"Harb Al Bitrole lane taqaâ" (La Guerre du Pétrole n'aura
pas lieu) est le deuxième long métrage de Souheil Benbarka.
Toumer, jeune technocrate qui accède à de lourdes responsabilités, dénonce
la domination de l'économie de son pays par des trusts multinationaux,
la corruption systématique, le complot permanent érigé en système et
la fuite des capitaux et leurs investissements ailleurs. Sa volonté
de mettre fin à ces scandales déclenche une série d'événements aboutissant
à une situation explosive.
Ce film met en scène un ministre d'un pays arabe qui s'oppose aux compagnies
pétrolières multinationales qui exploitent les ressources d'or noir
de son pays avec la complicité du gouvernement et au détriment du peuple
qui reste toujours exploité puisque les profits sont réinvestis en Europe.
Dans ce film, Souheil Benbarka perd l'originalité formelle des "Mille
et une mains". D'un rythme long et d'un enchaînement dichotomique,
on a l'impression d'être devant une imitation maladroite du style des
films policiers "engagés" italiens. Les dialogues sont en
Français.
Pour Jean-Louis Bory, ldrslt}}ce à lui, à intéresser le public à un
problème de l'actualité politique en le divertissant sans l'en détourner.
Toute la difficulté est là. (...) Dans "Les
Mille et une Mains", Ben Barka montrait la misère matérielle
et morale du petit peuple des teinturiers de Marrakech. Et l'on se rappelle
que l'élément romanesque, pas toujours heureusement raccordé à l'admirable
documentaire romancé, nuisait au film. "La Guerre du Pétrole n'aura
pas lieu" semble beaucoup plus homogène. Le "roman" se
voit réduit à si peu que rien. Aucune intrigue amoureuse, par exemple.
Les vies privées sont rejetées dans les coulisses. Seul compte l'affrontement
des forces politiques qu'incarnent les personnages. (...) Une seule
inquiétude. (...) Ben Barka se trouve à la croisée des chemins. Francesco
Rosi oui, Costa-Gavras
non.»
Quant à C.M. Cluny, il trouve dans les oeuvres de Souheil Benbarka une
faculté néfaste d'attendre le destin, de l'accepter par avance selon
une extraordinaire vocation fataliste que le cinéaste fixera dans "La
Guerre du Pétrole n'aura pas lieu" les ouvriers et leurs familles,
les uns dans l'usine, les autres accrochés aux clôtures métalliques,
assisteront passivement à la mise en place du dispositif de répression,
ils ont l'habitude et le "droit" de les détourner de leur
sens. Le brûlant discours du ministre libéral (qui devrait être lu dans
toutes écoles et universités du Tiers Monde et qui reprend un discours
de l'ex-ministre tunisien Ben Sâlah' (Ministre de l'économie connu pour
ses réformes radicales dans les années soixante) va être deux fois détourné
de son sens : 1. Les actes ne seront pas ceux que les mots laissaient
présager; 2. ils vont alimenter un procès truqué. Le ministre (cela
arrive) se retrouve, comme les ouvriers qu'il n'a pas soutenus, avec
lesquels il n'est pas lié par une communauté de classe, pris au piège
d'une Histoire qui se joue ailleurs. Le spectacle cinématographique,
parfois très fortement dramatique, reste au moins dans la seconde moitié
du film au service d'une crédibilité nécessaire. Tout un pan du cinéma
italien contemporain est fondé sur une conception analogue, qui renverse
les données du néo-réalisme et abandonne l'approche sentimentale et
humaniste des problèmes. La facture est effectivement très italienne
(celle de "Enquête sur un citoyen..." d'Elio Petri par exemple),
et on peut sans doute supposer, de la part de Souhayl Ben Barka, une
volonté un peu périlleuse et spectaculaire d'aller vite dans la démonstration,
de jeter sans plus attendre le cinéma arabe dans la bataille de l'information
et du refus. Mais qui recevra ce cinéma mobilisateur ? Les affiches
étaient à peine sèches sur les murs de Rabat (et à Casablanca) que les
autorités faisaient connaître l'interdit dont le film était frappé (Octobre
1975)... En dernier lieu, les Marocains sans doute»
Les raisons de l'interdiction de ce film, d'après le réalisateur, revient
au fait que le film était compris dans le sens qu'il touche à l'image
d'un pays ami du Maroc, l'Arabie Séoudite, en l'occurrence; et-ce malgré
que les autorités marocaines lui ont octroyé tous les grands moyens
pour la réalisation des certaines séquences de film, dont une partie
de l'armée, les locaux de la société pétrolière marocaine SAMIR à Mohammedia...etc.
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