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Saura, Carlos

Carlos Saura
(1932- )
Cinéaste espagnol célèbre dans les années soixante et soixante-dix, qui fut l’un des premiers à défier la censure pour explorer le contexte socio-politique de l’Espagne franquiste

Saura, né à Huesca, en Aragon, fils d’un avocat et d’une pianiste de concert, et frère du peintre Antonio Saura (1930-1998), fut un photographe à succès avant d’entrer à l’école expérimentale de cinéma IIEC, à Madrid.

Le premier film de Saura, Los golfos (1959), histoire d’une délinquance juvénile influencée par le néoréalisme, se fit remarquer par ses intentions provocatrices. Mais ce fut son troisième film, la Chasse (la Caza, 1965), première collaboration avec un producteur remarquable, Elias Querejeta, qui lui apporta un renom international et l’ours d’argent du Festival international du film de Berlin. Ce film allégorique à suspense faisait le bilan de l’héritage amer et violent de la guerre d’Espagne.

Saura (Carlos), la Chasse
oeuvre allégorique, la Chasse (la Caza, 1965) évoque le souvenir d'une guerre d'Espagne jamais nommée, à travers une partie de chasse dans laquelle Paco (Carlos Mayo) et deux autres anciens combattants s'entretuent. Coécrit avec Angelino Fons, le troisième long métrage de Saura est accompagné de la partition de Luis de Pablo, devenu depuis le compositeur attitré du cinéaste.

Avec Querejeta, Saura fit une série de films sombres et psychologiques qui montraient de façon indirecte la répression sociale, sexuelle et religieuse qui sévissait dans l’Espagne franquiste, filmant souvent sa compagne de l’époque, l’actrice Géraldine Chaplin. Ce sont entre autres Peppermint frappé (1967, qui lui valut un autre ours d’argent), Anna et les loups (Ana y los lobos, 1972) et Cría Cuervos (1976), étude envoûtante des obsessions de son enfance, considéré par tous comme son plus beau film, et pour lequel il obtint le prix spécial du jury au festival de Cannes, en 1976.

Violent réquisitoire contre la famille et la bourgeoisie espagnole franquiste et post-franquiste, Cría Cuervos dissèque, à travers les terreurs d'un imaginaire enfantin (celui d'Ana/Ana Torent, ci-dessus à droite), une cellule familiale — qui est aux yeux de Carlos Saura l'incarnation métaphorique de la nation espagnole. Pour le cinéaste espagnol, l'Espagne franquiste est une société patriarcale figée, encore fondée sur la triple alliance de l'armée, de l'Église et de la bourgeoisie, et qui, malgré la mort du dictateur Franco en 1975, résiste à l'ouverture et à la modernisation.

Saura (Carlos), Cría Cuervos

Depuis le retour de l’Espagne à la démocratie, Saura s’est surtout fait remarquer pour une série de spectacles dansés avec le danseur-chorégraphe Antonio Gades (Carmen, 1983).

Sautet, Claude

Claude Sautet
(1924- )
Cinéaste français dont les principaux films révèlent le souci de se référer à la société française de son temps, et dont les récits s’attachent à décrire le fonctionnement de petits groupes d’individus et de personnalités en marge

Né à Montrouge, Claude Sautet se dirigea vers la réalisation après des études à l’École des arts décoratifs de Paris. Ses premiers longs-métrages furent des films d’action : Classe tous risques (1960), avec Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura, et l’Arme à gauche (1965), d’après un roman de Charles Williams.

À partir des Choses de la vie (1969), la chronique morale et sociale a fondé ses scénarios : Max et les Ferrailleurs (1971), avec Michel Piccoli, César et Rosalie (1972), avec Yves Montand et Romy Schneider, Vincent, François, Paul et les Autres (1974), Mado (1976). Si l’esprit du temps est parfois trop présent dans ses films, si le romanesque devient, dans certains cas, excessif, et s’il a quelquefois laissé la bride sur le cou de ses acteurs, il a réalisé notamment deux films fort originaux : Quelques jours avec moi (1988) et Un coeur en hiver (1992), où Daniel Auteuil a trouvé deux de ses plus grands rôles, l’un au côté de Sandrine Bonnaire, l’autre au côté d’Emmanuelle Béart. Ces deux films sont probablement ceux où les thèmes qu’il affectionne (l’individu et le groupe, les contradictions de l’environnement humain) sont mis en scène avec le plus de rigueur. Réalisé en 1995, Nelly et M. Arnaud, l’un de ses plus grands succès, tant critique que populaire, a valu à Michel Serrault le césar du meilleur acteur.

Sayles, John

John Sayles
(1950- )
Cinéaste américain

Né à Schenectady (État de New York), John Sayles commence par écrire des nouvelles et des romans (The Pride of the Bimbos, 1975; Union Dues, 1977). Il débute au cinéma comme scénariste pour une société de production spécialisée dans les films d’horreur à petit budget.

John Sayles investit les recettes de ses scénarios dans le financement de son premier long métrage, Return of the Secaucus Seven (1980). Réalisée pour 60 000 dollars seulement, cette comédie observe avec finesse la réunion d’un groupe d’anciens activistes pacifiques des années soixante. Le film et sa thématique frayeront la voie à une multitude de films traitant du même sujet. La formation du cinéaste explique sans doute l’éclectisme réussi de ses réalisations : Lianna (1983) relate l’histoire d’une femme mariée qui découvre son homosexualité; Baby, it’s you (1983) est une comédie sur les amours de deux adolescents que leurs classes sociales et leurs origines opposent; Brother (1984) est une parodie de film de science-fiction.

John Sayles tourne ensuite deux films inspirés d’événements historiques : Matewan (1987) est l’histoire d’une grève de mineurs en 1920, en Virginie-Occidentale, tandis que Eight Men Out (1988) s’intéresse aux Chicago White Sox, qui perdirent volontairement le championnat national de base-ball de 1919. Ces films politiques sur l’exploitation des travailleurs ne rencontrèrent pas les faveurs du public.

Sayles privilégie de nouveau les thèmes contemporains pour signer City of Hope (1991), portrait d’une cité industrielle fictive du New Jersey, et Passion d’amour (1992), l’histoire dramatique d’une femme handicapée et de son compagnon noir, dont elle rétribue les services amoureux. En 1996, il tourne Lone Star, une intrigue policière située dans une ville frontière.

Toutes les mises en scène de John Sayles se distinguent par la qualité des interprétations et leurs dialogues finement ciselés. Il figure parmi les cinéastes indépendants les plus originaux de ces décennies.

Schlesinger, John

John Schlesinger
(1926- )
Cinéaste britannique

Il qui mena une partie de sa carrière aux États-Unis où il dirigea à plusieurs reprises Dustin Hoffman, notamment dans Macadam Cow-Boy en 1969

Né à Londres, John Schlesinger fit ses débuts d'acteur alors qu'il était encore étudiant à l'université d'Oxford. Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages, il fut engagé en 1957 à la BBC où il fut chargé de réaliser des documentaires. Le moyen-métrage Terminus (1961) lui valut un lion d'or au Festival de Venise. Dans ses films Un amour pas comme les autres (A Kind of Loving, 1962) et Billy le Menteur (Billy Liar, 1963), il nous livre deux études parmi les plus poignantes et les plus perspicaces jamais réalisées sur la vie de la classe ouvrière.

Schlesinger fit jouer Julie Christie, qui figurait déjà au sein de la distribution de Billy le Menteur, dans Darling (1965), film pour lequel l'actrice remporta un oscar et Loin de la foule déchaînée (Far from the Madding Crowd, 1967), tiré du roman de Thomas Hardy. Parmi les longs-métrages réalisés par Schlesinger aux États-Unis figure notamment Macadam Cow-Boy (Midnight Cowboy, 1969), avec Dustin Hoffman et John Voight, qui lui valut l'oscar du meilleur film et celui du meilleur réalisateur.

Schlesinger réalisa également Un dimanche comme les autres (Sunday Bloody Sunday, 1971), Yanks (1979) et Honky Tonk Freeway (1981); parmi ses dernières oeuvres figurent Marathon Man (1976) et le Jeu du faucon (The Falcon and the Snowman, 1985), un thriller sur les activités de la CIA.

Schlöndorff, Volker

Volker Schlöndorff
(1939- )
Réalisateur allemand

Célèbre pour ses adaptations de classiques littéraires et ses films traitant de l'Allemagne contemporaine.

Ancien assistant de Jean-Pierre Melville, Alain Resnais et Louis Malle, Volker Schlöndorff est l'un des artisans de la renaissance du cinéma allemand après la Seconde Guerre mondiale. Il est révélé à Cannes dès son second long métrage les Désarrois de l'élève Torless (1966). Adapté du roman éponyme de Robert Musil, ce film est révélateur du primat accordé par le cinéaste allemand aux grandes oeuvres littéraires (Heinrich Kleist, Heinrich Böll, Marguerite Yourcenar, Günter Grass, Marcel Proust) et à l'analyse historico-politique, parfois en collaboration avec son épouse, la cinéaste Margarete von Trotta (l'Honneur perdu de Katharina Blum, 1975). À côté du Tambour qui demeure son plus grand succès (1979, palme d'or et oscar du meilleur film étranger), on peut également citer le Coup de grâce (1976), la Soudaine Richesse des gens pauvres de Kombach (1970), Mort d'un commis voyageur (1985), The Voyager (1991) et le Roi des aulnes (1996, d'après le roman éponyme de Michel Tournier).

Né à Wiesbaden, Schlöndorff s'installa avec sa famille à Paris en 1956. Il fut l'assistant de Louis Malle et d'Alain Resnais.

Schlöndorff adapta de nombreuses oeuvres littéraires : les Désarrois de l'élève Törless (Der junge Törless, 1966), son premier film, d'après le roman de Robert Musil, l'Honneur perdu de Katharina Blum (Die verlorene Ehre der Katharina Blum, 1975), réalisé avec son épouse Margarethe von Trotta d'après un court roman de Heinrich Böll, le Coup de grâce (Der Fangschuss, 1976) d'après loeuvre de Marguerite Yourcenar, Le Tambour (Die Blechtrommel, 1979), tiré du roman de Günter Grass (palme d'Or au Festival de Cannes), Un amour de Swann (1983) d'après l'oeuvre de Marcel Proust et Mort d'un commis voyageur (Death of a Salesman, 1985), d'après le roman d'Arthur Miller.

Schlöndorff réalisa également plusieurs films à partir de scénarios originaux, comme Feu de paille (Strohfeuer, 1972) et le Faussaire (Die Falschung, 1980), tous deux écrits et réalisés avec Margarethe von Trotta; il a participé à la réalisation de plusieurs documentaires sur l'Allemagne contemporaine dont Allemagne en automne (Deutschland im Herbst, 1978) et le Candidat (der Kandidat, 1980), un portrait du politicien conservateur Franz Josef Strauss.

Le Faussaire
Dans le Faussaire (Die Fälschung, 1981) de Volker Schlöndorff, Bruno Ganz interprète un reporter allemand qui est confronté à une ville hantée par la mort et la destruction quotidienne, Beyrouth.

Schmid, Daniel

Daniel Schmid
(1941- )
Cinéaste suisse

Né à Flims (canton des Grisons), Daniel Schmid passe son enfance dans l'hôtel que dirigent ses parents, puis il étudie à Berlin avant de s'inscrire à l'Académie du film.

Il finance lui-même le tournage de son premier film, Faites tout dans le noir pour épargner la lumière de votre Seigneur (Tut alles im finstern, eurem Herrn das Licht zu ersparen, 1970), puis réalise un long métrage, Cette nuit ou jamais (Heute nacht oder nie, 1972), avant d'être salué par la critique internationale pour la Paloma (1974).

Son style sophistiqué, ses extravagances élégantes et son amour de l'opéra le relient à la «nouvelle vague» allemande. Il réalise d’ailleurs l'Ombre des anges (Schatten des Engel, 1976), adapté d’une pièce de Rainer Werner Fassbinder intitulée les Ordures, la ville et la mort (Der müll, die Stadt und der Tod, 1976), qui fait scandale en raison de son antisémitisme réel ou supposé. Puis il transpose à l'écran un roman de l'écrivain suisse Conrad-Ferdinand Meyer, Violanta (1978). Il tourne également un documentaire insolent sur le festival de Cannes, Notre Dame-de-la-Croisette (1981), puis s'essaie à la production commerciale en adaptant une belle nouvelle de Paul Morand, Hécate (1982) avant de réaliser un émouvant portrait du cinéaste Douglas Sirk, Mirage de la vie (1983).

Il se partage ensuite entre la mise en scène d'opéra et le cinéma, tournant encore un essai sur des cantatrices retraitées, le Baiser de Tosca (il Baccio di Tosca, 1984), puis un film historique Jenattsch (1987) et une évocation de son enfance, Hors saison (1992). En 1995, il a signé le Visage écrit (Das geschreibene Gesicht, 1995), un somptueux essai sur le vieil acteur de kabuki Tamashuro Bando.

Schoendoerffer, Pierre

Pierre Schoendoerffer
(1928- )
Cinéaste français

La carrière de Pierre Schoendoerffer s'est partagée entre le journalisme cinématographique, le documentaire télévisuel et le film de fiction, et qui exprima, dans chacun de ces domaines, un goût prononcé pour l'univers de l'armée. Après quelques premiers essais dont Ramuntcho (1959) et Pêcheurs d'Islande (1959), il réalisa la 317e section (1965), efficace reconstitution de la guerre d'Indochine nourrie de sa propre expérience. Il évoqua la guerre d'Algérie du point de vue des officiers dans l'Honneur d'un capitaine (1982) et revint à l'Indochine avec une grande fresque, Diên Biên Phu (1992). Son film le plus réussi, le plus critique, aussi, sur l'armée et la société, est le Crabe-tambour (1977).

Schroeter, Werner

Werner Schroeter
Werner (1945- )
Cinéaste et metteur en scène de théâtre allemand

Né à Georgenthal (Thuringe), Werner Schroeter suit des études de psychologie à l’université de Mannheim, puis exerce la profession de journaliste de 1964 à 1966 avant de s’orienter vers le monde du spectacle en 1967. Il commence une carrière de cinéaste expérimental, concevant notamment un film (Neurasia, 1969) destiné à être projeté sur deux écrans simultanément. La majorité de ses oeuvres de jeunesse rendent hommage à l’opéra, et en particulier à Maria Callas.

Avec son premier long métrage Eika Katappa (1969), il attire l’attention de la critique internationale au festival de Mannheim, puis à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Cette oeuvre d’une extrême originalité intègre déjà toute la thématique qui nourrira ses films : l’opéra, la chanson populaire, la théâtralité, l’utilisation de travestis dans les rôles de femme, l’obsession de la mort et une polyvalence des pratiques artistiques les plus diverses. On y découvre aussi l’interprète qui deviendra son interprète fétiche, Magdalena Montezuma. Dans la constellation du jeune cinéma allemand de l’époque (Werner Herzog, Rainer Werner Fassbinder), Werner Schroeter apparaît comme un poète d’avant-garde. Aimant tourner ses films à l’étranger, il réalise Salomé (1971), d’après Oscar Wilde, au Liban, la Mort de Maria Malibran (Der Tod der Maria Malibran, 1971) en Autriche, Willow Springs (1973) aux États-Unis, l’Ange noir (Der Schwarze Engel, 1974) au Mexique, le Règne de Naples (Regno di Napoli, 1978) en Italie, Flocons d’or (1976) en France et le Jour des idiots (Tag der Idioten, 1981) à Prague.

Esthète éclectique épris de «beauté convulsive», Schroeter travaille avec des actrices célèbres (Carole Bouquet, Isabelle Huppert, Andréa Ferréol, Bulle Ogier ou Maria Schneider), filme des pièces de théâtre (Salomé, Macbeth, le Concile d’amour) et des documentaires dont la Répétition générale (1980), film tourné au festival d’Avignon, De l’Argentine (Zumbeispiel Argentinien, 1986) et Poussières d’amour (Abfallprodukte der Liebe, 1996). Il réalise un essai sur l’opéra avec les cantatrices Anita Cerquetti, Rita Gorr et Martha Mödl et une fiction politique : Palermo (Palermo oder Wolfsburg, 1980) qui obtient l’ours d’or à Berlin. Il est également l’auteur en 1990 d’une adaptation du roman d’Ingeborg Bachmann Malina.

Si ses activités de metteur en scène de théâtre et d’opéra l’ont progressivement éloigné du cinéma depuis 1981 (il n’a tourné que cinq films en quinze ans), il est resté une figure clé du cinéma allemand de l’après-guerre.

Scola, Ettore

Ettore Scola
(1931- )
Réalisateur italien, essentiellement auteur de comédies

Né à Trevico, dans la province d'Avellino, Scola fit des études de droit à l'université de Rome puis écrivit pour un magazine satirique avant d'être, avec Ruggero Maccari (l'un des scénaristes les plus réputés en matière de comédies), coscénariste de nombreux films réalisés à partir de 1953. À partir de 1960, il collabora également régulièrement avec Dino Risi, puis réalisa son premier film, Parlons des femmes (Se permettete parliamo di donne), en 1964. Ce fut en 1974, avec Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati), chronique amère de l'Italie depuis l'après-guerre, que Scola s'imposa définitivement comme l'un des meilleurs cinéastes de sa génération. Essentiellement intéressé par les problèmes de société de son pays, sur lesquels il posa toujours un regard critique, Scola réalisa ainsi avec Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi e cattivi, 1976) une satire de la vie dans les quartiers misérables et, avec Une journée particulière (Una giornata particolare, 1977), une mise en scène de Rome au temps du fascisme de 1938. Dans la Nuit de Varennes (1982), coproduction internationale, il réunit Thomas Paine et Casanova sous la Révolution française et avec la Famille (La Famiglia, 1987), il nous livre un portrait de la société bourgeoise romaine sur plusieurs générations. Il reprit d'ailleurs ce thème en 1989 dans Splendor et, la même année, dans Quelle heure est-il? (Che ora è). En 1990, il acheva, après plusieurs années de difficultés, le Voyage du capitaine Fracasse (Il viaggio di capitan Fracassa), adaptation ambitieuse du roman de Théophile Gautier.

Une journée particulière
Dans Une journée particulière, Ettore Scola parvient à superposer critique sociale et drame privé. Dénonciation féroce d'une société italienne dominée par l'idéologie fasciste, le film évoque parallèlement le destin dramatique de deux victimes de l'ostracisme mussolinien, un intellectuel homosexuel (Marcello Mastroianni) et une femme au foyer, soumise en tout à l'autorité de son mari (Sophia Loren).

Scorsese, Martin

Martin Scorsese
(1942- )
Réalisateur américain

Né à New York dans une famille d'origine italienne, Martin Scorsese passe son enfance dans le quartier de Little Italy et envisage de devenir prêtre. La découverte du rock and roll et du cinéma contrarie cette vocation et il étudie le septième art à l'université de New York. Cinéphile influencé par les films de Samuel Fuller, de Fritz Lang, d’Alain Resnais et de Robert Bresson, il signe des courts métrages remarqués dans les festivals — It's Not Just You, Murray (1964) et The Big Shave (1967) —, puis un long métrage sur les jeunes italo-américains de New York — Who's That Knocking at My Door? et I Call First (1968). Après avoir participé au tournage et au montage de Woodstock (1970), Martin Scorsese se rend à Hollywood où Roger Corman produit son premier long métrage de fiction — Bertha Boxcar (1972) —, violente et mystique évocation des premiers syndicats au moment de la dépression économique des années vingt.

LA RENCONTRE DÉCISIVE AVEC ROBERT DE NIRO

Martin Scorsese connaît la notoriété avec la présentation de Mean Streets (1973) à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes ; oeuvre poétique, dure et fébrile, le film révèle Robert De Niro au public dans un thriller chorégraphique où religion et érotisme se télescopent de façon dynamique dans un style entre le documentaire et l'opéra filmé. Il signe ensuite pour la télévision un documentaire sur ses propres racines ethniques et culturelles — Italianamerican (1974) —, puis réalise un mélodrame — Alice n'est plus ici (Alice Doesn't Live Here Anymore, 1975) — et triomphe avec Taxi Driver (1976), palme d’or au Festival de Cannes ; le film décrit, dans un style formel fascinant, la descente en enfer d'un ancien du Viêt Nam, devenu chauffeur de taxi et jouant les anges exterminateurs dans la pègre de New York.

Martin Scorsese choisit à nouveau Robert De Niro aux côtés de Liza Minnelli pour une comédie musicale aux consonances de film noir — New York, New York (1977) —, puis il filme un concert de rock — The Last Waltz (1978) —, un portrait de son ami Steven Prince — American Boy (1978) — et revient à la fiction avec une autobiographie fébrile et «religieuse» du boxeur Jack LaMotta — Raging Bull (1980) —, qui rapporte l'oscar du meilleur acteur à Robert De Niro.

MARTIN SCORSESE, CINÉASTE INCOMPRIS DANS LES ANNÉES QUATRE-VINGT

Son regard ironique et caustique sur le monde du spectacle s'exprime dans la Valse des pantins (The King Of Comedy, 1982), où Jerry Lewis donne la réplique à Robert De Niro, puis il ose une oeuvre expérimentale — After Hours (1985) —, qui déconcerte son public et une bonne partie de la critique. Son admiration pour le film l'Arnaqueur (The Hustler, 1961) de Robert Rossen, d'après le roman écrit par Walter Tevis en 1959, le pousse à tourner une suite — la Couleur de l'argent (The Color of Money, 1986) —, en faisant rejouer son rôle à Paul Newman. Avec son film suivant, la Dernière Tentation du Christ (The Last Temptation of Christ, 1988), écrit par Paul Schrader, d'après le roman de l’écrivain grec Nikos Kazantzakis, Martin Scorsese provoque le scandale : les catholiques intégristes, qui reprochent en effet au film de montrer un Christ humain, en proie au doute et sensible aux pulsions sexuelles, en viennent même à incendier un cinéma parisien qui programme ce film.

RETOUR À UN CINÉMA PLUS «CLASSIQUE» DANS LES ANNÉES QUATRE-VINGT-DIX

Martin Scorsese réalise alors un documentaire — Made in Milan (1990) —, puis revient au film noir avec les Affranchis (Goodfellas, 1990), pour lequel il retrouve Robert De Niro, et qui lui apporte plusieurs nominations aux oscars. En 1991, il tourne, sous le même titre, le remake du film de J. Lee Thompson — Cape Fear (les Nerfs à vif, 1962), dont la violence excessive et le sadisme surprennent par le manque de rigueur qui leur est sous-jacent. Le cinéaste change toutefois aussitôt de registre en réalisant un mélodrame en costumes — le Temps de l'innocence (The Age of Innocence, 1993) —, d'après le roman d’Edith Wharton.

Cinéphile inconditionnel, Martin Scorsese tourne une histoire du cinéma personnelle en plein centenaire du septième art, puis revient au film noir avec Casino (1995), où il réunit Joe Pesci, Sharon Stone et Robert De Niro, et tourne ensuite une biographie du dalaï-lama: Kundun (1998). Il réalise par ailleurs des films de télévision pour la série Amazing Stories, signe un sketch de New York Stories (1989), milite pour la sauvegarde du patrimoine cinématographique et produit des films. Il est parfois acteur dans ses films, apparaît également dans Autour de minuit (1986) de Bertrand Tavernier et joue Van Gogh dans Rêves (Dreams, 1990) de Akira Kurosawa.

Les principaux films de Scorsese

1968 Who's That Knocking at My Door? Who's That Knocking at My Door?
1972 Bertha Boxcar Boxcar Bertha
1973 Mean Streets Mean Streets
1975 Alice n'est plus ici Alice Doesn't Live Here Anymore
1976 Taxi Driver Taxi Driver
1977 New York New York New York New York
1979 The Raging Bull The Raging Bull
1983 La Valse des pantins The King of Comedy
1985 After Hours After Hours
1986 La Couleur de l'argent The Color of Money
1988 La Dernière Tentation du Christ The Last Temptation of Christ
1990 Les Affranchis Goodfellas
1991 Les Nerfs à vif Cape Fear
1993 Le Temps de l'innocence The Age of Innocence
1996 Casino Casino
1997 Kundun Kundun
1999 À tombeau ouvert Bringing out the Dead

Seddiki (Tayeb)

Tayeb Seddiki
(1937- )
Cinéaste, acteur et dramaturge marocain

Tayeb Seddiki est né en 1937... Il a longtemps dirigé le Théâtre Municipal de Casablanca et il est lui même dramaturge.

En 1984, il réalise son premier long métrage Zeft

Sembène Ousmane

Sembène Ousmane
(1923- )
Cinéaste et romancier sénégalais d'expression française

Auteur du Mandat, Sembène Ousmane prône non un retour au passé mais une adaptation des sociétés africaines au monde moderne et la lutte contre la corruption.

Né à Ziguinchor dans une famille de pêcheurs, il exerça tout d'abord divers petits métiers et participa en 1947, à Dakar, à un mouvement de cheminots, expérience qu'il relata dans sa grande fresque romanesque, les Bouts de bois de Dieu (1960). Sembène travailla ensuite à Paris et à Marseille comme ouvrier et docker, découvrit le militantisme syndical et l'univers de la lecture. Après la publication du roman, le Docker noir (1956), il se consacra à la littérature et, un peu plus tard, au cinéma. On lui doit aussi le Mandat (1966), Xala (1973) et Niiwan (1987), romans dans lesquels il fustige la corruption. Il réalisa l'adaptation cinématographique de certains de ses livres (le Mandat fut primé en 1968 au festival international de Venise).

Sen, Mrinal

Mrinal Sen
(1923- )
Cinéaste indien dont l'oeuvre dénonce les injustices sociales et la misère de son pays

Auteur bengali, Sen est né à Faridpur, qui appartient maintenant au Bangladesh. Il se tourna vers le cinéma après avoir lu les ouvrages de Rudolf Arnheim. Il débuta comme critique, écrivant notamment un livre sur Charlie Chaplin. Son premier film, la Fin de la nuit (Raat Bhore, 1956) fut un échec et, par la suite, il le désavoua. Le deuxième, Sous le ciel bleu (Neel Akasher Neechey, 1958), l'histoire d'un colporteur chinois à Calcutta, évoquait les mouvements gauchistes des années 1930 et traitait des relations politiques entre l'Inde et la Chine avant la guerre de 1962. Son troisième, Jour de noces (Baishey Shravan, 1960), portait sur la famine de 1943 au Bengale.

Il fallut cependant attendre les Nuages dans le ciel (Akash Kusum, 1965) pour que la carrière de Sen prenne un véritable tournant : il devint alors le principal représentant de la «Nouvelle Vague» indienne. Le film fut notamment suivi par la Trilogie de Calcutta : Interview (1971), Calcutta 71 (1972) et le Fantassin (Padatik, 1973). Ces trois films se déroulaient dans une Calcutta agitée par les mouvements politiques et sociaux. Ils étaient beaucoup plus engagés que les films réalisés par Satyajit Ray à la même époque.

Ses films suivants lui permirent d'acquérir une réputation internationale. Dénonçant sans fard les injustices sociales, évoquant avec fougue les répressions politiques et l'exploitation des plus faibles, l'oeuvre de Sen apparaît comme l'une des plus radicales du cinéma indien. Ses derniers films comme À la recherche de la famine (Akaler Sandhaney, 1980), l'histoire d'une équipe de tournage qui se rend dans un village afin de reconstituer de façon fictive la famine de 1943 ou les Ruines (Khandhar, 1984) laissent davantage place à l'autocritique et à la réflexion.

Sen écrivit également plusieurs livres sur le cinéma, notamment Views on Cinema (1977) et Chalachitra : Adhunikata (1992).

Sennett, Mack

Mack Sennett
(de son vrai nom Michael Sinnott)
(1884-1960)
Producteur et réalisateur américain

L'un des pionniers de la comédie burlesque.

Sennett est né à Danville, au Québec. Il commença sa carrière comme acteur, dans des comédies burlesques et musicales, puis il travailla avec David W. Griffith, qui l'incita à réaliser ses premiers films.

Sennett fonda la société Keystone en 1912, introduisant une nouvelle manière de déplacer la caméra afin d'accélérer l'action, style qui devint le modèle de toutes les comédies burlesques des années 1920. Entre 1910 et 1929, Sennett produisit plus de 1 000 films muets. Il dirigea la plupart des comédiens célèbres du cinéma muet, dont Fatty Arbuckle, W.C. Fields et Buster Keaton.

Shinoda Masahiro

Shinoda Masahiro
(1931- )
Cinéaste japonais

Né à Gifu, Shinoda entreprend des études de sciences avant d’étudier l’esthétique et la littérature à l’université de Waseda. Sa curiosité le pousse également à s’intéresser au théâtre japonais (nô, kabuki et bunraku) et, en 1953, il devient l’assistant-réalisateur de Yasujiro Ozu et de Nakamura Noboru. En 1960, il réalise son premier film, Un aller simple pour l’amour (Koi no Katamichi Kippu), participant ainsi de plain-pied à ce qu’on a appelé la «Nouvelle Vague» japonaise, aux côtés de Nagisa Oshima et de Yoshishige Yoshida. Mais, très rapidement, il s’écarte délibérément d’une mouvance cinématographique qu’il juge excessivement politisée et par trop systématique dans ses partis pris de contre-culture. La tonalité de ses films suivants, comme la Fleur pâle (Kawaita Hana, 1963) et Avec beauté et chagrin (Utsukushisa to Kanashimi to, 1965), est à la fois sereine et sensuelle, dans la lignée des films de Ozu et Kenji Mizoguchi. Le raffinement complexe de ses recherches formelles est cependant tempéré par les images récurrentes de mort et de destruction, comme c’est le cas dans l’Assassinat (Ansatsu, 1964).

Son goût pour le théâtre, ainsi que son admiration pour le dramaturge du XVIIe siècle Chikamatsu Monzaemon inspirent un projet comme Double Suicide à Amijima (Shinju tenno Amijima, 1969) qui est une adaptation magistrale d’un spectacle de marionnettes bunkaru de Chikamatsu. Fidèle à la tradition théâtrale japonaise, il met en scène des marionnettes auxquelles des manipulateurs «invisibles» vêtus de noir prêtent toute la panoplie des jalousies et passions humaines. Shinoda réaffirme également, au passage, ses convictions : pour lui, il n’est pas d’amour passion qui ne porte en lui-même les germes de sa destruction - par le sexe, la violence et le masochisme.

En 1966, Shinoda fonde sa propre société de production cinématographique, la Hyôgen-Sha (Société de l’expression) qui lui permet de poursuivre sa carrière sans se soumettre aux exigences des grands studios japonais. Il peut ainsi réaliser un documentaire sportif comme les jeux Olympiques d’hiver de Sapporo (Sapporo Winter Olympics Games, 1972), ou mettre en scène une grande épopée historique sur les samouraïs comme Gonza le lancier (Yari no Gonza, 1986, d’après Chikamatsu). En 1990, il réalise Jours d’enfance (Takeshi), très librement adapté d’un roman de Hyozo Kashiwabara.

Voir Cinéma japonais

Siodmak, Robert

Robert Siodmak
(1900-1973)
Réalisateur américain d'origine allemande

Né à Dresde, Robert Siodmak appartient à une famille de petits commerçants cultivés, amateurs de littérature. Élève médiocre, il s’oriente sans succès vers le théâtre, puis trouve un emploi de comptable dans une banque et fonde une maison d'édition. Il part ensuite pour Berlin, où il débute dans le cinéma comme scénariste, avant de devenir assistant réalisateur.

PÉRIODE ALLEMANDE

Associé à Edgar G. Ulmer, Fred Zinnemann et Billy Wilder, il réalise les Hommes le dimanche (Menschen am Sonntag, 1929), un film réaliste à contre-courant de l’expressionnisme alors en vogue. Engagé par la puissante UFA, il signe Der Kampf mit dem Drachen (1930), Adieux (Abschied, 1930), l'Homme qui cherche son assassin (Der Mann der seinen Mörder sucht, 1930), Autour d'une enquête (Voruntersuchung, 1931), les versions allemande et française de Tumultes (Stürme der Leidenschaft, 1931) et de Quick (Quick, König der Clowns, 1932), puis Brennendenes Geheimnis (1932). Ses films réalistes, drames policiers ou comédies de moeurs, témoignent d’un sens aigu de la direction d'acteurs et d’un goût prononcé pour une certaine poésie de la noirceur humaine.

PÉRIODE FRANÇAISE

L'arrivée des nazis au pouvoir le conduit à s'exiler en France, où il adapte une comédie d’Édouard Bourdet, le Sexe faible (1933), avant de réaliser une remarquable comédie musicale avec Danielle Darrieux et Albert Préjean, La crise est finie (1934), suivie d’une curieuse version anglaise et française de l'opérette la Vie parisienne / Parisian Life (1935). Il tourne ensuite un film policier, Mister Flow (1936), d'après Gaston Leroux, et Cargaison blanche (1936). Tous ces films lui valent une excellente réputation de cinéaste. Il dirige alors Harry Baur dans Mollenard, capitaine corsaire (1937), travaille sans être crédité sur Ultimatum (1938) de son compatriote Robert Wiene, ainsi que sur les Frères corses (1938) de Georges Kelber, et dirige Maurice Chevalier dans Pièges (1939).

HOLLYWOOD ET LA SÉRIE B

La Seconde Guerre mondiale le contraint à s'exiler à nouveau. Il émigre aux États-Unis et y tourne d'abord des oeuvres de commande comme West Point Widow (1941), Fly By Night (1941), The Night Before the Divorce (1942), My Heart Belongs to Daddy (1942) et Someone to Remember (1943), avant de se faire remarquer avec le Fils de Dracula (Son of Dracula, 1943), qui inaugure son contrat avec Universal. Pour cette firme, il tourne ensuite le baroque Signe du cobra (Cobra Woman, 1943), avant de s'essayer au film noir avec une adaptation réussie de William Irish, les Mains qui tuent (Phantom Lady, 1943).

Il dirige encore Deanna Durbin dans Vacances de Noël (Christmas Holiday, 1944) et George Sanders dans l'Oncle Harry (The Strange Affair of Uncle Harry, 1945). Puis, Deux Mains dans la nuit (The Spiral Staircase, 1945) et la Double Énigme (The Dark Mirror, 1946) lui assurent une bonne réputation d’auteur de films d'angoisse à thèmes psychologiques.

LES SUCCÈS

Son style vigoureux et onirique se plie parfaitement à une adaptation de la nouvelle d’Ernest Hemingway, les Tueurs (The Killers, 1946), qui révèle Ava Gardner et Burt Lancaster. Après Désirs de bonheur (Time out Mind, 1947), il revient au film noir avec la Proie (Cry of The City, 1948), puis retrouve Burt Lancaster pour un chef-d'oeuvre, Pour toi, j'ai tué (Criss Cross, 1948) tiré d'un roman de Don Tracy.

Il cosigne ensuite Passion fatale (The Great Sinner, 1949) avec Mervyn LeRoy, une adaptation du Joueur de Dostoievski et tourne la Femme à l'écharpe pailletée (Thelma Jordan, 1949), puis Deported (1949) et The Whistle at Eaton Falls (1950) qui confirment sa place de choix parmi les meilleurs réalisateurs américains du moment.

EUROPE

Il revient cependant en Europe pour mettre en scène un pittoresque film de pirates avec Burt Lancaster, le Corsaire rouge (The Crimson Pirate, 1951), et tourne en France le Grand Jeu (1953) avec Gina Lollobrigida avant de rentrer en Allemagne où il réalise les Rats (Die Ratten, 1955), Mon père était acteur (Mein Vater der Schauspieler, 1956), Les SS frappent la nuit (Nachts wenn der Teufel kam, 1957), Dorothea Angermann (1958) et Mein Schulfreund (1960) qui font alors de lui le meilleur cinéaste travaillant en Allemagne.

Il réalise aussi des téléfilms pour la télévision britannique, ainsi que le film anglais The Rough and The Smooth (1959) et deux autres productions françaises, Katia (1959) et l'Affaire Nina B. (1961).

FIN DE CARRIÈRE

Après un film de propagande américano-allemand contre le régime de la RDA, Tunnel 28 / le Mur de Berlin (Tunnel 28/Escape from East Berlin, 1962), il signe des adaptations du romancier Karl May : Au pays des Skipetars (Der Schut, 1964), le Trésor des Aztèques (Der Schatz des Azteken, 1964) et la Pyramide du roi soleil (Der Pyramide des Sonnesgottes, 1965) avant de retourner à Hollywood pour réaliser un grand western, Custer, l'homme de l'Ouest (Custer of the West, 1967). Il termine sa carrière en Europe avec Kampf um Rom (1969), un péplum en deux parties.

Siegel (Don), les Tueurs

Quand le pompiste Swede dit le «Suédois» (le jeune Burt Lancaster qui fait ses débuts) rencontre les deux tueurs qui l'ont débusqué dans une ville perdue, il se laisse abattre sans résistance. Un agent d'assurance de la compagnie à laquelle le «Suédois» avait souscrit, reconstitue l'histoire de cet homme, piégé par une femme fatale, Kitty Collins (Ava Gardner). Inspiré d'une nouvelle d'Hemingway, les Tueurs, construit sous forme de onze flash-backs, est un classique du film noir de l'immédiat après-guerre au réalisme prononcé, à l'atmosphère particulièrement étouffante et morbide. En 1964, Don Siegel en réalise un remake À Bout portant/les Tueurs (impeccables interprétations d'Angie Dickinson, John Cassavetes et Lee Marvin). Conçu et produit pour la télévision, le film de Don Siegel est d'une violence telle qu'il l'oblige à sortir en salles. Cette violence, symptôme d'une société en crise, sera au coeur des films où Don Siegel dirigera Clint Eastwood, comme Un shérif à New York (1968) ou l'Inspecteur Harry (1971).

Artisan de talent et auteur d’une poignée de chefs-d'oeuvre, Robert Siodmak est un cinéaste éclectique et intéressant.

Sirk, Douglas

Douglas Sirk
(De son vrai nom Hans Detlev Sierk)
(1900-1987)
Cinéaste américain d'origine danoise

Né à Hambourg, Douglas Sirk dirige après ses études, un théâtre à Brême (1923-1929), puis à Leipzig (1929-1933) où il monte des pièces de Brecht, d’Ibsen, de Kleist, de Molière, de Pirandello, de Shakespeare, de Schiller, de Strindberg, de Wedekind et de Wilde.

Il fait ses débuts au cinéma avec des courts métrages, dont le Malade imaginaire d’après Molière, tourne April April (1935) en version allemande et danoise, adapte Selma Lagerlöf dans Das Mädchen vom Moorhof (1935) et Henrik Ibsen dans Stützen der Gesellschaft (1935), puis commence à réaliser des mélodrames comme Schlussakkord (1936), la Chanson du souvenir (Das Hofkonzert, 1936), Paramata, bagne de femmes (Zu Neuen Ufern, 1937) et La Habanera (1937).

Après Accord final (1939) en Suisse et Boefje (1939) aux Pays-Bas, il émigre aux États-Unis, où il met en scène Hitler's Madman (1942), l'Aveu (Summer Storm, 1944) et A Scandal in Paris (1945), puis des films noirs comme Des filles disparaissent (Lured, 1946), l'Homme aux lunettes d'écaille (Sleep My Love, 1948) et Jenny femme marquée (Shockproof, 1949).

Auteur éclectique, il écrit des comédies, comme Slightly French (1948), The Lady Pays off (1951), Week-End With Father (1951), Qui a donc vu ma belle ? (Has Anybody Seen My Gal ?, 1951), No Room for The Groom (1951), Meet Me At The Fair (1952) et Take Me To Town (1951), ainsi que des drames, comme The First Legion (1950), Tempête sur la colline (Thunder on The Hill, 1951), mais aussi un western, Taza, fils de Cochise (Taza Son of Cochise, 1954) et quelques films historiques, comme Capitaine Mystère (Captain Lightfoot, 1955) et le Signe du païen (Sign of The Pagan, 1954). Mais il se distingue surtout par ses flamboyants mélodrames, un genre qu’il porte au sommet avec All I Desire (1953), le Secret magnifique (Magnificent Secret, 1953), Tout ce que le ciel permet (All That Heaven Allows, 1955), There's Always Tomorrow (1955), Écrit sur du vent (Written on The Wind, 1956), les Ailes de l'espérance (Battle Hymn, 1956), les Amants de Salzbourg (Interlude, 1956), la Ronde de l'aube (The Tarnished Angels, 1957), le Temps d'aimer et le temps de mourir (Time To Love And Time To Die, 1957) et le Mirage de la vie (Imitation of Life, 1958).

Sur la fin de sa carrière, il est retourné en Allemagne pour se consacrer à nouveau au théâtre. Ses derniers films sont des courts métrages, Spricht Zu Mir Wie der Regen (1975), Sylvester Nacht (1977) et Bourbon Streets Blues (1978).

Sjöström, Victor

Victor Sjöström
(1879-1960)
Acteur suédois qui fut également l’un des plus grands réalisateurs du cinéma muet

En 1957, Victor Sjöström, cinéaste et acteur alors âgé de soixante-dix huit ans, interprète le vieux professeur Isak Borg dans le film d'Ingmar Bergman les Fraises sauvages.

Sjöström, qui passa une partie de son enfance à New York, commença une carrière d’acteur de théâtre en 1896 et devint le régisseur de plusieurs compagnies en Suède et en Finlande avant de fonder sa propre troupe en 1911.

L’année suivante, Sjöström fut engagé par la Svenska Biograph pour laquelle il joua dans une vingtaine de films et réalisa plus d’une trentaine de longs métrages, en particulier le Jardinier (Trädgardsmästaren, 1912) et Ingeborg Holm (1913), dénonciation éloquente de la faiblesse du système judiciaire suédois, qui connut un succès international. Il réalisa par la suite plusieurs drames parmi lesquels figurent Terje Vigen (1916), la Fille de la tourbière (Tösen fran strormyrtorpet, 1917), les Proscrits (Berg Evjind och hans hustru, 1917), la Voix des ancêtres (Ingmarssönerna, 1918) et la Montre brisée (Karin Ingmarsdotter, 1919). La Charrette fantôme (Körkarlen, 1920), oeuvre produite par la Svensk Film Industri et constituée de récits emboîtés, figure parmi les films les plus ambitieux réalisés par Sjöström avant qu’il ne quitte la Suède en 1923 pour aller travailler à Hollywood.

Bergman, les Fraises sauvages
En 1957, Victor Sjöström, cinéaste et acteur alors âgé de soixante-dix huit ans, interprète le vieux professeur Isak Borg dans le film d'Ingmar Bergman les Fraises sauvages.

Parmi les films que Sjöström réalisa aux États-Unis figurent notamment Larmes de clown (He Who Gets Slapped, 1924), la Lettre écarlate (The Scarlet Letter, 1926) et surtout le Vent (The Wind, 1928). Ces films furent salués par la critique, cependant l’avènement du cinéma parlant marqua la fin de sa carrière de cinéaste.

Sjöström retourna en Suède en 1930, où il reprit sa carrière d’acteur aussi bien au théâtre qu’au cinéma. Il réalisa Sous la robe rouge (Under the Red Robe) en Grande-Bretagne en 1937 et fut directeur artistique de la Svensk Film Industri entre 1943 et 1949. Sjöström eut une influence importante sur de nombreux cinéastes, en particulier sur Ingmar Bergman, qui le fit jouer dans les Fraises sauvages (Smuktronsstället, 1957).

Skolimowski, Jerzy

Jerzy Skolimowski
(1936- )
Réalisateur, comédien, scénariste, poète et écrivain polonais

Né à Lódz, Jerzy Skolimowski publie très jeune des recueils de poésies et des nouvelles. Il pratique beaucoup la boxe et écrit le scénario des Innocents charmeurs (Niewinni czarodzieje, 1959) d’Andrzej Wajda, puis celui du Couteau dans l'eau (Noz w Wodzie, 1961) de Roman Polanski.

Après avoir réalisé lui-même des courts métrages dont il est toujours l'acteur principal, il suit les cours de l'école de cinéma de Lódz et signe un long métrage comme travail de fin d'études, Signes particuliers néant (Rysopis, 1964).

Son oeuvre suivante, Walk Over (1965) est louangée par la critique internationale. Il enchaîne avec un film expérimental dont il n'est plus l'acteur, la Barrière (Bariera, 1966), puis réalise en Belgique le Départ (1967), avec Jean-Pierre Léaud en vedette.

De retour en Pologne, le tournage de son nouveau film Haut les mains (Rece di gory) est interrompu par les autorités gouvernementales (il ne sera terminé que quinze ans plus tard). Skolimowski s'installe alors en Angleterre et tourne des productions européennes, les Aventures du brigadier Gérard (The Adventures of Gerard, 1970), d'après Conan Doyle, Deep End (1970) et Roi, dame, valet (King, Queen, Knave, 1972), d'après Nabokov.

Après un long silence, il revient au premier plan avec le Cri du sorcier (The Shout, 1978), puis Travail au noir (Moonlighting, 1982). Mais l'échec commercial de ses films suivants, le Succès à tout prix (Success Is the Best Revenge, 1984), le Bateau-phare (The Lightship, 1985), Eaux printanières (Torrents of Spring, 1989) d'après Tourgueniev, et le beau et délirant Ferdydurke (1991) d’après Gombrowicz, semble avoir compromis sa carrière de réalisateur.

En 1981, il a interprété le rôle d'un photographe de presse dans le Faussaire (Die Falschüng) de Volker Schlöndorff.

Smihi (Moumen)

Moumen Smihi
(1945- )
Cinéaste marocain

Moumen Smihi est né en 1945. Élève de Roland Barthes, après avoir acquis une formation à l'IDHEC (Paris). Auteur de plusieurs films et de plusieurs articles, à travers ses films, il veut apporter un racolage aux divers fragments de l'histoire de son pays.

Propos : On m'a certes colonisé, mais la découverte de la culture de l'autre a été enthousiasmante. J'ai de très grands amours : la peinture européenne, Rousseau et Diderot...Toutes ces choses là font partie de moi. Sans ressentiment, ni culpabilité, je les revendique au titre de mon désir (...) Non seulement je suis conscient du fait que mon travail peut déranger, mais c'est un but que je recherche. J'ai été, et je le demeure, un grand admirateur de Brecht. Je me sens profondément bréchtien mais pas dans le sens intellectualisme pur, dur et ennuyeux. Brecht pensait que le théâtre populaire devait être à la fois un théâtre de conscience, dérangeant, interpellant mais aussi un spectacle beau et luxueux même. Pourquoi le peuple n'aurait-il pas droit au luxueux ? L'art est une interrogation de l'énigme de l'identité. Il n'y a plus dans les civilisations contemporaines une identité donnée une fois pour toutes. (...) Bien sûr, en tant que metteur en scène, je pourrais filmer la vie au sein d'un bidonville. Mais d'un point de vue brechtien. Je montrerais le bidonville comme un lieu de misère certes mais non comme une fatalité. Sans complaisance, fût-elle de gauche Le danger pour l'intellectuel est de voir les choses d'un point de vue dogmatique; je dirais monologique, voire stalinien. C'est fini aujourd'hui tout cela. Il n'y a pas maintenant une seule composante du paysage politique marocain qui refuserait de lutter contre le bidonville. Le problème n'est plus là. (...) J'ai choisi de vivre non pas en marge, mais à la périphérie de certains grands corps sociaux comme l'université, les professionnels, les mileux de la finance. Par crainte d'être avalé. De fait, je suis un solitaire, mais non un marginal. Je demeure à l'écoute de tout ce qui se passe au pays et ailleurs. La rareté de mes productions peut s'expliquer d'une part par ce choix de vie, mais également par le manque de moyens. J'aurais tant aimé, pour ma part, réaliser un long métrage par an. Il est dangereux de ne faire qu'un film tous les quatre ans. On perd la main. Mais les difficultés et les conditions matérielles sont telles - il n'y a pas d'industrie cinématographique - que faire un film par an au demeure un rêve difficile à réaliser»

Propos reccueillis par Latefa Imane, in "Kalima" N°31 de Décembre 1988, pages 62-63

Filmographie

Solanas, Fernando Ezequiel

Fernando Ezequiel Solanas
(1936- )
Réalisateur et théoricien du cinéma argentin

Né à Olivos (Buenos Aires), il étudie la musique, le théâtre et le droit avant de réaliser Seguir andando (1962) et Reflexión ciudadana (1963).

En 1966, il fonde avec Octavio Getino le groupe de production et de diffusion cinématographique Cine Liberación. Mais c’est un documentaire de quatre heures, l’Heure des brasiers (la Hora de los hornos, 1966-1968), réalisé en collaboration avec Getino, qui lui apporte une notoriété mondiale. Cette oeuvre est conçue comme un essai politique articulé autour du problème du néocolonialisme. oeuvre protéiforme, elle multiplie, à travers un montage novateur, les sources d’expression (interview, tableaux, actualités). Le film sera interdit en Argentine entre 1969 et 1973. Ses oeuvres de fiction postérieures se situent dans la même ligne de réflexion politique : Tangos, l’exil de Gardel (1985), film sur les exilés politiques argentins en Europe, le Sud (el Sur, 1988) et le Voyage (el Viaje, 1992).

Soldati, Mario

Mario Soldati
(1906-1999)
Cinéaste, écrivain, scénariste et critique d’art italien

Né à Turin, Soldati publie en 1929 son premier titre, un recueil de nouvelles, Salmace, avant de partir s’installer aux États-Unis. Il raconte cette «découverte de l’Amérique» et de la liberté, son corollaire à ses yeux, dans Amérique, premier amour (1935). En 1937, il écrit l’Affaire Motta, livre ingénieux où le grotesque le dispute au métaphysique. Au sein d’une oeuvre rapidement devenue abondante et protéiforme (il a même écrit des livres d’œnologie et de gastronomie), on retiendra aussi les nouvelles regroupées sous le titre le Festin du commandeur (1952), les Lettres de Capri (prix Strega en 1954), l’Enveloppe orange (1966), Raconte, carabinier (1967), l’Architecte (1985).

Parallèlement à son travail d’écriture, Soldati poursuit une carrière cinématographique qu’il entame dès 1932 comme scénariste d’Alessandro Blasetti et Mario Camerini. Devenu réalisateur en 1939, il puise ses sujets dans la littérature - notamment chez Fogazzaro pour Un petit monde ancien (Piccolo mondo antico, 1941), chez Balzac (Eugénie Grandet, 1947) ou chez Alberto Moravia (la Provinciale, 1953).

Il se révèle là aussi un habile conteur, exploitant avec talent le cadre historique de ses films.

Soutter, Michel

Michel Soutter
(1932-1991)
Cinéaste suisse

Cinéaste qui a contribué à la renommée du cinéma suisse francophone aux côtés d'Alain Tanner et de Claude Goretta. Ses premiers films réalisés avec peu de moyens ont frappé par leur originalité et une forme d'humour très personnelle, en particulier les Arpenteurs (1972). Il put ainsi réaliser en coproduction avec la France des comédies où cohabitent sensualité, détachement, émotion et ironie : l'Escapade (1974), Repérages (1977), l'Amour des femmes (1982), Adam et Êve (1983), Signé Renart (1985).

Spielberg, Steven

Steven Spielberg
(1946- )
Réalisateur, scénariste et producteur américain

Né à Cincinnati, Steven Spielberg débute dès son enfance comme cinéaste amateur, remportant quelques prix pour ses courts métrages. Après des études de cinéma en Californie, il est engagé à vingt-deux ans comme réalisateur de télévision chez Universal. Il tourne alors une douzaine de téléfilms en trois ans, dont Duel (1971), récit angoissant d'une lutte à mort entre un automobiliste et un camion, qui est exploité dans les salles de cinéma du monde entier et qui lui vaut une immédiate reconnaissance de la critique.

Pour le grand écran, Spielberg réalise alors Sugarland Express (1974), une comédie dramatique policière qui est aussi un spectaculaire road-movie, avant de battre tous les records d’entrées avec les Dents de la mer (Jaws, 1975), qu’il réalise et coproduit. Ce suspense autour d'un requin meurtrier devient immédiatement un film culte.

À trente ans, jouissant comme réalisateur d'une indépendance financière absolue, il décide de porter ses rêves d'adolescent à l'écran en se tournant vers la science-fiction avec Rencontre du troisième type (Close Encounters of The Third Kind, 1977), une fable humaniste qui est un succès international. En guise d’hommage, il offre dans ce film un rôle important à François Truffaut.

Il connaît ensuite un échec commercial avec une comédie burlesque sur Pearl Harbour, 1941 (1979), et lance alors la série des Indiana Jones, films d'aventures drôles et palpitants très inspirés de l’univers de la bande dessinée, avec Harrison Ford en vedette. Les Aventuriers de l'arche perdue (The Raiders of The Lost Ark, 1981), Indiana Jones et le temple maudit (Indiana Jones and The Temple of Doom, 1984) et Indiana Jones et la dernière croisade (Indiana Jones and The Last Crusade, 1989) obtiennent un immense succès. Il revient entre-temps à la science-fiction humaniste avec E.T. (E.T. The Extra Terrestrial, 1982) qui enthousiasme le jeune public du monde entier et témoigne d'une grande sensibilité à l’univers de l’enfance. Cette oeuvre émouvante et sans mièvrerie est à la fois un spectacle merveilleux, avec des effets spéciaux très spectaculaires, une fable en faveur de l’acceptation d’autrui, et un tableau remarquable de la vie dans une petite bourgade américaine. Par ce dernier aspect, on peut d’ailleurs mesurer la filiation réelle qui existe entre l’oeuvre de Spielberg et le meilleur cinéma classique américain, celui de Ford et de Walsh.

Spielberg, E.T.
Sur le plan artistique et commercial, c'est avec E.T. que Spielberg démontre qu'il est désormais un créateur d'envergure planétaire.

Mais, si ces films populaires enchantent le public, ils ne sont guère prisés par la critique qui, généralement, ne veut voir en Spielberg qu'un habile faiseur et un commerçant avisé. Celui-ci tente alors de faire des films plus adultes et engagés, comme la Couleur pourpre (The Color Purple, 1985), un mélodrame tiré du best seller d’Alice Walker sur une jeune femme noire, interprétée par Whoopi Goldberg. Il signe aussi l'Empire du soleil (Empire of the Sun, 1987) un film sur les tribulations d’un enfant perdu pendant la Guerre du Pacifique, considéré par certains comme son chef-d’oeuvre. Il offre ensuite une réflexion sereine sur la mort avec Always (1989).

Après l'échec commercial de sa version moderne de Peter Pan, Hook (1991), il obtient un nouveau succès mondial avec Jurassic Park (1993), d'après le roman de Michael Crichton, film pour lequel il fait très largement appel aux images de synthèse. Il en tourne une suite plus sauvage et violente, le Monde perdu - Jurassic Park 2 (The Lost World, 1996), qui connaît un succès identique. Il signe ensuite un film puissant et sincère sur l’extermination des Juifs par les nazis, la Liste de Schindler (The Schindler's List) qui lui vaut plusieurs oscars et une tardive reconnaissance de la critique.

Sam Neill dans Jurassic Park (1993), de Steven Spielberg
Des manipulations génétiques, à partir d'un fragment d'ADN préhistorique, permettent au savant John Hammond (Richard Attenborough) de recréer différentes espèces de dinosaures, qu'il présente au public dans un parc d'attraction. À la suite d'une malveillance, les monstres réussissent à s'échapper et attaquent les chercheurs envoyés sur place. Après ce succès phénoménal, Steven Spielberg a colllaboré à nouveau avec ses scénaristes Michael Crichton et David Koepp pour réaliser une suite intitulée le Monde perdu : Jurassic Park (The Lost World : Jurassic Park, 1997), dans laquelle on retrouve les acteurs Jeff Goldblum et Richard Attenborough.

Après avoir réalisé une oeuvre sans concession sur l'esclavage des noirs, Amistad (1997) il obtient de nouveau un grand succès avec une fresque d’un réalisme sidérant sur le débarquement de Normandie, Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan, 1998).

Ben Kingsley dans la Liste de Schindler (Schindler's List, 1993) de Steven Spielberg.
Adapté d'une histoire vraie, le film de Steven Spielberg raconte le sauvetage de 1 300 juifs par un homme d'affaires allemand, lié aux nazis. Tourné en noir et blanc, le long-métrage fut couronné en 1994 par cinq oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Steven Spielberg est également producteur d’une série télévisée, Amazing Stories, et de nombreux films : Poltergeist (1982), la trilogie de Retour vers le futur (Back To The Future, 1985, 1989, 1990 ), Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Who Framed Roger Rabitt?, 1988), Casper (1995), ainsi que de plusieurs dessins animés de long métrage.

Stallone, Sylvester

Sylvester Stallone
(1946- )
Acteur, scénariste et réalisateur américain

Né à New York, célèbre pour ses rôles de guerrier solitaire. Stallone retint l'attention des critiques dans le film The Lords of Flatbush (le Seigneur de Flatbush, 1974), de Verona. Par la suite, il joua dans Adieu ma jolie (Farewell My Lovely, 1975), de Richards, Capone (1975), de Carter, et la Course à la mort de l'an 2000 (Death Race 2000, 1975), de Bartel.

Issu d'un milieu défavorisé, Sylvester Stallone parvient néanmoins à suivre des études grâce à ses capacités sportives. Devenu comédien, il ne parvient pas à s'imposer malgré un rôle remarqué dans The Lords of Flatbush (S. Verona, 1974). Il écrit alors Rocky, un scénario en partie autobiographique, inspiré de ses échecs. Adapté au cinéma en 1976 par John Avildsen, le film triomphe au point de devenir une série à épisodes (quatre à ce jour). Il a depuis bâti sa carrière sur un personnage de redresseur de torts, au profil idéologique sans équivoque, qui s'illustre au cours de films d'action musclés comme la série des Rambo. Si ses incursions dans le registre de la comédie ne convainquent guère (Arrête ou ma mère va tirer, R. Spottiswoode, 1991), Stallone a livré une remarquable prestation dramatique dans Copland (J. Mangold, 1997).

Au cours des années 1970, Stallone écrivit également des scénarios. En 1976, il connut son premier succès en tant que scénariste et interprète, avec Rocky (oscar du meilleur film), d'Avildsen. Il y tenait le rôle principal d'un boxeur de troisième ordre, qui retrouve sa dignité en atteignant la gloire. De 1976 à 1990, Stallone écrivit, réalisa et interpréta quatre autres Rocky. Parallèlement, il entama la série des Rambo : Rambo (First Blood I, 1982), de Kotcheff, Rambo II (Rambo : First Blood Part II, 1985), de Cosmatos, et Rambo III (1988), de MacDonald. Il joua également dans d'autres films : la Taverne de l'enfer (Paradise Alley, 1978), qu'il écrivit et réalisa, les Faucons de la nuit (Nighthawks, 1981), de Malmuth, et Tango et Cash (Tango and Cash, 1989), de Konchalovsky. Stallone joua également dans des comédies, dont Arrête ou ma mère va tirer (Stop! Or My Mom Will Shoot, 1992).

Sternberg, Josef von

Josef von Sternberg
(de son vrai nom Jonas Sternberg)
(1894-1969)
Réalisateur américain d'origine autrichienne

Né à Vienne, Josef von Sternberg, connaît une enfance pauvre et difficile entre sa ville natale et New York où travaille son père. Ayant abandonné ses études à quinze ans, il est employé en 1912 au nettoyage et à la restauration de copies de films. Son intérêt pour le septième art le conduit ensuite à faire divers métiers dans l’industrie du cinéma, notamment ceux de monteur, de titreur, de scénariste, de décorateur et d’opérateur de prises de vues.

De 1918 à 1924, il voyage en Europe, devient acteur et assistant-réalisateur de plusieurs metteurs en scène français, allemands, anglais et tchèques.

Von Sternberg, l'Ange bleu
Adapté du Professeur Unrat du romancier Heinrich Mann, l'Ange bleu (Der Blaue Engel, 1930), de Josef von Sternberg, fut le premier succès international du cinéma sonore allemand, né en 1929. Produit par la UFA dans les studios de Babelsberg, il révéla Marlène Dietrich aux côtés du célèbre Emil Jannings et des vedettes de cabaret Hans Albers, Rosa Valetti et Kurt Gerron. Le réalisateur, appelé en Allemagne pour l'occasion, retourna à Hollywood en emmenant «sa» vedette, Marlène Dietrich.

Installé à Hollywood, il réalise un premier film indépendant, les Chasseurs de salut (Salvation Hunters, 1925). L'oeuvre impressionne les dirigeants de la firme United Artists qui l'achètent immédiatement. La MGM l'engage aussitôt : il réalise pour elle Escape (1925) et The Masked Bride (1925), qui sont considérablement retouchés par les producteurs. Mécontent, von Sternberg rompt son contrat et c’est Charles Chaplin qui produit son film suivant, la Mouette (The Seagull, 1926). Cependant, pour des raisons obscures, Chaplin n’exploitera jamais ce film.

Sternberg met alors en scène un film de gangsters, les Nuits de Chicago (Underworld, 1927), qui remporte un grand succès. Il dirige ensuite Emil Jannings dans Crépuscule de gloire (The Last Command, 1928), puis réalise un mélodrame, les Damnés de l'océan (The Docks of New York, 1928) avant de revenir au film policier avec la Rafle (The Dragnet, 1928). Dans ces films produits par la Paramount, von Sternberg explore toutes les possibilités du montage et de la prise de vues, crée un style original et hautement sophistiqué et fait preuve de qualités exceptionnelles comme directeur d'acteurs. Il devient vite l’un des réalisateurs les plus importants de Hollywood.

Von Sternberg, l'Impératrice rouge
La collaboration entre Marlène Dietrich et von Sternberg, qui remonte à l'Ange bleu, atteint son apogée avec l'Impératrice rouge, où dans une suite de visions d'une hallucinante beauté les vieux démons de la Russie impériale se laissent subjuguer par le sourire ironique de Marlène, déesse d'Hollywood.

Après le Calvaire de Léna Smith (The Case of Lena Smith, 1929) et l'Assommeur (Thunderbolt, 1929), il réalise à Berlin le premier film parlant allemand, ainsi que sa version américaine, l'Ange bleu (Der Blaue Engel, 1930). Le film lance la comédienne Marlene Dietrich, que von Sternberg ramène avec lui aux États-Unis.

En dehors d’une adaptation du roman de Theodore Dreiser Une tragédie américaine (An American Tragedy, 1931), von Sternberg collabore désormais exclusivement avec Dietrich qui est pour lui davantage qu’une actrice : une muse, un médium parfait. Elle lui inspire une série de films remarquables, tels Coeurs brûlés (Morocco, 1930), Agent X 27 (Dishonored, 1931), Shanghai Express (1932), et Blonde Vénus (1932). L'Impératrice rouge (The Scarlet Empress, 1934) marque sans doute l’apogée de leur association. Le perfectionnisme de von Sternberg, son sens extatique de l’image, la profondeur de sa vision artistique fusionnent avec la présence ravageuse, l’humour contenu, l’élégance ironique et décontractée de Dietrich dans ce film fiévreux, outré, qui pourrait résumer à lui seul tout le faste et la magie de Hollywood. Le merveilleux tandem Sternberg-Dietrich se sépare après l’échec commercial de la Femme et le Pantin (The Devil is a Woman, 1935), et le cinéaste se voit contraint de signer des oeuvres de commande comme Remords (Crime and Punisment, 1935), d'après Crime et châtiment de Dostoïevski, avec Peter Lorre dans le personnage de Raskolnikov, Sa Majesté est de sortie (The King Steps out, 1936) et Au service de la loi (Sergeant Madden, 1939).

Son I Claudius (1937), avec Charles Laughton, reste inachevé, mais il redevient lui-même avec l'admirable Shanghai (Shanghai Gesture, 1940), avant d'entamer une traversée du désert de dix ans, au cours de laquelle il signe seulement un court métrage expérimental, la Ville (The Town, 1943-1944).

En 1950, le producteur Howard Hugues le ramène dans les studios pour les Espions s'amusent (Jet Pilot) qui ne sort qu'en 1957, puis pour le Paradis des mauvais garçons (Macao, 1952) qui sera terminé par Nicholas Ray. C’est grâce à un financement japonais imprévu que Josef von Sternberg signe son ultime chef-d’oeuvre et l’un des plus beaux films du monde, Fièvre sur Anatahan (The Saga of Anatahan, 1953), avant de se voir définitivement écarté des studios.

Sternberg a publié une excellente autobiographie, Souvenirs d'un montreur d'ombres (Fun in a Chinese Laundry, 1965).

Stevens, George

Georges Stevens
(1904-1975)
Cinéaste américain et directeur de la photo

Né à Oakland (Californie), Georges Stevens débute comme acteur à cinq ans dans la troupe de comédiens de son père, puis travaille à Hollywood en 1921 comme «gagman» et directeur de la photo chez Hal Roach. À ce titre, il participe à plusieurs tournages de courts métrages interprétés par Laurel et Hardy.

Il devient réalisateur avec The Cohens and Kellys in Trouble (1933). Après avoir tourné quelques production mineures, il signe Alice Adams (1935) dont Katharine Hepburn est la vedette, puis un des meilleurs films du tandem Ginger Rogers et Fred Astaire, Sur les ailes de la danse (Swing Time, 1936), un film d’aventures coloniales avec Cary Grant, Gunga Din (1939), une brillante comédie avec le couple Katharine Hepburn et Spencer Tracy la Femme de l’année (Woman of the Year, 1942) et un curieux mélodrame réunissant Cary Grant et Ronald Colman, la Justice des hommes (The Talk of the Town, 1942).

Enrôlé dans le Service cinématographique de l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale, il filme notamment la libération du camp de Dachau.

De retour à Hollywood, il signe un mélodrame sur une famille d’immigrés norvégiens, Tendresse (I Remember Mama, 1948) suivi d’une adaptation du roman de Theodore Dreiser, une Tragédie américaine, intitulée une Place au soleil (A Place in the Sun, 1951), puis d’un western avec Alan Ladd, l’Homme des vallées perdues (Shane, 1953) et du dernier film interprété par James Dean, Géant (Giant, 1956). Il réalise encore le Journal d’Anne Frank (The Diary of Anne Frank, 1959), une superproduction sur la vie du Christ, la Plus Grande Histoire jamais contée (The Greatest Story ever Told, 1965) et termine sa carrière avec Las Vegas, un couple (The Only Game in Town, 1969), où il confronte sa comédienne préférée, Élizabeth Taylor, au sémillant Warren Beatty.

Stiller, Mauritz

Mauritz Stiller
(1883-1928)
Cinéaste suédois

Dandy polyglotte, amateur de théâtre, il joue dans différentes troupes de Stockholm avant d’être remarqué par le producteur Charles Magnusson. Il entreprend d’abord une carrière d’acteur, en même temps que Victor Sjöström, puis se tourne vers la réalisation. Cinéaste très prolifique, il tourne 8 films en 1912, 8 en 1913, 5 en 1914, 8 en 1915, mais la majorité de ses premières réalisations a été perdue. Les Ailes (Vingarna, 1916), oeuvre perdue elle aussi, est sans doute le premier film tourné sur l’homosexualité. Son premier film important, Amour et journalisme (Kärlek och journalistik, 1916) inaugure la deuxième époque de Stiller, celle de la comédie énergique, virtuose, pétillante et excentrique. Le Meilleur Film de Thomas Graal (Thomas Graals bästa barn, 1917) ou Vers le bonheur (Erotikon, 1920) sont de brillantes comédies au rythme enlevé, pleines d’ellipses narratives. Elles ont notamment influencé Ernst Lubitsch. Après 1920, Stiller se tourne vers l’adaptation de grands drames naturalistes de la littérature nordique. La Légende de Gösta Berling (Gösta Berlings Saga, 1924), adapté de Selma Lagerlöf, lance Greta Garbo, qui ne cessera de fasciner Stiller. Impressionné par le film, Louis B. Mayer propose à Stiller de travailler à Hollywood, lequel n’accepte que sous la condition d’avoir à ses côtés Greta Garbo. Mais sa façon très personnelle de diriger un film et son comportement quasi névrotique (on cite souvent cette anecdote fameuse : il ne changeait jamais de costume pendant le tournage pour ne pas risquer de modifier l’atmosphère du film) ne facilitent pas son intégration au système des studios. Il se voit ainsi écarté du tournage de plusieurs films : le Torrent (The Torrent, 1926), la Tentatrice (The Temptress, 1926), Fil de fer barbelé (Barbed Wire, 1927). Il est finalement chassé de la MGM et n’a plus la possibilité de tourner avec Garbo. Fatigué et déprimé, il retourne à Stockholm où il meurt rapidement.

Stone, Oliver

Oliver Stone
(1946- )
Cinéaste et scénariste américain, célèbre pour ses films controversés sur la guerre du Viêt Nam et sur la société américaine

Né à New York, Stone suit les cours de l'université Yale au milieu des années soixante. Après divers emplois, notamment comme enseignant à Saïgon et comme matelot dans la marine marchande, Stone s'engage dans l'armée américaine et est blessé lors de la guerre du Viêt Nam. Après avoir quitté l'armée en 1968, il suit des cours de cinéma à l'université de New York et obtient son diplôme en 1971. Réalisateur de films publicitaires, il tourne également diverses productions indépendantes (Street Scenes, 1970 et Seizure, 1974) et écrit plusieurs scénarios de longs métrages.

En 1978, il remporte l'oscar du meilleur scénario pour Midnight Express (Alan Parker, 1978), l'histoire véridique d'un jeune Américain arrêté et emprisonné en Turquie pour avoir tenté de faire sortir du haschisch du pays.

Après avoir écrit et réalisé le film d'horreur The Hand (1981), Stone écrit les scénarios de Conan le Barbare (Conan the Barbarian, J. Milius, 1982), de Scarface (Brian De Palma, 1983), de l'Année du dragon (Year of the Dragon, Michael Cimino, 1985) et de Huit Millions de façons de mourir (8 Million Ways to Die, Hal Ashby, 1986). L'année 1986 voit sa consécration internationale grâce à deux films de guerre : Platoon, oeuvre en partie autobiographique qui dresse un tableau réaliste de la guerre du Viêt Nam et Salvador, fondé sur les expériences vécues d'un journaliste américain envoyé en Amérique centrale.

Parmi les plus grandes réalisations d'Oliver Stone figurent également Wall Street (1987), Talk Radio (1988), Né un 4-juillet (Born on the Fourth of July, 1989), The Doors (1991), qui évoque la vie de Jim Morrison, JFK (1991), qui retrace l'enquête ayant suivi l'assassinat du président John F. Kennedy ou Tueurs nés (Natural Born Killers, 1994), film traitant de la fascination des médias et du public pour les tueurs en série.

Straub, Jean-Marie et Huillet, Danièle

Jean-Marie Straub
(1933- )
et
Danièle Huillet
(1936- )
Réalisateurs français

Né à Metz, Jean-Marie Straub fait des études de littérature à Strasbourg et à Nancy, anime un ciné-club et arrive à Paris en 1954. Assistant de Jacques Rivette sur le Coup du berger (1956), il refuse de partir combattre en Algérie et s'exile en Allemagne en 1958.

Danièle Huillet, sa compagne (qu’il épouse en 1959 et qui sera le coauteur de tous ses films), l'y rejoint, et s'installe avec lui à Münich. Ils tournent leur premier court métrage, Machorka Muff (1964), d'après une nouvelle de Heinrich Böll, puis adaptent un des romans de Jean-Marie, Non réconciliés/Seule la violence aide où la violence règne (Nicht Versöhnt/Es hilft nur Gewalt wo Gewalt herscht, 1965), une oeuvre rigoureuse et forte, qui est une description clinique, austère et juste de l'Allemagne de cette époque, confrontée à son passé proche.

Jean-Marie Straub et Danièle Huillet tournent ensuite Chronique d'Anna Magdalena Bach (Chronik der Anna Magdalena Bach, 1966), une biographie de Jean-Sébastien Bach largement constituée de séquences musicales où certaines oeuvres de Bach sont interprétées, dans un cadre d’époque et en costumes, par des concertistes de renommée internationale comme le claveciniste et chef d’orchestre Gustav Leonhardt. L’originalité et la rigueur de ce «documentaire en costumes» impressionnent la critique internationale.

Straub et Huillet, Chronique d'Anna Magdalena Bach
Par la rigueur et l'authenticité du dispositif filmique, Chronique d'Anna Magdalena Bach livre une image «muséale» du passé, entreprise unique dans l'histoire du cinéma.

Sans concession ni volonté de spectacle, ils signent un court métrage, le Fiancé, la Comédienne et le Maquereau (Der Brautigam, die Kömödiantin und der Zuhalter, 1968), interprété par Rainer Werner Fassbinder et sa troupe. C'est une réflexion lucide sur la prostitution et une expérimentation réussie en ce qui concerne les rapports et les antagonismes entre le théâtre et le cinéma. Ils poursuivent cette recherche en transposant sur les collines de Rome une tragédie de Pierre Corneille (Othon/Les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer ou Peut-être qu'un jour Rome se permettra de choisir à son tour, 1969). Le radicalisme de l'entreprise engendre des polémiques.

Avec Leçons d'histoire (Geschichtsunterricht, 1972), ils s'intéressent ensuite aux Affaires de Monsieur Jules César de Bertolt Brecht, puis signent un court métrage de révolte idéologique, Introduction à la musique d'accompagnement d'une scène d'ombre et de lumière d'Arnold Schoenberg (Einleitung zu Arnold Schoenbergs begleitmusik zur einer Lichtspielscene, 1973).

Après avoir filmé l'opéra de Schoenberg Moïse et Aaron (1974), tous deux travaillent sur le rapport des paysages avec un texte d'analyse sur la situation en Palestine, Fortini Cani (il Cani del Sinai, 1977) et continuent une oeuvre de résistance et d'idéologie avec De la nuée à la résistance (Dalla nube alla Resistenza, 1979) et Trop tôt, trop tard (1981). Ils adaptent également Kafka avec Amerika, rapport de classes (Klassenverhältniss, 1984), puis Hölderlin avec la Mort d'Empédocle (Der Tod des Empedokles, 1987) et Noir Péché (Schwarze Sünde, 1989); ils confrontent cet auteur à Brecht et à Sophocle dans Antigone (1991), interrogent la peinture avec Cézanne (1990), la poésie avec Toute révolution est un coup de dés (1977) d’après Mallarmé, la littérature avec Lothringen (1994) d’après Maurice Barrès, et Sicilia (1999) d’après Conversation en Sicile d’Elio Vittorini, et filment un autre opéra d’Arnold Schoenberg, Du jour au lendemain (Von Heute auf Morgen, 1996).

Stroheim, Erich von

Erich von Stroheim
(de son vrai nom Erich Oswald Stroheim)
(1885-1957)
Cinéaste, acteur et romancier américain d'origine autrichienne

Né à Vienne (Autriche), Erich von Stroheim, est issu d'une famille de gros commerçants. Pendant toute son enfance, il est l’objet d’humiliations, en raison de ses origines juives. À la fin de ses études secondaires, il travaille avec son père, jusqu'à son appel sous les drapeaux comme simple soldat. Plus tard, il s'invente une biographie d'officier de cavalerie aristocrate issu de l'école militaire de Wiener Neustadt et familier de l'Empereur. La réalité est autre : il déserte l'armée au bout de six mois et s'exile aux États-Unis en 1908.

Après être passé par de nombreux petits métiers, il s'établit à Hollywood en 1914, y devient cascadeur ou figurant, puis assistant à la réalisation pour David Wark Griffith, Allan Dwan et George Fitzmaurice. Par la suite, il tient enfin quelques petits rôles et notamment celui de conseiller militaire sur le Prince étudiant (Old Heidelberg, 1915) de John Emerson. Le personnage d'officier allemand qu'il cultive avec panache lui vaut d’être engagé comme comédien dans For France (1917) de Wesley Ruggles, Coeurs du monde (Hearts of The World, 1917) de David Wark Griffith et Hearts of Humanity (1918) de Allen Hollubar. Ces rôles de «méchant» au physique inquiétant, avec monocle et nuque rasée, lui apportent la célébrité. Il interprète et réalise alors Maris aveugles (Blind Husbands, 1918), un mélodrame se déroulant dans les Alpes et portant sur la séduction et la lâcheté. Après une seconde réalisation ambitieuse, les Passe-partout du diable (The Devil's Passkey, 1919), il signe Folies de femmes (Foolish Wives, 1921), un drame sordide et puissant qui se déroule à Monte-Carlo, mais ses extravagances ruineuses et ses folles exigences inquiètent ses producteurs, qui le licencient alors qu’il tourne Chevaux de bois (Merry-Go Round, 1922), dont Rupert Julian termine la réalisation.

Von Stroheim, les Rapaces
«Tous les dimanches, il devenait une brute irresponsable, une bête rendue folle par l'alcool» explique, au sujet du «père» McTeague (ci-dessus Jack Curtis), l'un des premiers cartons du film d'Eric von Stroheim. Premier chef d'oeuvre de l'histoire du cinéma «dépecé» par son producteur (le jeune Irving Thalberg) contre la volonté de son auteur, les Rapaces — dont le titre original est Greed («avidité») — est un film-fleuve, une étude naturaliste des pulsions qui agitent de pauvres hères, les jetant dans la frustration sexuelle, la misère et, finalement, par une sorte de fatalité archétypale qui est celle de la condition humaine selon Stroheim, dans le meurtre.

Il commence alors les Rapaces (Greed, 1924), une adaptation de sept heures du roman naturaliste de Frank Norris, McTeague. Le producteur Irving Thalberg exige de voir le film réduit à une durée de deux heures. On lui confie ensuite une adaptation de la Veuve joyeuse (The Merry Widow, 1927), dans laquelle il intègre des séquences de sadisme et d'orgie. Un succès dû au scandale que provoque ce film semble alors lui assurer une totale liberté à l'avenir et il entame The Wedding March (1927), un diptyque de quatre heures sur la Vienne impériale. Les producteurs refusent fermement de montrer l'oeuvre en l’état. Ils en exploitent le premier volet, la Symphonie nuptiale, en tant que film unique, puis font remonter la seconde partie par Josef von Sternberg et la distribuent sous le titre de Mariage de prince.

Erich von Stroheim, Pie