Ce film retrace la sourde rébellion intérieure du jeune Messaoud opprimé
à la fois par son milieu familial et par une société sclérosée.
L'histoire concerne, dans sa première partie un homme, Mekki, interprété
par Abdelkader Motaâ (actuellement une star dans les spots publicitaires),
qui ne pouvant avoir des enfants avec son épouse légitime, adopte
Messaoud, jeune orphelin de 8 ans. Mekki fait solennellement le serment
de l'éduquer et d'en faire un homme suivant les rigoureux principes
de la tradition. Malgré sa bonne volonté, cet homme montre trop d'empressement
et de rudesse à s'occuper de l'instruction de Messaoud. Ne pouvant
s'adapter facilement à son nouveau milieu, Messaoud supporte mal les
exigences de son père adoptif, commet des actes répréhensibles, et
attire sur lui la colère de Mekki. De ce conflit l'enfant sort marqué.
La deuxième partie traite de l'âge adulte. Messaoud cette fois-ci
adolescent, interprété par Mohamed Khemlichi (actuellement un auteur
de théâtre), fréquente une bande de délinquants, et commet quelques
délits mineurs. Il la quitte souvent pour aller travailler; car il
ne veut pas de cette vie marginale. Il veut acquérir et avoir à lui
un bien qui puise justifier son existence. Il refuse de se contenter
de n'importe quoi, il veut être traité avec équité. Mais il est pris
dans un engrenage tel qu'il n'arrive jamais à ses fins et qu'il provoque
sa propre perte. Il tuera un vieil usurier pour lequel il travaillait
comme berger et qui l'exploitait.
La production de ce film est particulièrement intéressante dans la
mesure où il constitue marque une date et constitue une expérience
exceptionnelle. Dans une réalité cinématographique caractérisée par
une situation de production très difficile, et sous l'appellation
de "Sigma 3", Hamid
Bennani, Mohamed
Tazi et le chef opérateur Mohamed Sekkat constituèrent
une sorte de collectif dont le petit budget ne couvrait que les frais
matériels et techniques de la réalisation. C'est dans ce cadre que
"Wechma" fut réalisé, ce qui a, par ailleurs, crée des querelles
personnelles sur l'exacte paternité du film que Bennani se serait
trop exclusivement appropriée. "Wechma" est un film qui
a fait beaucoup parler de lui à l'époque, et reçut un accueil critique
positif dans divers festivals; notamment à Pesaro, Berlin, Carthage,
et plusieurs récompenses lui furent discernées. Mais jugé politiquement
suspect, économiquement étranglé par les distributeurs qui le refusèrent
systématiquement. Il est sans doute supérieur aux autres et présente
une véritable évolution de l'expression cinématographique au Maroc,
malgré les moyens limités du tournage. Hamid
Bennani à travers une construction intelligente des événements,
infère un style nouveau dans le cinéma marocain. C'est un film qui
offre plusieurs niveaux de lecture. reliés par des passages culturels.
Il ouvre un champ inouï, orienté vers les problèmes socio-politiques
marocains qui sont admirablement filmés. Ces images spécifiques traduisent
bien ce qu'est la condition humaines. Le film s'implique aussi dans
un voyage à travers la structure de famille arabe, fondée sur la seule
autorité du père. Le thème du film se trouve ainsi intégré dans un
réseau de voies qui partent du psychique au sociologique, du politique
au culturel.
La production de ce film est particulièrement intéressante dans la
mesure où il constitue marque une date et constitue une expérience
exceptionnelle. Dans une réalité cinématographique caractérisée par
une situation de production très difficile, et sous l'appellation
de "Sigma 3", Hamid
Bennani, Mohamed
Tazi et le chef opérateur Mohamed Sekkat constituèrent
une sorte de collectif dont le petit budget ne couvrait que les frais
matériels et techniques de la réalisation. C'est dans ce cadre que
"Wechma" fut réalisé, ce qui a, par ailleurs, crée des querelles
personnelles sur l'exacte paternité du film que Bennani se serait
trop exclusivement appropriée. "Wechma" est un film qui
a fait beaucoup parler de lui à l'époque, et reçut un accueil critique
positif dans divers festivals; notamment à Pesaro, Berlin, Carthage,
et plusieurs récompenses lui furent discernées. Mais jugé politiquement
suspect, économiquement étranglé par les distributeurs qui le refusèrent
systématiquement. Il est sans doute supérieur aux autres et présente
une véritable évolution de l'expression cinématographique au Maroc,
malgré les moyens limités du tournage. Hamid
Bennani à travers une construction intelligente des événements,
infère un style nouveau dans le cinéma marocain. C'est un film qui
offre plusieurs niveaux de lecture. reliés par des passages culturels.
Il ouvre un champ inouï, orienté vers les problèmes socio-politiques
marocains qui sont admirablement filmés. Ces images spécifiques traduisent
bien ce qu'est la condition humaines. Le film s'implique aussi dans
un voyage à travers la structure de famille arabe, fondée sur la seule
autorité du père. Le thème du film se trouve ainsi intégré dans un
réseau de voies qui partent du psychique au sociologique, du politique
au culturel.
Mais, réalisateur de talent qui a beaucoup à dire. Il a réussi admirablement
dans ce film à s'attaquer à des interdits et à des tabous pour choquer
et s'attirer les foudres des censeurs de toutes sortes». Cette authenticité
qui, d'après C.M. Cluny, de tout formalisme didactique. Enfant adopté
par un paysan aisé, Mekki, homme bon mais maladroit et dont les pratiques
traditionalistes du fétichisme et de l'autorité conduisent au drame,
Messaoud ne parviendra pas à s'intégrer à une société qui lui reste
étrangère : il est différent de son "père", de ses copains,
de tous. Peut-être parce que tout doit être changé... La mort du père
brise la cellule familiale, échec d'une antique société à protéger
des fils qui ne la reconnaissent plus. L'errance de la jeunesse à
l'abandon dans cet espace qui est sien mais qu'elle déchiffre mal
et dont on ne lui donne pas les clés, dévoile les divorces profonds
de la société arabe : dépossession d'une génération et faillite du
patriarcat, incapable de (se) rendre la vie à partir de ses racines.
On décèle, dans "Wechma", une tentative pour écrire - fût-ce
dans l'échec même - les traces d'une identité qu'il soit non seulement
possible mais essentiel d'assumer. Tissé dans un contexte dont la
nombreuse symbolique ne se sépare jamais du vécu (...) le film prenait
une distance singulière par rapport à l'immobilisme religieux, condamné
comme tel, mais au nom de son principe moral le plus fort : in fine,
celui qui se lamente au nom du ciel est foudroyé par lui, rayé du
nombre d'hommes qui luttent. La confusion du fétichisme au sacré n'est
jamais proposée, et le premier se dissocie selon qu'il a trait à des
pratiques d'aliénation populaire, sacrificielles, aberrantes (le fer
rouge, la charlatanerie de celui qui, justement, sera jugé par la
foudre), ou selon qu'il révèle les composantes d'une conscience (le
"trésor" su jeune Messaoud fait d'objets volés). Sans inféodation
à la fantasmatique bunuélienne (c'est une oeuvre dépourvue de surréalisme),
une violence court constamment sous le tracé du récit et jaillit chaque
fois avec un cri différent. "Wechma" témoignait enfin d'une
sensibilité particulière, d'une qualité de regard magnifiquement sertie
par l'image, d'une attention aux choses, aux gestes, à la sexualité,
à la réalité de l'espace»
Pour Noureddine
Saïl, le film «a une évocation métaphysique, voire religieuse
du destin. Bennani serait une sorte de
Bresson musulman.»
Pour F. Boughedir, l'écriture est souvent jugée comme hermétique,
mais le récit se distingue par une uis);» Enfin, pour le réalisateur
du film, H. Bennani, son film emple d'"antiphrase" dans
"Traces" : le drapeau marocain qui ouvre le film, ou le
discours final sur la tombe de Messaoud. Le prénom même de celui-ci
constitue une antiphrase puisqu'il est malheureux alors que Messaoud
signifie en arabe "le bienheureux". Ou encore la "main
de fatma" (Khamsa) à la dernière image : symbole du destin chez
les Arabes, je la tourne en dérision. La pratique du "palimpseste"
consiste à reprendre, ou à feindre de reprendre, une certaine tradition
en lui conférant un autre sens (la Cène dans Viridiana). Quant à la
pratique dite du "mannequin", elle consiste à provoquer
dans le cours du récit la reproduction d'une série d'allusions, de
symboles, de comportements qui ont un lien entre eux et qui, ainsi
rattachés, donnent un sens au film. Exemple de mannequin dans "Wechma"
: le complexe d'Oedipe qu'on retrouve d'un bout à l'autre du film»