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L'industrie du cinéma se montre peu encline à adopter
des techniques prévisionnelles et des systèmes d'aide à la décision,
les dirigeants du secteur se fiant davantage à des idées reçues.
Avec un coût de production moyen de plus de 50 millions
de dollars et des coûts de marketing associés dépassant en moyenne 25
millions de dollars, un film produit par les studios d'Hollywood doit
réaliser 100 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis pour tout
juste atteindre l'équilibre.
On serait donc tenté de penser que le marketing de
l'industrie cinématographique est à la pointe du progrès et a fait siennes
les pratiques et les perspectives les plus nouvelles. Toutefois, au
regard de certains aspects importants, elle est à la traîne par rapport
au secteur de la grande consommation, entre autres.
En général, l'industrie du cinéma s'est montrée jusqu'ici
réticente à adopter des techniques prévisionnelles et des systèmes d'aide
à la décision. Les dirigeants doutent de la capacité de prévision des
outils modernes et des modèles mathématiques en matière d'accueil du
public et se fient souvent à leur jugement, à l'expérience et aux idées
reçues.
Ainsi, l'idée que les critiques de cinéma ont le
pouvoir d'influer fortement sur les recettes au début de la programmation
d'un film est très répandue. L'argument est qu'à la sortie d'un film,
les spectateurs ne peuvent se fier à rien d'autre pour décider d'aller
ou non le voir. Pourtant, l'importance des critiques est ailleurs.
Produit et Production
Le produit culturel et artistique suit un cheminement de fabrication
sous plusieurs formes : la création artistique n’est plus significative
si elle ne débouche pas sur un public, autrement dit un marché (Théâtre,
cinéma, arts plastiques...).
Les moyens de production sont représentés par tous les éléments qui
interviennent dans le processus de production du film. Ces moyens pourraient
aussi être décrits sous forme de textes, scénarios, budgets de production,
budgets de commercialisation... bref, toutes les conditions morales
et matérielles pour la réalisation d’un produit filmique au sens large.
La production cinématographique est l'ensemble des activités liées
au tournage d'un film. Les vedettes et acteurs qui apparaissent à l'écran
ne constituent qu'une partie d'un film, et l'essentiel de la production
se situe de l'autre côté de la caméra. Des milliers de personnes peuvent
être concernées par la production d'un film, leur nombre exact dépendant
de l'importance de la production et de ses ressources financières disponibles.
La description qui suit des différents agents de la production s'applique
principalement aux longs-métrages. Parmi ceux qui ont le rôle le plus
important derrière la caméra figurent le producteur, le scénariste,
le réalisateur, le directeur de la production, l'assistant réalisateur,
le directeur de la photo, le directeur de casting, les monteurs, les
opérateurs son, le compositeur de la musique du film et les décorateurs.
Le producteur est chargé de transformer une idée en un film en assurant
le financement du projet, en réunissant les différents talents et en
négociant la diffusion du produit fini. Lorsque les capitaux proviennent
d'investisseurs indépendants qui forment une commandite, le producteur
a souvent le rôle de partenaire principal. Aux États-Unis, le studio
qui finance le film désigne un représentant, appelé producteur exécutif.
En France, on nomme «producteur délégué» le promoteur du projet qui,
responsable économique et juridique du film, est aussi chargé de la
négociation des droits de diffusion.
Un producteur ressemble un peu à un promoteur immobilier qui réunit,
seul, tous les éléments financiers, intellectuels (scénario, dialogues,
musique), humains (metteur en scène, artistes, décorateur) et techniques
(équipes de tournage). La production de films est discontinue et ponctuelle:
durant quelques semaines, une équipe se constitue, qui se séparera à
l’issue du tournage. Si toute interruption momentanée du tournage entraîne
des frais considérables, le non-achèvement d’un film provoque toujours
une catastrophe financière, parce que le produit film est un bien indivisible
et qu’il est bien sûr impossible de distribuer un film non terminé.
Le producteur engage donc un investissement total dans chaque acte de
production. La fonction de gestion du producteur s’analyse à la fois
comme une activité au «jour le jour» et une responsabilité de bonne
fin. À l’inverse des autres industriels, il ne peut fractionner ou proportionner
ses engagements en fonction du volume de ses ventes. C’est un investisseur
sans marché: il ne connaît jamais à l’avance l’étendue du succès ou
de l’échec de son produit auprès des consommateurs potentiels. Cette
situation explique en partie le nombre proportionnellement très élevé
de premiers films dans la production française (plus d’un tiers!): ils
traduisent la recherche permanente de nouveaux talents, c’est-à-dire
aussi de nouvelles recettes éventuelles de succès.
Le producteur ne peut fonder ses résultats sur aucun des éléments qui
jouent un rôle important en économie industrielle: les innovations technologiques,
les lignes de production, l’image de la société productrice, c’est-à-dire
sa propre image. La marque n’a, par exemple, aucune influence. En effet,
ce sont les historiens du cinéma qui se préoccupent, vingt ans plus
tard, du nom des firmes productrices de Citizen Kane ou de Autant en
emporte le vent. En contrepartie, un succès peut procurer des revenus
extraordinaires, par suite de la consommation de masse, au promoteur-spéculateur
qu’est le producteur, car ce responsable est un vendeur qui garde toujours
la propriété de sa marchandise et peut en tirer des revenus pendant
des décennies, puisqu’il ne l’a jamais vraiment aliénée. Il ne concède
jamais qu’un droit d’exploitation aux autres partenaires de la profession.
Si on se base sur l'exemple français et pour comprendre la structure
actuelle de la production française, il importe de souligner quelques-unes
de ses caractéristiques essentielles. Cette production est marquée tout
d’abord par l’absence d’économie d’échelle. Dans l’industrie de la presse,
un accroissement des tirages diminue la part des coûts fixes - dépenses
immobilières, de management, de rédaction, qui restent les mêmes quel
que soit le tirage- dans le prix de revient de chaque exemplaire d’un
quotidien, et peut donc représenter une économie d’échelle appréciable.
En revanche, dans l’industrie du film, les coûts de production sont
imputés à l’ensemble d’une production unitaire. Le produit film étant
un prototype, la recherche d’économie d’échelle est interdite par les
conditions mêmes de fabrication; la planification de la production pour
les films, les procédures habituelles de recherche et de développement
y sont extrêmement limitées. La production de films reste un acte arbitraire
et subjectif, dans lequel une initiative individuelle s’exprime et s’engage.
À l’opposé, la fabrication de programmes à la télévision est une production
massive et continue, mise en oeuvre à l’aide de systèmes très structurés
- entreprises publiques et réseaux commerciaux-, de type bureaucratique:
des administrations générales assurent une gestion permanente, des recettes
régulières permettent l’établissement de budgets annuels.
Le postulat fondamental - en science économique- de l’égalité de l’offre
et de la demande ne semble pas non plus pouvoir être appliqué aux liaisons
qui s’établissent sur les marchés des films. En général, lorsque le
prix d’un service ou d’un produit est fixé sur un marché, il est le
résultat de deux séries d’influences: celle des offrants et celle des
demandeurs. De plus, les quantités offertes ne sont pas fixes: elles
dépendent du prix pratiqué sur le marché. Il y a donc deux variables
essentielles: prix et quantité. Or, dans le cinéma, le prix (celui d’un
ticket d’entrée, par exemple) ne résulte pas d’un équilibre entre une
offre et une demande. Il est établi de façon homogène pour l’ensemble
de l’exploitation, en fonction de la qualité des salles et parfois de
la durée des films, mais quasiment jamais selon le coût de revient du
film. Le problème d’une égalisation éventuelle entre la demande et l’offre
de films se complique parce que cette dernière se fait à deux niveaux:
il faut distinguer l’offre de films qui émane de la production-distribution
et l’offre de place, c’est-à-dire l’offre du «droit de s’asseoir pendant
un certain temps pour regarder un film». Or, l’offre de films et l’offre
de places (nombre de fauteuils multiplié par celui des séances) n’évoluent
pas parallèlement: sur les marchés cinématographiques l’objet de l’échange
n’est pas une marchandise (le film), mais un droit (le droit de regarder).
Un même film peut donc être présenté devant un nombre presque illimité
de consommateurs, et ce bien, réalisé en un seul acte de production,
peut être cédé des milliers de fois. Ainsi un tout petit nombre de films
peut satisfaire un marché très vaste; il suffira de les multiplier sous
forme de copies et de les projeter autant de fois qu’on le désire. Il
s’ensuit qu’aucune liaison directe ne peut s’établir entre l’offre de
films - au niveau des producteurs- et la demande de films - au niveau
des consommateurs: la production de films n’est pas en rapport étroit
avec leur consommation.
Le caractère entrepreneurial de l’activité du producteur explique donc
la tendance persistante à s’organiser sur une base très individuelle.
Ainsi, en France, malgré le nombre significatif de films produits, la
situation actuelle se caractérise par le faible nombre de structures
intégrées à l’image des Majors américaines. L’industrie du film en France
est constituée, de façon prépondérante, par une myriade de petites entreprises
spécialisées (on comptait 797 sociétés de production de cinéma en 1995),
entourant ou s’appuyant sur une poignée d’importantes entreprises multimédias.
Ces grosses sociétés sont en France au nombre de trois (Gaumont, Pathé,
U.G.C.). Ces Majors se distinguent de leurs homologues américaines par
leur taille plus petite et par leur degré d’intégration plus lâche.
Celles qui possèdent un niveau significatif d’intégration l’ont développé,
en général, à partir de la distribution et de l’exploitation.
Depuis la crise de 1929, la situation de l’industrie du cinéma français
se caractérise par une véritable atomisation de la production de films
et par une très forte dispersion des entreprises de production. En France,
paradoxalement, la diminution de la fréquentation des salles (435 millions
de spectateurs en 1957, 187,6 en 1981 et 117 en 1991) n’a pas empêché
les sociétés de production de longs-métrages de se multiplier pendant
la même période; on en comptait 310 en 1970, près de 800 en 1996 (auxquelles
il faudrait sans doute ajouter une partie des 640 entreprises qui produisent
des programmes de télévision et des 1 200 qui s’occupent de films de
commande). Cette profession en France est marquée par la faiblesse de
sa surface financière et de ses ressources propres: 70% des sociétés
y ont moins de 4 salariés, 90% moins de 10. On a pu la qualifier «d’agrégats
de petits parieurs».
À côté de son atomisation, l’autre trait dominant de la production
française est la relative stabilité du nombre de films produits (entre
130 et 150 depuis plusieurs dizaines d’années), dans un marché des salles
qui se contractait fortement. Le maintien de ce niveau élevé de production
(un des plus forts au monde derrière les États-Unis) a été rendu possible
car les financements issus des télévisions sont venus, progressivement
(sous forme de coproduction ou d’achat des droits de diffusion) se substituer
aux recettes provenant des salles et des billets payés par les spectateurs.
En France, ce mouvement a été très fortement favorisé par la réglementation
publique qui oblige les chaînes à réinvestir une partie de leur chiffre
d’affaires dans le cinéma.
Parallèlement aux films et aux programmes de télévision, le marché
de la publicité et du film de commande (films d’entreprise, cinéma institutionnel...)
représente aussi des débouchés très importants pour les producteurs
et les professionnels de l’audiovisuel, et leurs ordres de grandeur
sont ceux du marché des films de cinéma: en 1996, ce marché représentait
en effet 3,3 milliards de francs d’investissements, celui des programmes
audiovisuels 5,7 milliards et celui du film de commande 3,5 milliards.
Les évolutions techniques et économiques de ces différents secteurs
ont conduit à faire éclater les filières traditionnelles de production
en séparant de plus en plus le support de production du support de diffusion:
on peut tourner en cinéma pour la télévision comme on utilise de plus
en plus les ressources de la vidéo dans les réalisations cinématographiques.
Cette déconnexion entre production et diffusion a poussé au décloisonnement
de filières construites jusque-là sur la base de la séparation des supports.
Dorénavant les personnels techniques qui font les films comme les sociétés
de production sont de moins en moins spécialisés dans le cinéma ou dans
la télévision. Près d’un quart de la production de films est ainsi réalisée
par des entreprises relevant d’autres activités (programmes de télévision
ou prestataires techniques).
La coproduction
Après la Seconde Guerre mondiale est né un droit international du cinéma.
Des accords de coproduction ont été signés par les autorités de divers
pays; ils constituent en fait des traités portant sur la nationalité
des films. Dans le cadre de ces accords, des producteurs de deux ou
plusieurs pays signent des contrats de coproduction. Le but des accords
est de donner plusieurs nationalités à un même film qui, étant ainsi
considéré comme film national, ne sera pas soumis à des contingentements.
D’autre part, la coproduction internationale facilite la solution des
problèmes de financement en ouvrant plus largement les marchés potentiels.
Évidemment, l’octroi d’une double nationalité a souvent pour conséquence
de sacrifier l’aspect culturel du film à son aspect purement commercial.
Le film est conçu pour toucher des publics hétérogènes, et ses réalisateurs
tendent à la simplification. Aussi, les coproductions de qualité ne
sont possibles qu’entre industries cinématographiques ayant atteint
un degré de développement artistique et technique équivalent; sinon,
elles se font au détriment d’un des pays y participant.
Les premiers pays européens ayant signé de tels accords sont la France
et l’Italie (accord du 19 octobre 1949 renouvelé plusieurs fois). Leurs
coproductions ont souvent été de grands succès.
La crise a suscité depuis 1974, à l’initiative de la France, des congrès
patronnés par le Conseil de l’Europe en vue de la création d’un bureau
européen du cinéma. Mais une structure unitaire n’est pas aisée à réaliser,
car les divers systèmes nationaux des autres pays membres sont loin
d’être aussi semblables que le sont entre eux les systèmes français
et italien.
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