situation économique de son pays et, enfin, il signe en 1997 avec l’historien Jacques Lacoursière, une série télévisée de treize émissions, sous le titre Une épopée en Amérique. |
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Carné, Marcel
Marcel Carné |
Marcel Carné est l’un des plus grands réalisateurs français, dont le nom demeure associé au réalisme poétique. Né à Paris, destiné par son père à l’ébénisterie, Marcel Carné débuta comme journaliste et comme critique de cinéma avant d’être engagé en tant qu’assistant opérateur par René Clair (Sous les toits de Paris, 1930) et Jacques Feyder (le Grand Jeu, 1934). En 1929, il réalisa son premier court métrage, Nogent, Eldorado du dimanche, un documentaire empreint de poésie sur les guinguettes des environs de Paris. Son premier long métrage, Jenny (avec Albert Préjean, 1936), marqua le début d’une longue et brillante collaboration avec Jacques Prévert : ils écrivirent ensemble certains des plus grands classiques du cinéma français. LA COLLABORATION AVEC PRÉVERT Jacques Prévert écrivit jusqu’en 1949 la quasi-totalité des scénarios de Marcel Carné, et Alexandre Trauner signa les décors de tous ses films de cette période. Après Drôle de drame (avec Louis Jouvet et Michel Simon, 1937), le réalisateur tourna Quai des brumes (avec Jean Gabin et Michèle Morgan, d’après Pierre Mac Orlan, 1938), Hôtel du Nord (avec Louis Jouvet et Arletty, sur des dialogues d’Henri Jeanson, 1938) et Le jour se lève (avec Jules Berry et Jean Gabin, 1939).
Louis Jouvet et Arletty dans
Hôtel du Nord (1938) de Marcel Carné. Influencé par l’esthétisme de Max Reinhardt, qui préférait mettre l’accent sur des subtilités psychologiques plutôt que sur des drames grandiloquents, Marcel Carné s’attacha à décrire la vie de gens ordinaires dans leur environnement quotidien. Il s’intéressa également à l’expressionnisme de Friedrich Wilhelm Murnau et de Josef von Sternberg, mais les histoires sombres de ses films, atténuées par une poésie tendre, traduisent davantage un style qui lui est propre, ce réalisme poétique dont ses films des années 1938-1939 marquèrent l’apogée.
Jean-Louis Barrault et Arletty En 1942, Carné dirigea Alain Cuny dans les Visiteurs du soir. L’action du film, qui se situe au XVe siècle, dissimule une allusion à la situation du moment, l’Occupation allemande. Les Enfants du paradis (1945), fresque sur le Paris romantique des années 1840, restent une référence pour le cinéma d’après-guerre, dans lequel les thèmes brillamment développés sont mis en relief par une distribution exceptionnelle : Jean-Louis Barrault (dans le rôle du mime Jean-Gaspard Deburau), Pierre Brasseur, Arletty, Maria Casarès, etc. Après les Portes de la nuit (1946), dans lequel Yves Montand chante «les Feuilles mortes», la fameuse chanson de Joseph Kosma, et la Marie du port (1950), d’après Georges Simenon, le tandem Carné-Prévert se sépara. DERNIÈRES OEUVRES Les dernières réalisations de Marcel Carné connurent des succès inégaux : Juliette ou la Clef des songes (avec Gérard Philipe, 1951), Thérèse Raquin (avec Simone Signoret, 1953), les Tricheurs (avec Pascale Petit, 1958), Du mouron pour les petits oiseaux (d’après Albert Simonin et avec Paul Meurisse, 1963), Trois Chambres à Manhattan (avec Annie Girardot et Maurice Ronet, 1965). Ayant de plus en plus de difficultés à financer ses films, il laissa inachevée sa dernière production, Mouchette, une adaptation du roman de Georges Bernanos. Marcel Carné a remporté le Grand Prix oecuménique au Festival du film de Cannes en 1977, et a été fait commandeur de la Légion d’honneur et commandeur des Arts et des Lettres. Il a publié ses mémoires, la Vie à belles dents, en 1979. Carné : principaux films
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Cassavetes, John
John Cassavetes |
À partir des années 1960, John Cassavetes s'impose comme un réalisateur indépendant, en rupture avec Hollywood. Disposant de peu de moyens financiers, il s'attache à montrer la vérité de ses personnages dont il cerne au plus près les attitudes, les expressions et les émotions. Fils d'un homme d'affaires grec, Cassavetes s'illustra tout d'abord en tant qu'acteur; il interpréta plus de quatre-vingts rôles à la télévision et apparut au cinéma dans quelques films au cours des années 1950. Il réalisa son premier long-métrage, Shadows, basé en grande partie sur l'improvisation, en 1959. Le film, qui reçut un accueil très favorable en Europe, lui ouvrit les portes d'Hollywood. Refusant les compromis que lui imposait le système de l'industrie cinématographique, Cassavetes adopta un statut d'artiste indépendant, réalisant, produisant et distribuant ses propres films grâce à ses gains d'acteur. Sa carrière de comédien fut en particulier marquée durant les années 1960 par les rôles qu'il tint dans À bout portant (The Killers, 1964) de Don Siegel, les Douze Salopards (The Dirty Dozen, 1967) de Robert Aldrich et Rosemary's Baby (1968) de Roman Polanski. Parallèlement à ses activités d'acteur, Cassavetes se consacra à l'écriture et à la réalisation d'une série de drames psychologiques parmi lesquels figurent Faces (1968), qui analyse la désintégration d'un mariage, Husbands (1970), Ainsi va l'amour (Minnie and Moskovitz, 1971), Une femme sous influence (A Woman under the Influence, 1974), le Bal des vauriens et Meurtre d'un bookmaker chinois (The Killing of a Chinese Bookie, 1976). Parmi les comédiens qui jouèrent régulièrement pour lui figuraient son épouse, Gena Rowlands, Peter Falk, Ben Gazzara et Seymour Cassell. Cassavetes fit le plus souvent appel à des acteurs amateurs et joua dans certains de ses propres films.
Cassavetes, Une femme sous influence Dans Une femme sous influence (A Woman Under the Influence, 1974) de John Cassavetes, Gena Rowlands interprète une femme dont le mari (Peter Falk) est absorbé par son travail sur un chantier. Leur vie quotidienne est un véritable psychodrame que traversent quelques instants de bonheur. Dans ce rôle d'une épouse qui s'ennuie et souffre jusqu'à la folie, Gena Rowlands a donné l'une de ses interprétations les plus marquantes. Laissant la part belle à l'improvisation, les oeuvres de Cassavetes témoignèrent d'une grande fidélité dans la restitution de la réalité des sentiments humains et explorèrent toute la gamme des émotions, décrivant parfois des situations paroxystiques. Le style de Cassavetes fut marqué par l'équilibre créé entre la réalité et la fiction et par la grande liberté laissée aux acteurs. Parmi ses derniers films en tant que réalisateur figurent encore Opening Night (1978), Gloria (1980) et Love Streams, qui reçut le Grand Prix du Festival de Berlin en 1984. |
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Cavalier, Alain Alain Cavalier |
De son vrai nom Alain Fraissé, Alain Cavalier est né à Vendôme. Il débuta dans le sillage de la Nouvelle Vague, mais il s'en distingue toutefois par les résonances politiques du Combat dans l'île (1962) et de l'Insoumis (avec Alain Delon dans le rôle d'un officier de l'OAS, 1964). Après quelques tentatives plus commerciales auxquelles l'a entraîné l'insuccès de ses premiers films (la Chamade, d'après Françoise Sagan, avec Catherine Deneuve et Michel Piccoli, 1968), il revient à des sujets plus personnels : le Plein de super (1976), Martin et Lea (1979) et Un étrange voyage (1981), qui a été couronné par le prix Louis-Delluc. Original dans ses sources d'inspiration, pudique dans la peinture des sentiments, il est le réalisateur de Thérèse (1986), une évocation d'une grande sobriété de la vie de sainte Thérèse de Lisieux, où la ferveur religieuse n'est jamais annihilée par la recherche d'une vérité psychologique et humaine. Après une série de brefs documentaires (Portraits) tournés sur plusieurs années pour une chaîne de télévision, il réalise Libera me (1993), dont l'esthétique minimaliste débouche sur le silence le plus accusateur. Puis, dans la Rencontre (1996), il livre une oeuvre ascétique composée de brefs instants de la vie du cinéaste et de la femme qu'il aime, filmés en vidéo sans le moindre concours technique extérieur. |
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Cavani, Liliana Liliana Cavani |
Née à Carpi (Modène), elle entreprend des études supérieures de lettres et de linguistique à l’université de Bologne, puis au Centre expérimental pour le cinéma (Centro sperimentale per le cinematografia, 1961), avant de travailler pour la RAI (1962-1965) où elle réalise des documentaires (Histoire du IIIe Reich ou la Femme dans la Résistance) et des reportages. Puis elle tourne son premier long métrage, Francesco d’Assisi (1966, sorti en salle en 1972). Les films qui suivent (Galileo, 1968; les Cannibales, 1969; Milarepa, 1974) abordent alternativement questions sociales et problèmes historiques. Portier de nuit (1974, avec Dirk Bogarde et Charlotte Rampling) traite - «complaisamment», a souligné une partie de la critique - des rapports sadomasochistes entre un ancien SS et une ancienne prisonnière d’un camp d’extermination, alors qu’Au-delà du bien et du mal (Beyond Good and Evil, 1977, avec Dominique Sanda) s’inspire très librement des rapports tumultueux du philosophe Nietzsche et de l’écrivain et psychanalyste Lou Andreas-Salomé. Liliana Cavani a également assuré la mise en scène d’un grand nombre de pièces de théâtre et d’opéras lyriques.
Charlotte Rampling dans Portier
de nuit (Il Portiere di notte, 1974), de Liliana Cavani |
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Cayatte, André André Cayatte |
Auteur de films à thèses sur les problèmes de société, sur la justice, sur l’enseignement ou sur la délinquance. Né à Carcassonne, André Cayatte s’orienta vers une carrière d’avocat, puis de journaliste après des études de droit. Romancier et nouvelliste (les Monstres, 1934), mais également dialoguiste (Caprices, Léo Joannon, 1941), il débuta comme réalisateur en adaptant des romans classiques à l’écran (la Fausse Maîtresse, d’après Balzac, 1942; Au bonheur des dames, d’après Zola, 1943; Pierre et Jean, d’après Maupassant, 1943), parvenant à une certaine consécration grâce aux Amants de Vérone (1949, dialogué par Jacques Prévert), librement inspiré de la tragédie de Shakespeare. Le bon accueil réservé au film lui permit d’entamer une série célèbre de plaidoyers sur les incertitudes de la justice des hommes : Justice est faite (Lion d’or au festival de Venise en 1950), Nous sommes tous des assassins (avec Marcel Mouloudji, 1952) et le Dossier noir (avec Bernard Blier, 1955). Dans un style souvent démonstratif, voire emphatique et manichéen, il a abordé des sujets graves généralement inspirés de faits authentiques : le Miroir à deux faces (avec Michèle Morgan et Bourvil, 1958), les Risques du métier (avec Jacques Brel, 1967), Mourir d’aimer (avec Annie Girardot, 1971). |
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Chabrol, Claude
Claude Chabrol |
Né à Paris dans une famille bourgeoise, Claude Chabrol passe la Seconde Guerre mondiale dans la Creuse et regagne Paris en 1945 pour y suivre des études de pharmacie, de lettres et de droit. LE TEMPS DE LA NOUVELLE VAGUE Cinéphile passionné, il fréquente le ciné-club du Quartier latin que dirige Éric Rohmer, et se lie d'amitié avec les futurs ténors de la Nouvelle Vague : Jacques Rivette, Jean-Luc Godard et François Truffaut. Il hante la cinémathèque de la rue de Messine et commence à collaborer aux Cahiers du cinéma en 1953. Partisan de la « politique des auteurs», il défend la comédie musicale, les films de Frank Tashlin, de Richard Quine, de Robert Aldrich et de Jean-Pierre Melville, les oeuvres de Howard Hawks et celles d’Alfred Hitchcock, cinéaste auquel il consacre d'ailleurs un livre coécrit avec Rohmer, Alfred Hitchcock (1957). Décidé à faire carrière dans le cinéma, il travaille comme attaché de presse à la 20th Century Fox, tout en écrivant des histoires policières pour Mystère Magazine : Musique douce (1953) et le Dernier jour de la souffrance (1957). Il entretient une longue amitié avec le romancier Paul Gegauff, qui deviendra son scénariste attitré. En 1956, il devient producteur avec Ajym-Films et finance des courts métrages de Jacques Rivette, Alain Cavalier et Éric Rohmer, puis des longs métrages comme Paris nous appartient (1958-1960) de Jacques Rivette, le Signe du lion (1959) d’Éric Rohmer, le Farceur (1960) de Philippe de Broca, la Ligne droite (1961) de Jacques Gaillard, ainsi que ses deux premiers films, le Beau Serge (1958) et les Cousins (1958). Considéré comme un des chefs de file de la Nouvelle Vague, son ton acerbe et sa rigueur formelle séduisent le public et la critique. Après À double tour (1959), un film policier tiré de The Key to Nicholas Street de Stanley Ellin, il connaît une suite d'échecs commerciaux avec les Bonnes Femmes (1960), les Godelureaux (1960), l'oeil du malin (1961) et Ophélia (1961). En dépit du succès de son Landru (1962), avec Charles Denner dans le rôle-titre, il ne retrouve pas tout de suite la confiance des producteurs et doit tourner des films d'espionnage alimentaires qui frisent la parodie : le Tigre aime la chair fraîche (1964) et le Tigre se parfume à la dynamite (1965) qui obtiennent un vif succès. Il signe encore un étonnant film d’espionnage parodique, Marie-Chantal contre le docteur Kha (1965) et participe à des films à sketches comme les Sept Péchés capitaux (1961), les Plus Belles Escroqueries du monde (1963) et surtout "Paris vu par" (1964), véritable manifeste d'un second souffle de la Nouvelle Vague. UN MAÎTRE DE LA SÉRIE NOIRE PROVINCIALE Après une oeuvre de commande sur la Résistance, la Ligne de démarcation (1966), il signe un thriller ambitieux, le Scandale (1966), puis entame une longue collaboration avec le producteur André Génovès, d'abord en filmant la Route de Corinthe (1967), puis avec une série d'oeuvres policières au ton très personnel, généralement situées dans la France profonde : les Biches (1967), la Femme infidèle (1968), Que la bête meure (1969), le Boucher (1969), la Rupture (1970) et Juste avant la nuit (1970). Plusieurs films de la série ont pour vedette son épouse Stéphane Audran. Le succès de ces films lui permet de réaliser une adaptation du roman d’Ellery Queen, la Décade prodigieuse (1971), sombre drame familial avec Orson Welles en vedette, qui se solde par un échec commercial et artistique, heureusement compensé par le succès de Docteur Popaul (1972), avec Jean-Paul Belmondo. Chabrol revient alors à ses grinçantes chroniques de la bourgeoisie de province avec les Noces rouges (1973), puis adapte un roman de Jean-Patrick Manchette, Nada (1973), sur la dérive violente d’un groupuscule gauchiste, avant de réaliser un psychodrame écrit et interprété par Paul Gegauff, Une partie de plaisir (1974). La même année, il tourne les Innocents aux mains sales avec Romy Schneider et Rod Steiger en vedette et commence à travailler pour la télévision. La faillite de son producteur, André Génovès, l'oblige à passer désormais d'un producteur à l'autre. Si les Magiciens (1975), d'après Initiation au meurtre de Frédéric Dard et Folies bourgeoises (1976) d'après le Malheur fou de Lucie Faure sont peu convaincants, Alice ou la Dernière Fugue (1976), interprété par Sylvia Kristel, montre qu'il n'a rien perdu de son génie. Il adapte encore un roman d’Ed Mc Cain, les Liens du sang (Blood Relatives, 1977) et retrouve la faveur de la critique et du public avec Violette Nozière (1978), la première d’une belle série de collaborations avec Isabelle Huppert. LES ANNÉES QUATRE-VINGT ET QUATRE-VINGT-DIX Très pris par la télévision, il tourne moins souvent pour le cinéma, mais le Cheval d'orgueil (1980) d’après l’historien breton Pierre Jaquez-Hélias, les Fantômes du chapelier (1982) d'après le roman de Georges Simenon et le Sang des autres (1984) d'après le livre de Simone de Beauvoir sont néanmoins des films importants. En 1984, il s’associe avec le producteur Marin Karmitz et signe Poulet au vinaigre, puis Inspecteur Lavardin (1985), deux films policiers interprétés par Jean Poiret. Ce sont ensuite Masques (1987) et le Cri du hibou (1987). Il retrouve Isabelle Huppert pour l'admirable Une affaire de femmes (1988) et enchaîne avec Jours tranquilles à Clichy (1990) d'après Henry Miller, et Docteur M (1990). Puis, toujours avec Isabelle Huppert, il donne une excellente adaptation du chef-d'oeuvre de Gustave Flaubert, Madame Bovary (1991) et confie à Marie Trintignant un beau rôle dans une des meilleures transpositions de Georges Simenon à l'écran, Betty (1992). Il réalise ensuite son seul essai documentaire à ce jour, l'oeil de Vichy (1993), un montage d’actualités cinématographiques datant de l'Occupation, révélateur des mécanismes de la propagande vichyste. Toujours avec le producteur Marin Karmitz, il réalise l'Enfer (1994), d'après un scénario de Henri-Georges Clouzot, puis la Cérémonie (1995), un âpre pamphlet social avec Isabelle Huppert, Sandrine Bonnaire et Jean-Pierre Cassel. Son cinquantième film pour le grand écran, Rien ne va plus (1997), est incompris par la critique et obtient un médiocre succès auprès du public, mais Chabrol retrouve la faveur de tous avec une incontestable réussite, Au coeur du mensonge (1999).
Chabrol, Landru Durant la Première Guerre mondiale, un petit homme galant et distingué s'attire les faveurs de dames un peu mûres qui disparaissent mystérieusement peu après. Accusé, Landru clame son innocence mais, malgré l'absence de preuves, finit guillotiné. Dialogué par Françoise Sagan, le film retrace avec humour l'épopée de celui qui passe pour l'un des plus grands criminels du siècle. Grand styliste et narrateur habile, il est aussi un bon metteur en scène de théâtre, un talentueux réalisateur de films publicitaires et ne dédaigne jamais de devenir acteur pour ses amis réalisateurs. Ses apparitions dans Paris nous appartient (1958-1960) de Jacques Rivette, son grand rôle dans le court métrage de Jean-François Detré, le Travail (1969), et son personnage inquiétant des Voleurs de la nuit (1984) de Samuel Fuller prouvent qu'il aurait pu faire une carrière de comédien. Claude Chabrol est l'auteur de plusieurs livres dont Et pourtant, je tourne (1976) et Un jardin bien à moi (1999) ; il est aussi le directeur littéraire d'une collection consacrée au roman policier (éditions du Seuil). Les principaux films de Claude Chabrol
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Chahine, Youssef Youssef Chahine |
Né à Alexandrie, Youssef Chahine étudia le cinéma en Californie. De retour en Égypte en 1950, il tourna son premier long-métrage, Papa Amine (Baba Amin). Exploitant d'abord les filons traditionnels, il réalisa en 1958 son premier chef-d'oeuvre, Gare centrale (Bab al-hadid), dans lequel il interprétait le personnage principal, annonçant son tournant autobiographique d'après 1978. Dans l'ambiance patriotique du nassérisme, il tourna Djamila l'Algérienne (Gamila al-gaza, 1958, sur la résistance algérienne) et Saladin / an-Nasir Salah ad-Din (1963, sur le vainqueur des croisés). La Terre (al-Ard), un hommage aux fellahs présenté au festival de Cannes en 1969, lui valut la consécration internationale. En 1970, il revint à sa quête d'intériorité avec le Choix (al-Ikhtiyar), réalisé sur un scénario de Naguib Mahfouz. Le Moineau (al-Usfur, 1973), sur la défaite de 1967, annonca un nouveau style, en rupture avec la narration classique. Un jour le Nil (an-Nass wa an-Nil, 1968-1972), sur la mise en service du barrage d'Assouan, déplut aux commanditaires égyptiens et soviétiques. En 1978, il inaugura avec Alexandrie, pourquoi ? (Iskandariyya lih ?) sa trilogie autobiographique, qui comprend également la Mémoire (Hadduta Misriyya, 1982) et Alexandrie encore et toujours (Iskandariyya kaman wa kaman, 1989). En 1985, il dirigea Michel Piccoli dans une coproduction égypto-française, Adieu Bonaparte. Les extrémistes religieux firent interdire momentanément le film l'Émigré (al Mohager, 1994), histoire biblique de Joseph. Le Destin (al-Massir, 1997), qui traite du fondamentalisme et de l'intolérance, remporta le Prix spécial du cinquantième festival de Cannes. |
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Chan, Jackie Jackie Chan |
Né à Hong Kong, Jackie Chan passe une partie de son enfance en Australie et revient à Hong Kong à l'âge de sept ans, pour étudier la danse et les arts martiaux pendant plus de dix ans. Acteur enfant, il apparaît dans de nombreux films cantonais, puis travaille dans la florissante industrie du cinéma de Hong Kong comme cascadeur et coordinateur des scènes de combat. Les films de Hong Kong doivent leur succès d'alors à un genre particulier de film d'action, souvent très violent, qui mêle les arts martiaux à des cascades spectaculaires. Depuis la disparition prématurée en 1973 de Bruce Lee, star internationale et moteur de la production locale, les studios cherchent un acteur susceptible de lui succéder. C'est alors qu'en 1976, le réalisateur Luo Wei remarque Jackie Chan et lui donne le rôle principal dans plusieurs films, dont New Fist of Fury (1976) qui est un échec commercial et critique. Il faut attendre le Serpent à l'ombre de l'aigle (Si xing dio shou, 1978) de Yuen Woo-Ping pour que Jackie Chan connaisse enfin le succès. Succès qui lui permet, suivant son goût personnel, de donner à ses personnages une dimension humoristique dès le Maître ivre (Zui Quan, Drunken Monkey in the Tiger's Eye, 1978). Le vif succès de ses films en Asie du Sud-Est fait de Jackie Chan l’acteur le mieux payé du continent, et lui permet d'écrire et de réaliser lui-même la Hyène sans peur (Xia quan guai zhao, 1979), le Jeune Maître (Shi di chu ma, 1980), le Seigneur Dragon (Long Shaoye, 1982), Projet A (A jihua, 1983), Police Story (Jinsha gushi, 1985), qui lui vaut en Occident le surnom de «Buster Keaton des arts martiaux», Projet A II (A jihua xu ji, 1987) et Police Story II (Jinsha gushi II, 1988). Il réalise encore un hommage original à la comédie américaine, Mr Canton et lady Rose (Qi ji, 1989) et entame comme acteur une carrière américaine avec le Chinois (The Big Brawl, 1980) de Robert Clouse, l'Équipée du Canonball (The Canonball Run, 1980) de Hal Neddham et le Retour du Chinois (The Protector, 1985) de James Glickenhaus. Parmi ses grands succès, on compte Crime Story (Zhong an zu, 1993) de Kirk Wong, Jackie Chan dans le Bronx (Rumble in the Bronx, 1996) de Stanley Tong et son premier film américain en vedette, Rush Hour (1998) de Brent Ratner. |
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Chaplin, Charlie
Chaplin Charlie |
Avec Buster Keaton et Harold Lloyd, l'acteur britannique Charlie Chaplin est l'un des plus célèbres comiques de l'époque du muet. Cette photo le montre sur le toit de l'hôtel Carlton à Londres, après son retour de New York. Né à Londres, Charles Spencer Chaplin monta sur scène dès l’enfance dans des comédies musicales. Après une première tournée aux États-Unis, il s’y installa en 1912. Chaplin apparut pour la première fois à l’écran en 1913 dans une production de la Keystone Film Company sous la direction de Mack Sennett. Dans le film Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice, 1914) de Henry Lehrman, il portait un pantalon ample, des chaussures trop grandes, un chapeau melon et une canne en bambou. Chaplin venait de créer le personnage mondialement célèbre de Charlot le Vagabond. Très vite, il devint lui-même réalisateur et, reprenant le personnage de Charlot, il le mit en scène dans plus de 70 films parmi lesquels le Vagabond (The Tramp, 1915). Successivement associé à diverses sociétés de production (la Essanay Film Company, la Mutual Film Company et la First National Film Company), il finit par créer son propre studio à Hollywood, en 1918. Chaplin développa progressivement son personnage, passant du stéréotype enjoué et bouffon à un personnage de plus en plus complexe qui, tout en restant comique, prit une dimension mélodramatique. En 1919, il fonda avec David W. Griffith, Douglas Fairbanks et Mary Pickford, la société de production United Artists Corporation, et en fut membre jusqu’en 1952. Parmi ses très nombreux films, on peut citer le Gosse (The Kid, 1921), le Pèlerin (The Pilgrim, 1923), la Ruée vers l’or (The Gold Rush, 1925), le Cirque (The Circus, 1928), les Lumières de la ville (City Lights, 1931), les Temps modernes (Modern Times, 1936), le Dictateur (The Great Dictator, 1939-1940), Monsieur Verdoux (1947), Limelight (1952) et Un roi à New York (A King in New York, 1957). Son dernier film, la Comtesse de Hong Kong (A Countess from Hong Kong, 1967), en couleurs, reste très peu connu. Il composa en outre la musique de la plupart de ses films.
La Ruée vers l'or Située entre le Kid (The Kid, 1921) et les Lumières de la ville (City Lights, 1931), la Ruée vers l'or (The Gold Rush, 1925) constitue une étape essentielle de l'évolution du personnage de Charlot, le vagabond marginal mais au grand coeur, et du style burlesque de Chaplin, devenu moins frénétique. Propriétaire de ses propres studios sur Sunset Boulevard, le cinéaste produisait ainsi son deuxième film, avec la collaboration de United Artists, qu'il avait contribué à créer. La fameuse «danse des petits pains» demeure une scène d'anthologie.
La Ruée vers l’or (1925) Chaplin affina constamment son jeu d’acteur en s’inspirant du mime et du clown, alliant une grâce acrobatique, des gestes expressifs et une grande éloquence faciale. Son rôle de Charlot, symbole de l’individualité triomphante contre l’adversité et la persécution, a fait de lui une sorte de tragi-comédien. L’avènement du cinéma parlant allait à l’encontre de son style, de l’efficacité de la pantomime dont dépendait son imagination créative. Il ne produisit que peu de films parlants. Ses films prirent peu à peu une dimension politique ; encore absente des Lumières de la ville, elle fut manifeste dans les Temps modernes, diatribe contre le travail à la chaîne. Dans ces deux premiers parlants, Charlot reste cependant silencieux. Abandonnant par la suite le personnage du vagabond, il endossa des rôles différents. Marquant cette transition, le Dictateur, véritable pamphlet anti-hitlérien, utilise toutes les ressources du parlant. Chaplin traita ses sujets en mélangeant satire et pathétique, où se révèlent son humanisme et son amour de la liberté.
1936 Chaplin, les Temps modernes Le film de Charlie Chaplin impose par le rire la critique vigoureuse d'une nouvelle forme d'aliénation ouvrière, conséquence des impératifs de production qui ont favorisé le triomphe de la machine et de l'automatisation des tâches dans l'industrie. Sept ans après l’apparition du parlant, le réalisateur et acteur américain Charlie Chaplin réalise les Temps modernes, sans aucun dialogue et en noir et blanc. Impitoyable critique de la déshumanisation à l’ère du travail à la chaîne et du taylorisme, le film met en scène un Charlot, sympathique victime débrouillarde, qui résiste à l’exploitation. Cette note d’optimisme confère à ce chef-d’oeuvre son inaltérable modernité.
Charlie Chaplin et Jackie Coogan dans le Kid Avec le Kid, Chaplin affirma son style personnel, qui doit autant à l'art du burlesque qu'au romanesque social de Dickens. Le film connut un immense succès, dû au casting judicieux de l'adorable Jackie Coogan, très jeune artiste de music-hall repéré par Chaplin lors d'un spectacle où il se produisait avec son père, et à un scénario émouvant dans lequel Chaplin a certainement mis beaucoup de sa propre enfance. En effet, l'artiste a grandi à Londres dans une atroce misère dont il a pu s'extraire grâce à une force de caractère et un talent hors du commun. En 1947, Chaplin fut accusé de sympathies communistes par la Commission des activités anti-américaines. L’hostilité à son égard ne désarma pas et, en 1952, il quitta les États-Unis pour l’Europe. Un roi à New York, tourné en Grande-Bretagne en 1957, contient une violente condamnation de l’obscurantisme du maccarthysme. Installé en Suisse, il ne retournera qu’une seule fois aux États-Unis pour y recevoir un oscar récompensant sa contribution à l’industrie cinématographique. Il fut anobli par la reine d’Angleterre en 1975. Il mourut le 25 décembre 1977, à Corsier-sur-Vevey, en Suisse. Les principaux films de Chaplin
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Chéreau, Patrice Patrice Chéreau |
Né à Lézigné, Patrice Chéreau fait ses premières mises en scène au groupe théâtral du lycée Louis-le-Grand puis entreprend des études d'allemand à la faculté des lettres de Paris. Il monte l'Héritier du village de Marivaux, en 1965, et s'impose rapidement avec ses mises en scène de pièces peu connues, ou peu jouées, telles que l'Affaire de la rue de Lourcine de Labiche, en 1966, ou les Soldats de Jakob Michael Reinhold Lenz, en 1967. Il dirige le théâtre de Sartrouville jusqu'en 1969 puis, à partir de 1972, le TNP de Villeurbanne avec Roger Planchon et Robert Gilbert. Dès lors, il forme sa propre troupe à laquelle se joint le décorateur de théâtre Richard Peduzzi. En 1973, il monte la Dispute de Marivaux, à laquelle il donne une dimension sadienne. De 1982 à 1990, Patrice Chéreau dirige le Théâtre des Amandiers, à Nanterre, près de Paris. Il veux que ce lieu soit à la fois un théâtre, un cinéma et une école. En 1983, il y présente son premier travail, les Paravents de Jean Genet, où il utilise la salle comme une extension de la scène. Par la suite, il fait connaître l'oeuvre de Bernard-Marie Koltès en montant, notamment, Combat de nègres et de chiens, en 1983, et Dans la solitude des champs de coton, en 1987. Patrice Chéreau se consacre aussi à l'opéra. Après le succès, en 1976, de sa mise en scène de la Tétralogie de Richard Wagner au Festival de Bayreuth, avec Pierre Boulez comme chef d'orchestre, il est invité à mettre en scène Lulu d'Alban Berg à l'Opéra de Paris, en 1979.
Wagner, Le Crépuscule des
dieux, mis en scène par Patrice Chéreau En 1992, il présente Wozzeck, l'opéra d'Alban Berg, puis, en 1994, Don Giovanni de Mozart au Festival de Salzbourg. En tant que réalisateur, Patrice Chéreau tourne la Chair de l'orchidée en 1975, adaptation libre du thriller de James Hadley Chase, No Orchids for Miss Blandish. Mais surtout, en 1983, il réalise l'Homme blessé, la pathétique histoire d'une passion homosexuelle. Le film bouleverse autant qu'il scandalise. Parmi ses autres réalisations, on trouve Judith Therpauve (1978), Hôtel de France (1987), la Reine Margot, avec Isabelle Adjani (1994). Il a été nommé officier des Arts et Lettres et a obtenu un molière pour sa mise en scène de Hamlet, présenté au Festival d'Avignon en 1988.
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Choukchine, Vassili Makarovitch Vassili Choukchine |
L’enfance et la jeunesse de Choukchine sont celles de nombreux jeunes de sa génération : enfance pauvre dans un kolkhoz de Sibérie, avec ses privations, mais aussi ses joies, qu’il a décrites dans ses nouvelles à caractère autobiographique (Lointaines Soirées d’hiver...). À seize ans, il travaille au kolkhoz, puis part sur des chantiers et fait mille métiers : ouvrier, radio dans la marine, directeur d’école... Ce n’est qu’à vingt-cinq ans qu’il entre à l’Institut du cinéma de Moscou. Il en sort en 1960, ayant entre-temps joué dans plusieurs films; en 1962 paraissent ses premières nouvelles. Il mène de front diverses activités : de 1962 à 1974, cinq recueils de nouvelles, trois romans, cinq films (dont le dernier, L’Obier rouge, a suscité des discussions passionnées dans toute l’U.R.S.S.), nombreux rôles au cinéma. Cette oeuvre abondante est inégale mais a toujours suscité un grand engouement qui tient d’abord à son réalisme : elle sonne juste. Choukchine se déclare ennemi de tout schéma (héros positif contre héros négatif), de tout «embellissement de la réalité». Respectueux de ses lecteurs, de son public, conscient de ses devoirs de créateur et de communiste, il veut dire la vérité, même peu agréable. C’est dans ses nouvelles, où il se sent plus à l’aise que dans ses romans, que ses talents de conteur (dialogues pleins de verve, langue riche en mots et expressions populaires, détails pris sur le vif) se révèlent le mieux. Il s’agit le plus souvent de courtes scènes, de «choses vues», sans sujet, prétextes à la peinture de types humains (un de ses recueils s’intitule Caractères). Car son succès est dû aussi à son amour pour ses personnages, qui fait de chacun d’entre eux un individu n’entrant pas dans les catégories habituelles. Choukchine aime les originaux (Un original, tel est le titre de ses nouvelles) : un mécanicien qui cherche le mouvement perpétuel, un pope qui croit à la révolution scientifique. Ses personnages font des actes irraisonnés, ils aiment raconter des histoires. Ce sont parfois des portraits d’artistes autodidactes : sculpteur sur bois, joueur de balalaïka, chanteur... Ce sont presque toujours des «âmes pures». Car ces ruraux des Habitants de la campagne (son premier recueil) croient en leur travail, se heurtent aux indifférents, même s’ils détestent les grandes phrases sur les devoirs d’un communiste. Cette harmonie entre l’homme social et l’homme privé, entre l’homme et la nature ferait de la vie une idylle (Là-bas au loin, son second recueil), s’il n’y avait les disputes et les bagarres, l’ivresse : «Notre moujik ne connaît pas de milieu.» «Mon âme a besoin de fête», dit, dans le dernier film de Choukchine, le voleur Égor. Car il croit aux pulsions incontrôlées, au primat de l’instinct sur le raisonnement. Par cette recherche du caractère national russe, des valeurs morales dans le monde rural, Choukchine appartient au groupe des «écrivains paysanniers» qui ont introduit vers le milieu des années soixante des thèmes nouveaux en remplaçant le jeune homme intellectuel de la décennie précédente par le paysan. Son oeuvre se situe dans le courant littéraire le plus vivant à l’heure actuelle, à côté d’écrivains comme Abramov, Nossov, Belov surtout. comme eux, il est par toutes ses racines un paysan, et la ville reste pour lui un monde étranger, où les liens avec les autres, ceux d’une communauté rurale, se dissolvent. Les paysans de Sibérie transplantés dans la ville ou bien y sont comme des géants incongrus, ou bien sont écrasés par la ville et les petits-bourgeois qui la peuplent. À l’inverse, le citadin est un corps étranger à la campagne, il y apporte la discorde, la mort parfois (dans L’Envie de vivre, qui a donné son titre au recueil de ses oeuvres publié en France). Pour les paysans transplantés, le retour à la campagne apparaît, quand tout va bien, comme un rêve et parfois comme le salut : ainsi dans L’Obier rouge, le paysan Égor, devenu voleur à la ville, trouve sa rédemption en redevenant un kolkhozien. Choukchine traduit le désarroi des millions de paysans qui, à la ville, ont perdu les valeurs du monde patriarcal et vivent dans un vide moral, la morale communiste n’étant souvent que discours. Ce qu’il y a de conventionnel dans cette problématique est transformé par l’absence de passéisme, par l’optimisme et la chaleur humaine, car, comme chez tous les vrais écrivains russes, c’est la confiance dans la vie qui domine. |
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Christensen, Benjamin Benjamin Christensen |
Né à Viborg, Benjamin Christensen est une figure originale de l’époque du cinéma muet. Il exerce d’abord les métiers de médecin et de chanteur d’opéra, se produisant notamment dans le Don Giovanni de Mozart en 1902. Il devient ensuite acteur de théâtre avant de se consacrer au cinéma. Le Danemark produit alors des films policiers dans un style français, très populaire à cette époque. Christensen réalise l’X mystérieux (Det hemmelighedstade, 1913) et Nuit vengeresse (Haevnens, 1915), dont il est aussi l’interprète et qui annonce son oeuvre à venir, placée sous le signe du fantastique. C’est en Suède qu’il réalise son film le plus célèbre, la Sorcellerie à travers les âges (Häxan, 1921), une oeuvre atypique, entre fiction et documentaire, consacrée aux rites démoniaques, où il incarne lui-même Satan. Cette «chronique de l’occulte» possède une force visuelle saisissante qui évoque Goya, Bosch et Dürer. Par-delà son étonnante beauté plastique, ce film s’attache à dénoncer l’intolérance et à analyser les relations qui s’établissent entre démonisme et sexualité. En 1923, Christensen part pour Berlin. Il y dirige trois longs métrages : Unter Juden (1923); la Femme, cette inconnue (Seine Frau die Unbekannte, 1923); Die Frau mit dem schlechten Ruf (1925), et incarne sous la direction de son compatriote Carl Dreyer le rôle d’un peintre amoureux de son modèle masculin dans Mikael (1924). Il émigre ensuite à Hollywood où il réalise des thrillers «gothiques», poursuivant ainsi son travail sur le matériau fantasmagorique : le Cirque du Diable (Devil’s Circus, 1926); l’Idiot (Mockery, 1927), dans lequel il dirige Lon Chaney; la Maison de la terreur (House of Horror, 1928) et Seven Footprints to Satan (1929). À la même époque, il collabore à l’Île mystérieuse (Mysterious Island, 1928) d’après Jules Verne. Seul le scénariste Lucien Hubbard signera ce film dont Christensen achève la réalisation, succédant à Maurice Tourneur et Clarence Brown. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il revient au Danemark où il réalise des mélodrames : Enfants du divorce (Skilsmisens born, 1939); l’Enfant (Barnet, 1940); Rentre avec moi (Gaa med mig Hjem, 1941) et un film policier, la Femme aux gants clairs (Damen medde Lyse handoker, 1942). L’échec de ces derniers films le contraint à abandonner la réalisation cinématographique. De 1942 à 1959, il est directeur de salles de cinéma. |
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Christian-Jaque Christian-Jaque |
Christian-Jaque est né à Paris. D’abord affichiste et décorateur (il travailla, entre autres, pour le cinéaste André Hugon), il se spécialisa très vite dans la comédie, offrant notamment à Fernandel, avec lequel il tourna six films (dont François Ier en 1937 et Ernest le rebelle en 1938), certains de ses rôles les plus populaires. Adapté d’un roman de Pierre Véry, les Disparus de Saint-Agil (1938), avec Erich von Stroheim et Michel Simon, connut un grand retentissement à la fin des années 1930 et permit à Marcel Mouloudji de faire ses premiers pas au cinéma. Après l’Assassinat du père Noël (avec Harry Baur, 1941) et Sortilèges (sur des dialogues de Jacques Prévert, 1945), dans lesquels il fit apparaître sa grande maîtrise du genre policier, il réalisa à la Libération une version très patriotique de Boule de Suif (avec Micheline Presle, 1945). Il dirigea Gérard Philipe à de multiples reprises, notamment dans la Chartreuse de Parme (1948), dans Souvenirs perdus (1950) et dans un Fanfan la Tulipe très enlevé (1952). Marié successivement aux actrices Simone Renant, Renée Faure et Martine Carol, il s’est mis plusieurs fois au service de cette dernière (Lucrèce Borgia, 1953; Madame du Barry, 1954; Nana, 1955) et offrit à Brigitte Bardot l’un de ses rôles les plus célèbres (Babette s’en va-t-en guerre, 1959). |
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Cimino, Michael Michael Cimino |
Né à New York, Cimino est le fils d'un éditeur de musique. Il étudia l'histoire de l'art à l'université Yale avant de se tourner vers la réalisation de films publicitaires pour la télévision. Dans cette odyssée amère qui conduit de jeunes ouvriers américains d'origine lituanienne jusqu'au Viêt Nam, d'où certains ne reviendront jamais, Michael Cimino se penche sur une Amérique modeste où les jeunes gens doivent se résigner à subir l'exploitation, l'aliénation et la guerre.
Cimino, Voyage au bout de l'enfer Après avoir collaboré à divers scénarios, Cimino fit ses débuts de réalisateur avec le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot, 1974), une comédie à suspense avec Clint Eastwood et Jeff Bridges. Son film suivant, Voyage au bout de l'enfer (The Deer Hunter, 1978), qui traitait de la guerre du Viêt Nam, fut couronné par cinq oscars à Hollywood, notamment ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. L'excellent accueil dont bénéficia Voyage au bout de l'enfer permit à Cimino d'entreprendre la Porte du paradis (1980), un western historique conçu à l'échelle d'une épopée. Durant le tournage, le budget initial fit plus que quintupler. Lorsqu'il sortit, le film fut rejeté tant par la critique que par le public et provoqua la faillite de son studio, United Artists. Il fallut attendre plusieurs années avant que certains critiques y voient un véritable chef-d'oeuvre. L'Année du dragon (The Year of the dragon), sorti en 1985, permit à son auteur de reconquérir une partie de son public, mais ses réalisations suivantes (The Desperate Hours, 1990; Sunchaser, 1996) ne furent que des succès relatifs. |
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Cissé, Souleymane Souleymane Cissé |
Né à Bamako, il fait ses études à Dakar et, à l’âge de vingt ans, reçoit une bourse pour poursuivre ses études dans une école de cinéma moscovite. De retour au Mali, influencé par l’idéologie marxiste et anticolonialiste, il tourne d’abord pour le ministère de l’Information des documentaires à vocation sociale et pédagogique : l’Homme et les idoles (1965), Sources d’inspiration (1966) et l’Aspirant (1968). En 1974, il réalise son premier long-métrage de fiction. La Jeune Fille (Den muso) est le premier film malien en langue bambara. Il sera aussi le premier film malien censuré : cette histoire d’une jeune muette, mère célibataire rejetée par sa famille, est perçue comme une vive attaque des moeurs de la société traditionnelle. Les films suivants, qui en font un cinéaste de tout premier plan en Afrique noire (voir africain, cinéma), continuent à interroger les structures sociales de son pays comme dans Travail (Bara, 1981) ou dans le Vent (Finyé, 1982) qui relate l’opposition entre le pouvoir militaire et les étudiants. Yeelen (1987), que Cissé produit avec beaucoup de difficultés, se détourne des tourments du présent pour renouer avec les traditions africaines du récit, du conte et de l’oralité (voir Afrique, littératures d’). L’histoire d’un jeune homme à la recherche des pouvoirs magiques de son père donne l’occasion à Cissé de mettre en scène la figure essentielle du griot et de construire le récit autour de la palabre et des légendes fantastiques bambara. Dans Waati (1995), son dernier film à ce jour, Cissé quitte le Mali pour filmer l’Afrique entière à travers les tribulations d’une jeune femme, de l’Afrique du Sud aux tribus touareg du Sahara. Il semble qu’il revendique désormais un retour vers le passé et les coutumes (son héroïne est docteur en anthropologie) - fondement indispensable à ses yeux et seul capable de fonder une identité africaine supranationale. |
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Clair, René René Clair |
Né à Paris, René Clair est d’abord journaliste, parolier, comédien et assistant auprès de J. de Baroncelli. Puis, il tourne ses premiers films dont Entr'acte (1924), qui s'inscrit dans le mouvement dadaïste des années 1920, sur un scénario de Francis Picabia et une musique d'Érik Satie. Après la réalisation de films fantastiques (le Fantôme du Moulin-Rouge, 1924 et le Voyage imaginaire, 1925), il adapte deux comédies de Labiche : Un chapeau de paille d'Italie (1927) et les Deux Timides (1928). Avec l'arrivée du son, René Clair donne à ses films une nouvelle dimension. Les oeuvres de cette période, Sous les toits de Paris (1929), le Million (1930), À nous la liberté (1931), conduisent les critiques de cinéma à le considérer comme le premier réalisateur à avoir entièrement exploré le potentiel du parlant.
À nous la liberté (1931) de René Clair Dénonciation du travail à la chaîne, le film de René Clair est l'un des premiers films parlants et chantants du cinéma français. Charlie Chaplin s'en inspira pour tourner, cinq ans plus tard, les Temps modernes (Modern Times). Après Quatorze Juillet (1933), une charmante comédie populaire, Clair est amené à travailler en Angleterre, où il dirige son premier film en anglais, Fantôme à vendre (The Ghost Goes West, 1935). Puis, pendant la Seconde Guerre mondiale, il réside aux États-Unis, où il connaît un succès considérable avec des films tels que Ma femme est une sorcière (I Married a Witch, 1942) et C'est arrivé demain (It Happened Tomorrow, 1943), poursuivant la même démarche cinématographique (truquages et associations d'images) pour évoquer le fantastique. Après la guerre, il rentre en France, où il réalise la Beauté du diable (1949), les Belles de nuit (1952), les Grandes Manoeuvres (1955), Porte des Lilas (1957) et les Fêtes galantes (1965). Clair a instillé dans ces oeuvres la maturité d'une réflexion nouvelle, associée à la grâce et au charme des films de ses débuts. Il a publié Réflexion faite (1953) et, en 1960, est entré à l'Académie française. Un jour le Nil (an-Nass wa an-Nil, 1968-1972), sur la mise en service du barrage d'Assouan, déplut aux commanditaires égyptiens et soviétiques. En 1978, il inaugura avec Alexandrie, pourquoi ? (Iskandariyya lih ?) sa trilogie autobiographique, qui comprend également la Mémoire (Hadduta Misriyya, 1982) et Alexandrie encore et toujours (Iskandariyya kaman wa kaman, 1989). En 1985, il dirigea Michel Piccoli dans une coproduction égypto-française, Adieu Bonaparte. Les extrémistes religieux firent interdire momentanément le film l'Émigré (al Mohager, 1994), histoire biblique de Joseph. Le Destin (al-Massir, 1997), qui traite du fondamentalisme et de l'intolérance, remporta le Prix spécial du cinquantième festival de Cannes. |
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Clarke, Shirley Shirley Clarke |
Née à New York, fille d’un industriel juif new-yorkais, Shirley Clarke (née Shirley Brimberg) quitte très tôt sa famille pour suivre des cours de danse moderne auprès de Martha Graham. En 1948, elle renonce à sa carrière de danseuse, mais, toujours très attachée à ce milieu, réalise Dance in the Sun (1953) autour des chorégraphies avant-gardistes de Daniel Nagrin. Remarquée par la réalisatrice Maya Deren, elle connaît ses premiers succès dans les festivals internationaux avec Bullfight (1955), fréquente la jeune garde du cinéma documentaire américain (Richard Leacock, D. A. Pennenbaker), et réalise dans ce cercle une série de courts métrages pour l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Cette rencontre est l’occasion d’une confrontation avec le Cinéma Vérité, pratique cinématographique avec laquelle elle entretiendra toute sa carrière un rapport ambigu. Son premier long métrage important, The Connection (1961), est l’adaptation d’une pièce du dramaturge Jack Gelber et, selon les propres termes de la cinéaste, un exercice de «faux Cinéma Vérité». Manière d’«En attendant Godot de la drogue» (selon le cinéaste Mekas Jonas), The Connection portraiture un groupe de jeunes drogués qui échangent leurs visions du monde en attendant l’improbable arrivée du dealer. S’il est, à n’en pas douter, un document réaliste sur une époque, une situation et certaines facettes de la culture underground, le film se détache pourtant complètement du genre documentaire au sens strict : la cinéaste s’appuie sur un dispositif de fiction en faisant participer une fausse équipe de tournage (constituée de vrais acteurs) aux discussions des personnages qui improvisent à partir du texte de Jack Gelber. Accompagnée d’une polémique avec les comités de censure new-yorkais, la sortie en salle connaît un grand succès. Avec Harlem Story (The Cool World, 1963), Shirley Clarke poursuit dans la veine du semi-documentaire en filmant une bande d’adolescents noirs, proches de la délinquance, dans leurs déambulations à travers New York. La plupart des personnages de ses films sont amenés à jouer leur propre rôle : là où l’on pourrait légitimement craindre une certaine fausseté dans la représentation, le cinéma de Shirley Clarke atteint souvent une grande justesse de ton. Au-delà, les films de Clarke donnent une image fidèle des luttes et des conditions de vie des minorités américaines dans les années soixante. Portrait of Jason (1966) met en scène quelques heures de la vie d’un jeune noir prostitué homosexuel, qui, entre deux bouffées de cigarette de marijuana, fabule sur son existence à la marge de la société, une existence émaillée de beuveries et de rixes, de nuits d’amour et de rêves. Installée au Chelsea Hotel, résidence de la bohème artistique new-yorkaise, Clarke fréquente la frange la plus radicale des artistes new-yorkais et participe à la création du Filmmakers Distribution Center avec Mekas Jonas et Louis Brigante en 1966. Mais c’est dans un quasi-dénuement qu’elle vit après avoir engagé ses propres deniers dans la production de ses films, dont la rentabilité financière est presque nulle. Écartée du cercle formé notamment par Jonas Mekas et le critique et théoricien P. Adams Sitney lors de la création de l’Anthology Film Archive (1972), Shirley Clarke ne trouve plus de producteurs et se tourne désormais vers les chaînes de télévisions par câble, réalisant de nombreux films vidéo, dont la plupart restent à découvrir, notamment Wendy and Shirley (1973), Ornette : Made in America (1985). Shirley Clarke tient son propre rôle dans le film d’Agnès Varda Lion’s Love (1969). Atteinte par la maladie d’Alzheimer, elle meurt à Boston. |
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Clément, René René Clément |
Révélé par ses films sur la Résistance et qui fut l’un des réalisateurs les plus engagés dans les coproductions européennes des années 1950. Né à Bordeaux, René Clément entreprit des études d’architecture avant de se tourner vers le cinéma. D’abord documentariste, il se vit confier par les instances de la Résistance la réalisation de la Bataille du rail (1946), un film sur les cheminots qui mêle habilement documentaire et fiction. Conseiller technique de Jean Cocteau pour le tournage de la Belle et la Bête (1946), il tourna la même année le Père tranquille, nouveau film sur la Résistance avec Noël-Noël, une grande vedette de l’époque. Réalisateur européen, il dirigea en Italie Au-delà des grilles (le Mura di Malapaga, 1949) et Quelle joie de vivre! (Che gioia di vivere, 1961), et réalisa à Londres Monsieur Ripois (1954, avec Gérard Philipe) sur des dialogues de Raymond Queneau. Son film le plus célèbre et son plus grand succès populaire fut sans doute Jeux interdits (1952), qui reçut un oscar à Hollywood et révéla Brigitte Fossey. Paris brûle-t-il, fresque historique ambitieuse tournée en 1966 avec une distribution internationale, fut un essai peu concluant de film à |