
Le cinéma africain
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Présentation générale
L'afrique est à la fois le continent le
plus pauvre (à l’exception de l’enclave blanche d’Afrique du Sud)
et celui qui a le plus souffert de la dépendance coloniale consécutive
à la traite. Décor pour les films exotiques, l’Afrique a été aussi
pour le documentaire au long cours un terrain d’élection (La Croisière
noire de Léon Poirier, 1926) ainsi que pour le film ethnographique
des années cinquante. Le plus connu des ethnographes, Jean
Rouch, qui a commencé à filmer en 1947, a évolué peu à
peu vers un cinéma de semi-fiction qui a beaucoup contribué au développement
du cinéma et à la formation des jeunes cinéastes.
L’histoire des cinémas africains se sépare
difficilement de celle de la décolonisation. Il y eut d’abord des
films de Blancs tournés en Afrique. Puis, à partir des années soixante,
les nouveaux États africains ont été confrontés au problème de savoir
quel rôle, quelle orientation, quels moyens donner au cinéma. Problème
technique mais avant tout problème politique : celui de la possibilité
de promouvoir un cinéma national.
Si l’on excepte l’Égypte, pays producteur et exportateur de films depuis
les années trente, l’Afrique n’est jusqu’à la Seconde Guerre mondiale
qu’un décor. La «découverte» de l’Afrique va précéder celle des Africains.
Il en est ainsi pour La Croisière noire de Léon Poirier (1926), pour
La Grande Caravane de Jean d’Esme (1936) ou pour les films réalisés
dans l’ex-Congo belge par André Cauvin (Équateur aux mille visages,
1949). Des films plus ambitieux comme Le Voyage au Congo de Marc
Allégret (1927, sur le voyage de Gide) n’échappent pas à
cette volonté d’illustration. Cependant, de plus en plus, des cinéastes
non africains vont (parfois dans des conditions difficiles : guerre,
illégalité) populariser et faire avancer le combat pour l’indépendance.
C’est le cas du Français René Vautier qui réalise pour le F.L.N. L’Algérie
en flammes, comme il avait en 1950 réalisé illégalement en Côte-d’Ivoire
Afrique 50. C’est aussi le cas de l’Américain Lionel Rogosin et du Danois
Henning Carlsen, l’un avec Come Back Africa (1959) et l’autre avec Dilemme
(1962) qui témoignent sur la condition des Noirs victimes de l’apartheid
en Afrique du Sud. D’une façon moins risquée, d’autres cinéastes font
connaître sinon les luttes, du moins la vie quotidienne des Africains.
C’est Richard Leacock et son court métrage Kenya (1961) ou Sean Graham
qui tourne au Ghana en 1952 The Boy Kumasena. Au même moment, en dépit
de leurs ambiguïtés, les films ethnologiques ont l’avantage de mettre
l’accent sur la vie concrète des Africains, ce qui rompt dans une certaine
mesure avec la vieille image mystifiante de l’Afrique. Ethnologue et
cinéaste, Jean
Rouch, est déjà l’auteur des Maîtres fous (1956), de Jaguar
(1956), de La Chasse au lion à l’arc (1965); lorsqu’il intitule un de
ses films Moi, un Noir (1959), il désigne la limite de ce qu’il peut
faire et le moment où il revient aux Africains eux-mêmes de prendre
la caméra.
L’indépendance politique acquise, la question du cinéma africain se
pose en termes nouveaux : que vont décider les nouveaux États ? Car
la distribution des films continue à être assurée par des compagnies
étrangères dont la toute-puissante M.P.E.A.A. américaine. L’Afrique
francophone () est contrôlée par deux sociétés françaises : la Comacico
et la Cecma. À cela s’ajoute la quasi-inexistence, héritée de l’époque
coloniale, de toute infrastructure (studios, techniciens) permettant
la production des films. Le combat pour un cinéma national qui corresponde,
de la conception à la consommation, à la culture et aux besoins africains
ne fait que commencer. À partir de 1960, ce combat a souvent pris la
forme de la nationalisation, avec des bonheurs divers.
La nationalisation provient (mais pas toujours) d’une inspiration politique.
Elle implique que le gouvernement ait une vision d’ensemble des problèmes
du cinéma. L’orientation est dans ce cas plus volontiers tournée vers
le didactisme, le documentaire. Par exemple, en Guinée, le film de M.
L. Akin Le Sergent Bakary Woulen parle de la tradition du mariage forcé.
En Algérie, après une première période de films de prestige consacrés
à la guerre de libération (notamment La Bataille d’Alger, 1966, tournée
par Gillo
Pontecorvo pour Yacef Saadi), on a vu éclore un cinéma djidid
(nouveau) qui se fixe comme objectif d’expliquer, de populariser la
révolution agraire : El Faham (Le Charbonnier, de M. Bouamari, 1972).
Ailleurs, les films réalisés le sont dans des conditions incertaines
et dans l’isolement. Leurs thèmes sont le plus souvent la lutte contre
le colonialisme et ses séquelles (Soleil O de Med Hondo, 1969), la libération
de la femme (La Noire de... de Ousmane Sembene, 1966), le déracinement
(Concerto pour un exil de Désiré Ecaré, 1968) et la culture africaine.
Ousmane SembeneDe ce point de vue, l’oeuvre de Ousmane Sembene marque
un tournant, par son souci de donner au cinéma africain une forme spécifique,
et non seulement inspirée des modèles occidentaux.
Reste, encore maintenant, les difficultés que rencontrent les films
africains dans leur diffusion : le public urbain n’a souvent accès qu’à
des productions américaines, ou à des films produits en Inde ou en Égypte,
tandis que le public rural est à la merci des circuits itinérants. D’où
l’importance des festivals de Carthage et surtout de Ouagadoudou (Fespaco),
créé en 1980 au Burkina Faso, qui accueille aussi bien les films du
Maghreb ou d’Égypte que ceux d’Afrique du sud.
Actuellement, on peut dire que les pays de l’aire francophone (ex.
française ou belge) assurent le gros de la production cinématographique
: Sénégal (avec Ousmane Sembene, Djibril Diop Mambéty, Moussa Touré),
Burkina Faso (Idrissa Ouédraogo, Gaston Kaboré, Pierre Yaméogo), Mali
(Souleymane
Cissé), Côte d’Ivoire (Ngoan Roger M’bala). L’Afrique
centrale est surtout présente avec le Cameroun (Bassek Ba Kobhio, Jean-Marie
Teno, Jean-Pierre Bekolo). Dans l’aire anglophone, mais sans bénéficier
des mêmes aides financières que les anciennes colonies françaises, le
Nigera connaît la production la plus riche (Olaniyi Areke, Saddik Balewa,
Brenda Shehu). Dans l’aire lusophone, enfin, seule la Guinée-Bissau
se signale (Flora Gomes). Si beaucoup de ces oeuvres demeurent confidentielles,
la diffusion de certaines d’entre elles hors d’Afrique, notamment dans
les festivals, et la reconnaissance internationale conférée à Ousmane
Sembene, Souleymane
Cissé, Idrissa Ouédraogo, assurent la spécificité
du cinéma africain.

Le cinéma maghrébin
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Les trois pays qui constituent l'essentiel
du «Grand Maghreb», malgré l'unité linguistique et le souvenir
de l'influence française, présentent des différences caractéristiques
au niveau de la production cinématographique. La consommation
demeure néanmoins dominée par les cinémas français, américain
et égyptien.
Si l’on exclut les films tournés
sur place par la métropole à la recherche de paysages et
d’exotisme (cinéma colonial), le cinéma commence avec l’indépendance,
donc avec un retard impossible à combler pour des pays sous-développés
en matière d’industrie cinématographique. Inversement, l’ancienne
métropole joue un rôle attractif, d’où une «fuite des talents»
qui contribue à créer un genre nouveau, le «cinéma de l’émigration».
Le cinéma d’après l’indépendance doit compter avec l’apport
des capitaux, des équipements et du savoir-faire des pays
développés. Il n’a pas le temps historique de se constituer
un imaginaire spécifique, élément essentiel pour la constitution
d’un marché national.
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Année
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Le
Festival de Cannes et le Maghreb
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| 1966 |
Le
Vent des Aurès, Mohamed
Lakhdar-Hamina (Algérie) |
| 1975 |
El
Chergui ou le silence violent, Moumen Smihi (Maroc) |
| 1977 |
Omar
Gatlato, Merzak Allouache (Algérie) |
| 1985 |
Le
Thé au harem d’Archimède, Mehdi Charef (Algérie) |
| 1986 |
L’Homme
de cendres, Nouri Bouzid (Tunisie) |
| 1988 |
La
Rose des sables, Mohamed Rachid (Algérie) |
| 1990 |
Le
Collier perdu de la colombe, Nacer Khemir (Tunisie)
Halfaouine, Farid Boughedir (Tunisie) |
| 1991 |
La
Plage des enfants perdus, Jilali Ferhati (Maroc)
Chikh Khan, Mahmoud ben Mahmoud (Tunisie) |
| 1993 |
La
Légende du septième dormant, Mohamed Chouikh (Algérie)
À la recherche du mari de ma femme, Mohamed Abderrahmane
Tazi (Maroc) |
| 1994 |
Machaho,
Belkacem Hadjadj (Algérie) |
| 1996 |
La
Colline oubliée, d’Abderrahmane Bouguermouh (Algérie) |
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Algérie
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L'Algérie a mis en place, au lendemain de l'indépendance, des
structures étatiques qui ont favorisé la production en l'orientant
vers la célébration de la lutte de libération et de la construction
d'un pays neuf, au détriment des préoccupations esthétiques.
Tandis que certains cinéastes, comme Mohamed
Lakhdar-Hamina (le Vent des Aurès, 1966; Chronique
des années de braise, Palme d'or au festival de Cannes en 1975),
jouaient la carte de la production officielle, d'autres tentaient
une approche plus personnelle, tel Merzak Allouache, dont le
parcours est significatif, de Omar Gatlato (1977), chronique
du petit peuple algérien, à Bab el Oued (1994), sur l'Algérie
en guerre civile, puis à Salut cousin!! (1996), hommage à l'Algérie
par le biais quasi obligé de l'émigration en France. Citons
encore, du côté des réalisateurs soucieux d'exprimer un point
de vue personnel, Assia Djebar, Mehdi Charef (le Thé au harem
d'Archimède, succès international en 1985), Mohamed Chouikh
(El Kala, 1988; Youssef, la légende du 7e dormant,
1993), Mohamed Rachid (la Rose des sables, 1988, plongée dans
le Grand Sud) ou Belkacem Hadjadj (Machaho, 1994, chronique
berbère).
Le parallèle avec le Maroc est éclairant si l’on souhaite apprécier
les chances d’extension du cinéma en pays en développement et
récemment décolonisé : du côté marocain, on trouve tous les
avantages et les inconvénients du marché; du côté algérien,
tous les avantages et les inconvénients du tout-État.
Les combattants algériens avaient commencé à s’intéresser au
cinéma avant de sortir du maquis. Dès 1965, une infrastructure
est en place, avec l’organisation de la R.T.A., la création
d’une société de production (Casbah-Films), la naissance d’un
Centre national du cinéma et l’ouverture de laboratoires. Les
premiers films (Une si jeune paix, de Jacques Charby, et L’Aube
des damnés, de Ahmed Rachedi) sortent dès 1964. Les films suivants
témoignent d’une volonté de célébrer la lutte de libération
et la construction d’un pays neuf. Les cinéastes algériens n’ont
pas à se soucier de rentabilité, mais sont suspects d’«élitisme»
s’ils s’engagent dans des recherches esthétiques. D’où une stagnation
du langage cinématographique. Certaines personnalités parviennent
à surmonter partiellement ce double écueil. Quelques jalons
: Le Vent des Aurès (1966) de Mohamed
Lakhdar-Hamina (qui deviendra une sorte de cinéaste
officiel); Le Charbonnier (1972) de Mohamed Bouamari; Chronique
des années de braise (1975) de Lakhdar-Hamina;
Omar Gatlato (1977) de Merzak Allouache (l’un des plus attachants
parmi les films algériens, tourné vers la vie quotidienne);
La Nouba des femmes du mont Chenoua (1977) de la romancière
Assia Djebar; Les Sacrifiés (1982) de Okacha Touita, ainsi que
Le Rescapé (1987); Un amour à Paris (1986-1987) de Merzak Allouache;
El Kalaa (1988) de Mohamed Chouikh; Louss (La Rose des sables,
1989) de Mohamed Rachid; Adhilai Al Beida (Ombres blanches,
1991) de Saïd Ould-Khelifa. À ce jour, l’avenir du cinéma algérien
est suspendu à l’avenir du pays lui-même.
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Egypte
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Si les premières
projections des frères Lumière (à Alexandrie, dès 1896) emportèrent
immédiatement l’adhésion d’un très large public, ce furent
des étrangers, et principalement des Italiens, qui produisirent
jusqu’en 1917 les premiers films locaux. À cette date, l’Égypte
comptait déjà plus de quatre-vingts salles.
Les petites comédies de Mohammed Bayyumi, comme le Chef de
service (al-Bash Katib, 1920), connurent un certain succès ;
ce n’est pourtant qu’en 1927 que fut tourné le premier long
métrage national, Leila, produit et interprété par Aziza Amir.
Premier réalisateur égyptien, Mohammed Karim, dont le nom resta
associé à celui de l’acteur-réalisateur-producteur Youssef Wahbi,
réalisa la même année Zeinab, film qui assura la transition
avec le parlant dans sa deuxième version.
La défaite de 1967 provoqua un choc dans les esprits. Le Moineau
(al-Usfur, 1973) marqua un tournant dans l’oeuvre de Youssef
Chahine, qui s’exila au Liban de 1965 à 1969 ; le
groupe du Cinéma nouveau, fondé en 1969, rassembla de jeunes
cinéastes en opposition au cinéma traditionnel, sans apporter
d’orientations vraiment nouvelles.
Avec sa trilogie autobiographique Alexandrie, pourquoi ? (Iskandariyya
lih ?, 1978), la Mémoire (Hadduta Misriyya, 1982) et Alexandrie,
encore et toujours (Iskandariyya kaman wa kaman, 1990), Chahine
continua à dominer le paysage artistique du pays ; l’Émigré
(al-Mohager, 1994) dut toutefois affronter la censure islamique.
Pour le reste, la critique sociale devint plus discrète, abordant
la vie quotidienne au détriment des grandes problématiques.
Le plus important des cinéastes de la nouvelle génération des
années 1980 est sans doute Mohamed Khan, auteur du Professionnel
des rues (al-Harrif, 1983) et de la Femme d’un homme important
(Zawjat Rajul Muhim, 1987) ; citons également Atef el-Tayeb,
réalisateur de l’Innocent (al-Bari, 1986) et Khairi Beshara
(Crabes, 1990). Mendiants et Orgueilleux (1991, d’après Albert
Cossery) d’Asma el-Bakri est une galerie non conformiste de
portraits de gens du Caire. Yousry Nasrallah (Mercédès, 1991,
est aussi un portrait du Caire, un genre en soi) semble annoncer
le renouvellement d’un cinéma coincé entre sclérose et censure
(À propos des garçons, des filles et du voile, 1995).
Voir
le cinéma égyptien en détail
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Maroc
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Le Maroc est indépendant depuis 1956; le premier long métrage
marocain (Vaincre pour vivre, de Mohammed B. A. Tazi et Ahmed
Mesnaoui) date de 1969. Le cinéma marocain est peu développé
malgré un équipement en salles sensiblement équivalent à celui
des deux autres pays (en 1989, 250 salles). L’État marocain
n’intervient pratiquement pas, laissant le terrain libre au
privé. Le cinéma commercial est contraint à l’imitation des
modèles. À côté d’une production commerciale médiocre, on ne
trouve qu’un cinéma esthétisant et quelques essais prudents
de cinéma politique (Mille et Une Mains de Souhel Ben Barka,
1972; Alyam ! alyam ! de Ahmed al Maanouni, 1978). Le meilleur
passe par un esthétisme raffiné : Traces, de Hamid Bénani (1970);
El Chergui, ou le Silence violent, de Moumen Smihi (1975); Mirage,
de Ahmed Bouanani (1980); Poupées
de roseau de Jilalli Ferhati (1981); Une porte sur
le ciel, de Farida Benlyazd (1988); Chroniques d’une vie normale,
de Saad Chraibi (1990); La Plage des enfants perdus, de Jilalli
Ferhati (1991).
Le Maroc, à l'opposé, a dégagé toute responsabilité étatique,
sans trouver d'équilibre entre un cinéma commercial au pire
sens du terme, et un cinéma esthétisant à public restreint :
Moumen Smihi (El Chergui ou le Silence violent, 1975), Jilali
Ferhati (Poupées
de roseau, 1981; la Plage des enfants perdus, 1991),
Farida Benlyazd (Une porte sur le ciel, 1988), Saad Chraibi
(Chronique d'une vie normale, 1990), Mohamed Abderrahmane Tazi
(Badis, 1989; À la recherche du mari de ma femme, 1993), Hakim
Noury (le Marteau et l'Enclume, 1990), Hassan Benjelloun (la
Fête des autres, 1990).
Voir
le cinéma marocain en détail

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Mauritanie
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La Mauritanie, entre Afrique de l'Ouest et Maghreb, est connue
par l'oeuvre multiforme, du documentaire au musical, de Med
Hondo (Soleil Ô, 1970; les Bicots-Nègres, vos voisins, 1973;
West Indies, 1979; Sarraounia, 1984; Lumière noire, 1994).

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Tunisie
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La Tunisie a profité
à la fois des structures étatiques, de l'ouverture sur le
marché international et de l'aide française. Nouri Bouzid
(l'Homme de cendres, 1986; les Sabots en or, 1989), Mahmoud
ben Mahmoud (Chikh Khan, 1991), Nacer Khemir (le Collier perdu
de la colombe, 1990), Moufida Tlatli (femme cinéaste, cas
relativement exceptionnel dans les pays arabo-musulmans, remarquée
pour les Silences du palais, 1994) et Farid Boughedir (Halfaouine,
1990; Un été à La Goulette, 1996) ont déjà affirmé une forte
personnalité. Le problème n'est pas celui des talents, mais
des infrastructures.
Trois longs métrages avaient été tournés dans les années
trente, dont Le Fou de Kairouan, en 1939, de Jean-André Creusi.
Dix ans après l’indépendance, un premier long métrage : L’Aube,
d’Omar Khlifi (1966). En 1957 se crée la première société
nationale de production, importation, distribution et exploitation
de films, la Société anonyme tunisienne de production et d’expansion
cinématographiques (S.A.T.P.E.C.). Les Journées cinématographiques
de Carthage, fondées en 1966, auront une grande influence
sur l’avenir du cinéma tunisien. En 1967, l’industrie, avec
le complexe industriel de Gammarth, se met en place; en 1969,
le monopole d’importation régit la distribution de films étrangers.
La production s’amorce, moitié en français, moitié en arabe.
En 1972 commence ce qu’on appellera l’«ère Hamadi Essid»
(jusqu’en 1979), du nom du nouveau président-directeur général
de la S.A.T.P.E.C. Sous son impulsion, le cinéma tunisien
s’achemine vers la reconnaissance internationale. Les Ambassadeurs
de Naceur al Ktari (1974), qui raconte l’émigration vue du
sud, est le premier film à accéder au marché européen; en
1977, Soleil des hyènes (parlant arabe) de Ridha Behi, coproduction,
présenté à Cannes, distribué à Paris (1978), bat le record
de recettes des films africains et arabes sortis en Europe.
Pourvue d’une solide structure, d’une législation, d’une
tribune internationale, d’instruments de diffusion de la culture
cinématographique, terre d’élection des productions étrangères
à la recherche de «décors d’Orient», la Tunisie semble bien
placée pour favoriser les nouveaux talents et une esthétique
cinématographique originale. Sa faiblesse tient au marché
national lui-même et, au-delà, au marché arabe, pénétré par
le seul cinéma égyptien.
En 1990, la Tunisie, compte quatre-vingt-dix salles (75 en
1985, dont 16 à Tunis) et produit un ou deux films par an.
Le cinéma tunisien existe à travers quelques auteurs de qualité
: Ridha Behi (Soleil des hyènes, 1977; Champagne amer, 1987),
Nacer Khémir (Les Baliseurs du désert, 1984; Le Collier perdu
de la colombe, 1990, d’après un classique de l’Andalousie
musulmane), Nouri Bouzid (L’Homme de cendres, 1986; Les Sabots
en or, 1989), Ferid Boughedir (Halfaouine, 1990), Mahmoud
Ben Mahmoud (Traversées, 1982; Chich Khan, 1991).

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L'Afrique subsaharienne présente une unité de civilisation
malgré la diversité des langues vernaculaires (qui constituent
souvent la version originale des films) et des influences
postcoloniales.
Le cinéma de l’aire francophone (ex-A.-O.F et A.-E.F.)
L'Afrique francophone connaît la production la plus riche
grâce à l'aide française. La distribution, peu développée
en brousse, est accaparée par les films étrangers médiocres
en ville.
Si le français y est langue officielle, les films sont
le plus souvent réalisés en langue vernaculaire. La production,
faite dans des conditions précaires (le budget d’un film
en 1991 est inférieur à 3 millions de francs français, mais
les chiffres sont en hausse), bénéficie de l’aide du ministère
français de la Coopération et de l’apport de capitaux européens.
La distribution est surtout urbaine; les points de distribution
en brousse, fixes ou mobiles, ne sont pas répertoriés. Le
C.I.D.C. (Consortium interafricain de distribution cinématographique),
héritier de l’U.G.C., diffuse sur dix-huit territoires environ
deux cent cinquante films par an (dont une douzaine de films
français et quelque 70 films indiens).
Les cinémas de l’aire anglophone et de l’aire lusophone
Les remarques générales faites à propos de l’aire francophone,
touchant la diversité des langues et les difficultés de
diffusion, restent valables ici, mais la production y est
moins riche, en raison de l’absence d’aide extérieure (Commonwealth)
et de l’état de guerre quasi permanent dans les anciennes
colonies portugaises.
Les pays anglophones, y compris l'Afrique du Sud (seule
à pouvoir disposer pour l'avenir d'une véritable infrastructure),
ne connaissent que des productions isolées, qui ne franchissent
pas les frontières, FESPACO excepté.
Le cinéma africain, souvent rural, est ainsi très marqué
par les décors de brousse et de Sahel. La recherche de l’authenticité
africaine, qui n’est pas exempte de maladresse, ne verse
pas dans le passéisme, mais tente de retrouver le chemin
d’une spiritualité ancestrale.
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Année
|
Le
Festival de Cannes et l'Afrique sub-saharienne
|
| 1963 |
Borom
Sarret, Ousmane Sembène (Sénégal) |
| 1968 |
Cabascabo,
Oumarou Gamba (Niger) |
| 1969 |
Création
du Fespaco (Festival panafricain d’Ouagadougou) au Burkina
Faso |
| 1970 |
Soleil
Ô, Med Hondo (Mauritanie) |
| 1972 |
La
Famille, Henri Duparc (Côte-d’Ivoire) |
| 1973 |
Touki
Bouki, Djibril Diop-Mambety (Sénégal) |
| 1976 |
Harvest
: 3000 Years, Haile Gerima (Éthiopie) |
| 1977 |
Ceddo,
Ousmane Sembène (Sénégal) |
| 1979 |
Memoria
e massacre, Ruy Guerra (Mozambique) |
| 1981 |
Cry
Freedom, Ola Balogun (Nigeria) |
| 1982 |
Wênd
Kûuni, le Don de Dieu, Gaston Kabore (Burkina Faso) |
| 1986 |
Yeleen
/ la Lumière, Souleymane
Cissé (Mali) |
| 1990 |
Tilaï,
Idrissa Ouédraogo (Burkina Faso) |
| 1995 |
Waati
/ le Temps, Souleymane
Cissé (Mali)
Keita, l’Héritage du griot, Dani Kouyaté (Burkina Faso) |
|
Cameroun
|
La Mauritanie, entre Afrique de l'Ouest et Maghreb, est connue
par l'oeuvre multiforme, du documentaire au musical, de Med
Hondo (Soleil Ô, 1970; les Bicots-Nègres, vos voisins, 1973;
West Indies, 1979; Sarraounia, 1984; Lumière noire, 1994).
Paradoxalement, c'est l'un des pays les plus pauvres du continent,
le Burkina Faso, qui est le plus prometteur en talents, sans
doute à cause du festival continental, le FESPACO. Outre Idrissa
Ouédraogo qui, depuis 1986, a déjà derrière lui une oeuvre immergée
dans l'Afrique profonde (Yaaba, 1988; Tilaï, 1990; Karim &
Sala, 1991), citons le pionnier Gaston Kaboré (le Choix, 1982),
et S. Yameogo (Laafi, 1991; Wendemi, 1992).
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Burkina-Faso
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C’est paradoxalement l’un des pays les plus pauvres du monde
(autrefois Haute-Volta), et même d’Afrique, qui est à l’avant-garde
du jeune cinéma africain pour les talents et pour l’organisation.
Sans doute faut-il attribuer ce fait à la création en 1969 du
festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespago), une
biennale en alternance avec les journées cinématographiques
de Carthage. Ouagadougou est devenu un lieu d’échanges entre
les cinéastes africains et une source d’information pour le
public. C’est aussi le siège de sociétés de distribution de
films et d’une école de cinéma.
Gaston Kaboré, auteur de Le Don de Dieu (1982) et Sanou Koll
(L’Émigrant, 1982) sont parmi les pionniers de ce cinéma, avec
Paul Zoumbara (Jours de tourmente, 1983). Idrissa Ouedraogo
réalise son premier long métrage, Le Choix, en 1986, mais c’est
en 1989 qu’il s’impose avec Yaaba, l’un des chefs-d’oeuvre du
jeune cinéma africain, puis, en 1991, avec Karim et Sala. Citons
encore deux auteurs qui en sont à leur premier film : Drissa
Touré (La Tradition, 1991) et S. Pierre Yameogo (Laafi, 1991).
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Côte d’Ivoire
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La Côte d’Ivoire a produit plusieurs films (Adja Tio, 1980,
de Jean-Louis Koula; Djeli, 1981, de Fadika Kramo-Lanciné; Comédie
exotique, 1984, de Kitia Touré) dominés par Visages de femmes
de Désiré Exaré (1985).
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Madagascar
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Madagascar occupe
une place à part pour des raisons géographiques; le plus prometteur
de ses réalisateurs demeure sans doute Raymond Rajaonarivelo
(Quand les étoiles rencontrent la mer, 1996)
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Mali
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Le cinéma malien est dominé par Souleymane
Cissé, qui s’est signalé dès 1982 avec Finye
(Le Vent), bien que son premier long métrage date de 1975. Son
talent a été confirmé par Yeelen (1986). À signaler aussi An
be nodo (1980) de Falaba Issa Traoré, Ta Dona (1991) de Adama
Drabo.
Souleymane
Cissé est parmi les «grands» du cinéma africain.
Il est est à l'écoute de la tradition africaine mais
attentif à la nouvelle donne géopolitique (Finye!/!le Vent,
1982; Yeelen!/!la Lumière, 1986; Waati!/!le Temps, 1995).
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Guinée
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En Guinée,
Naïtou, 1982, de Moussa Kemoko Diakité, un film dansé et chanté,
se situe un peu à part dans la production africaine. Douga, l’envol
du vautour (1991, Cheikh Doukouré) est un record de budget (12
millions de francs français). La production est plus sporadique
dans les autres pays issus de la colonisation française, en particulier
dans l’ancienne A.-E.F.
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Niger
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Le Niger
était bien parti au lendemain de l’indépendance, Mustapha Alassane,
avec Le Retour d’un aventurier (1966), suivi de Les Contrebandiers
(1971), semblait promis à une carrière de précurseur qui ne s’est
pas confirmée. Oumarou Ganda, interprète de Rouch dans Moi un
Noir, passé à la réalisation (Cabascabo, 1968; Le Wazou polygame,
1973; L’Exilé, 1980) est devenu, après sa mort, une légende. Un
prix porte son nom.
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Sénégal
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On appelle parfois Ousmane Sembène le «père» du cinéma africain.
Autodidacte, romancier, il a marqué l’entrée discrète du cinéma
africain sur la scène mondiale avec un court métrage, Borom
Sarrett (1963). Par la suite, ses longs métrages ont confirmé
son souci de revendiquer une identité africaine et des préoccupations
politiques et sociales : Borom Sarret (1963) à Guelwaar (1992),
en passant par la Noire de... (1966), le Mandat (1968), Emitaï
(1972), Xala (1974), Ceddo (1977) ou Camp de Thiaroye (1988)
une oeuvre au sens fort, marquée par le souci de s'inscrire
dans une problématique politique, sociale, culturelle, spécifiquement
africaine.
Autre «ancêtre» du cinéma sénégalais, Paulin Soumanou Vieyra
avait réalisé à Paris, en 1955, un court métrage considéré comme
une date de naissance : Afrique-sur-Seine. Il s’est, depuis
lors, consacré au court métrage.
Citons encore, pour le Sénégal, le nom de Safi Faye, une ethnologue
(Lettre paysanne, 1975; Grand-père raconte, 1989). Djibril Diop
Mambety (Touki-Bouki, 1973; Hyènes, 1990), qui mêle la fable
et la chronique, annonce avec le Franc (1995) une trilogie intitulée
Histoires de petites gens.
Le cinéma sénégalais a pris le relais des anciens dès les années
soixante-dix : Djibril Diop-Mambety, auteur et en partie producteur
de Hyènes en 1991, avait déjà réalisé en 1972 Le Voyage de l’hyène;
Ababacar Samb-Makharam, auteur de Iom en 1981, avait tourné
au Niger (Kodou, 1971). Safi Faye est, chose peu courante, à
la fois femme et ethnologue. Elle a commencé à tourner en 1972.
Après Lettres paysannes (1975) et Grand-Père raconte (1989),
elle parachève en 1991 son premier film de fiction, Mossane.
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Afrique du Sud
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L'Afrique anglophone est moins prolifique. Au Nigéria, se détachent
les films en yoruba d'Ola Balogun, diplomate, romancier, dramaturge,
producteur (Cry Freedom, 1981; Orun Mooru, 1982; Money Power,
1983), d'Olaniyi Areke (Désillusion, 1991), ou de Saddik Balewa
(Kasarmu Ce, 1991).

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Botswana
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Deux films
atypiques ont été réalisés sous le drapeau du Botswana par un
cinéaste sud-africain, Jamie Uys : Les dieux sont tombés sur le
tête I (1981) et II (1988), records de succès pour des films africains
sur les écrans français. Le cinéma sud-africain, malgré ses moyens
techniques, s’est révélé par l’apartheid, forçant à l’exil beaucoup
de cinéastes.
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Nigeria
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Au Nigeria,
géant de l’Afrique avec presque cent millions d’habitants, domine
l’oeuvre de Ola Balogun, diplomate, romancier, dramaturge et producteur.
Il est l’auteur de nombreux courts métrages et d’une bonne douzaine
de longs métrages, en langue yoruba et d’inspiration populaire
(Cry Freedom, 1981; Orun Mooru, 1982; Poney Power, 1983).
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Guinée-Bissau
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Il en est de même pour l'Afrique lusophone, trop longtemps
éprouvée par la guerre, où on ne trouve guère à signaler, hors
l'historique Mueda : Memoria e massacre (1979), de Ruy Guerra
(Mozambique), que les films de Flora Gomes en Guinée-Bissau
(les Yeux bleus de Yonta, 1992; Po di sangui, 1994).
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Mozambique
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Le Mozambique,
malgré d’énormes difficultés, s’est efforcé de développer un cinéma
documentaire à base d’équipements légers. Le cinéaste Ruy Guerra
a tourné en 1979 Mueda : Memória e massacre. Mozambicain, Ruy
Guerra a aussi tourné en France, au Brésil (Os fuzis, 1965, Les
Dieux et les morts, 1970) et au Mexique (Erendira, 1983, d’après
García Márquez).
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Ethiopie
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L'Éthiopie, qui
échappe aux découpages postcoloniaux, doit être signalée pour
le remarquable la Moisson de 3 000 ans (1976) du cinéaste
américain d'origine éthiopienne Hailé Gerima, auteur également
de Sankofa (1993).
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