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Imamura, Shohei Shohei Imamura |
Né à Tokyo, le réalisateur Imamura Shohei appartient à la «nouvelle vague» cinématographique japonaise, bien qu’il soit sensiblement plus âgé qu’un Oshima, un Shinoda ou un Yoshida. Il ne bénéficia pas de la politique de promotion rapide des grandes compagnies de l’époque et dut en passer par sept ans d’assistanat. Après des études à Waseda, il entra à la Shochiku en 1951, où il fut assistant d’Ozu, avec lequel, bien qu’il en ait rejeté les thèmes, il avoue avoir appris, en creux, son métier. Il collabora ensuite avec Nomura Yoshitaro, avant de passer en 1954 à la Nikkatsu, comme assistant de Kawashima Yuzo, spécialiste des comédies de moeurs. Ils écrivent ensemble Chronique du soleil des derniers jours du shogunat (1957), parodie des moeurs de la «génération du soleil», la jeunesse dorée de l’après-guerre; la fantaisie qui y règne et la prédominance des situations-gags empruntées au rakugo (histoires drôles populaires) renvoient à la fois à son enfance, et à son premier film : Désirs volés (1958), dont les héros sont membres d’un Dosamawari, troupe de yosé et qui est un spectacle mêlant la tradition du rakugo et du kabuki populaire, au music-hall, à la prestidigitation et au strip-tease. Son deuxième film, Devant la gare de Nishi Ginza (1958), est ponctué de chansons populaires, mais c’est dans Désirs inassouvis (1958) que sa touche crue se manifeste : il y emploie ses amis Shozawa Yoichi, Kato Takeshi et son opérateur - bientôt familier - Himeta Shinsaku. Ce film est une préfiguration de son célèbre Cochons et cuirassés (1961). Entre les deux, Nianchan (1959) est un mélodrame réaliste dont le classicisme plut à la critique mais que lui-même rejeta. Cochons et cuirassés met aussi en scène l’immédiat après-guerre mais en liant de façon brutale l’occupation américaine et la survie du petit peuple, à travers des héros avides, qui ne s’entretuent pas, comme dans Désirs inassouvis, pour déterrer des sacs d’héroïne cachés par les Américains mais pour s’adonner à un tout aussi meurtrier trafic de porc... Imamura y exploite à fond la métaphore, le parallélisme entre l’homme et l’animal : dans un contexte défavorable, la lutte pour la vie s’apparente à une sélection naturelle dont seule la femme réchappe. Elle va bientôt devenir, comme tous ses personnages, un sujet-objet dont la sexualité, clé de la thématique d’Imamura, sera livrée à la passion investigatrice du réalisateur, ainsi dans La Femme insecte ou Chroniques entomologiques du Japon (1963). La tension sexuelle fonde aussi : Désirs meurtriers (1964), film sur le conflit entre la conscience et l’inconscient d’une femme qui hésite à tuer son violeur, qu’elle s’est mise à désirer. En 1965, en désaccord avec la Nikkatsu, Imamura crée sa maison de production. De plus en plus ambitieux, il passe de l’entomologie à l’anthropologie; sans argent il écrit et monte Cochons et dieux Paraji, matrice de Profonds Désirs des dieux, qu’il tournera en 1968, cosmologie rêvée aux prises avec l’autre obsession de l’auteur : la science. Auparavant, en 1965, il adapte le roman de Nozaka Akiyuki Le Pornographe ou Introduction à l’anthropologie, histoire d’un impossible accomplissement du sexe. Son premier film-enquête a pour base un fait sociologique assez courant au Japon, la disparition volontaire qui devient Évaporation de l’homme (1967). Après l’échec commercial de Profonds Désirs des dieux, il se consacre au documentaire, sans perdre de vue ses personnages de fiction vivant dans l’immédiat après-guerre, désorientés et préoccupés de survie; deux films témoignent de cet intérêt constant : Histoire du Japon de l’après-guerre. Mme Onboro, hôtesse de bar (1970) et En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus. Thaïlande, Malaisie (1971). Pour la série télévisée Les Laissés-pour-compte, il réalise Karayukisan ou Ces dames qui vont au loin (1973) et Muhomatsu revient au pays natal. En 1975, il poursuit la série En suivant ces soldats et tourne Rapport sur deux hommes nommés Yoshinobu. Ce n’est qu’en 1979, à partir d’un fait divers, qu’il renoue avec la fiction, d’inspiration freudienne avec La vengeance est à moi. Pourquoi pas ! (1980) met à la fois en scène le besoin de changement et le désir de jouissance d’un peuple sortant de l’époque féodale. Et c’est une adaptation très personnelle de l’oeuvre de Fukasawa Shichiro (Kinoshita Keisuke en fit une autre en 1958 dans un style très kabuki) que La Ballade de Narayama, grand prix du festival de Cannes 1983, qui est en quelque sorte un remake de Profonds Désirs des dieux simplifié et plus classique. Ce film, comme toute son oeuvre, se présente comme une quête des origines, à travers le fond primitif de l’homme et l’animalité; la sexualité du bas peuple, celle des comédiens, des fous, des arriérés, des femmes, des victimes de l’histoire (comme dans Pluie noire, 1989, qui raconte la vie en sursis d’une famille irradiée à la suite du bombardement d’Hiroshima) semble être son médium privilégié pour rejoindre les dieux et... leurs désirs. Mot clé pour entrer dans un univers ambivalent et irrationnel, traversé par la seule énergie qui le reproduit, et qu’Imamura observe et conte inlassablement.
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Iosseliani, Otar Otar Iosseliani |
Révélé par la Chute des feuilles (Listopad, 1967), un film satirique sur les moeurs bureaucratiques et le carriérisme, il réalise Il était une fois un merle chanteur (Zil pevcij drozd, 1971) et Pastorale (Pastoral’, 1976) où sont mis en scène des personnages qui n'ont rien du «héros positif». Fixé en France, il réalise ensuite des documentaires et deux films à l'humour très personnel : les Favoris de la Lune (1984) et la Chasse aux papillons (1992). En 1994, il réalise dans son pays d’origine un documentaire : Seule, Géorgie. Son dernier film est un film franco-italien tourné en 1999 : Adieu, plancher des vaches !
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Ivens, Joris Joris Ivens |
Né à Nimègue dans une famille d'industriels spécialisés dans les appareils photographiques, Joris Ivens a mené pendant une soixantaine d'années une carrière exceptionnelle de documentariste militant qui l'a conduit sur tous les fronts révolutionnaires. Il fit ses débuts au temps du muet avec des expériences d'avant-garde poétique (la Pluie, 1929), Zuyderzee (1930-1933), puis Borinage, film sur les mineurs de Belgique (1933, avec Henri Storck), lui valurent une réputation de cinéaste engagé. Indésirable en son pays, il commença une vie errante dont les étapes sont des repères pour le siècle : Espagne (Terre d'Espagne, 1937); Chine (400 millions, 1938), son pays d'élection, où il reviendra à plusieurs reprises jusqu'à son dernier film; États-Unis et Canada pendant la guerre; URSS et pays de l'Est pendant la guerre froide; Italie, Mali, Cuba (Carnet de voyage et Peuple armé, 1961); Chili (À Valparaiso, 1962, avec Chris Marker); Viêt Nam et Laos (le Ciel, la Terre, 1965; le 17e parallèle, 1967; le Peuple et ses fusils, 1968-1969). Ensuite, ce fut le retour en Chine, avec le monumental Comment Yukong déplaça les montagnes (1971-1975, avec Marceline Loridan), puis Une histoire de vent (1986-1988). Il avait commencé avec la Pluie, il retrouva avec le vent une sensibilité poétique accordée aux forces élémentaires, unité profonde d'une oeuvre dédiée aux luttes des hommes. |
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