Le cinéma belge

Pays bilingue, la Belgique a pu développer certaines de ses activités cinématographiques en collaboration avec la France et, plus récemment, avec les Pays-Bas. Petit pays en termes de marché, elle a cultivé certains genres avec constance (le documentaire social, le film ethnographique, le film sur l’art), suscité bien des oeuvres marquées d’influences fantastiques et surréalistes, et produit des films originaux, expérimentaux et parfois provocateurs.

LES DÉBUTS DU CINÉMA BELGE

Le cinéma s’est développé en Belgique plus tardivement que dans les pays voisins, bien que des firmes importantes comme Pathé y eussent créé des activités. Par la suite, beaucoup d’acteurs, de scénaristes et de metteurs en scène francophones firent l’essentiel de leur carrière à Paris et non dans leur pays natal (les réalisateurs Jacques Feyder et Charles Spaak, l’acteur Fernand Ledoux notamment).

Le film de fiction se développa dans les années vingt, parfois avec la collaboration de cinéastes français. Le Bruxellois Gaston Schoukens (1901-1961) réalisa dans ses propres studios une série de films populaires à petits budgets qu’il écrivait et produisait lui-même, passant allègrement de la comédie au mélodrame, du burlesque persifleur au policier (Tu ne sauras jamais, 1927; En avant la musique, 1935). L’Anversois Jan Vanderheyden (De Witte/Filasse, 1934, un triomphe) et le Bruxellois Fernand Wicheler furent alors parmi les rares à affronter les difficultés de production et de diffusion du long métrage.

Le documentaire belge a offert de brillantes réussites dès les années 1920. Les pionniers du film ethnographique, André Cauvin et Gérard De Boe, ont eu bien des héritiers, en particulier Luc De Heusch (né en 1927). Henri Storck (né en 1907), dont les premiers films furent des films expérimentaux (Images d’Ostende, 1930), des films sur l’art et des documentaires socialement engagés (Borinage, coréalisé par Joris Ivens, 1933), représente à lui seul plusieurs tendances du cinéma belge jusqu’à nos jours.

L’APRÈS-GUERRE

André Delvaux, Un soir, un train
Delvaux est au cinéma le continuateur d'une tradition littéraire et plastique qui, de James Ensor à Jean Ray et René Magritte, explore les frontières de la réalité et du fantastique.

Le film de fiction prit progressivement de l’importance en Belgique après la Seconde Guerre mondiale. Émile-Georges De Meyst, revenu de Paris en 1936 pour tourner la Mort, réalisa en 1944 et 1945 trois films patriotiques qui remportèrent un grand succès : Soldats sans uniformes, Baraque N°1 et Forçats d’honneur. Malgré les tentatives de Gaston Ariën en Flandre, de René Piccolo en Wallonie, celles du Bruxellois Paul Flon et d’Henri Storck (le Banquet des fraudeurs, 1952), malgré l’insistance de Gaston Schoukens qui remporta un énorme succès avec Un soir de joie (1955), c’est seulement après 1960 et, surtout après 1970 que des cinéastes parvinrent à se constituer des filmographies plus consistantes. Le plus important d’entre eux est peut-être André Delvaux, qui travailla en flamand aussi bien qu’en français (Un soir, un train, 1968; l’Œuvre au noir, 1988).

La veine fantastique a été illustrée par Harry Kümel (les Lèvres rouges, 1970), par André Cavens (Michaella, 1968) et par Roland Verhavert (Chronique d’une passion, 1972), mais également par Raoul Servais, auteur de films d’animation d’inspiration surréaliste (Pegasus, 1973).

Pays de la bande dessinée, la Belgique a produit de nombreux dessins animés qui en exploitaient les héros (Astérix et Cléopâtre, Albert Uderzo et René Goscinny, 1968; Tintin et le temple du Soleil, Raymond Leblanc, 1969, tous deux réalisés aux Studios Belvision). Les créations du dessinateur Jean-Paul Picha connurent également, quelques années plus tard, un très large succès (Tarzoon, la honte de la jungle, 1974; le Chaînon manquant, 1980; le Big Bang, 1986).

DEPUIS LES ANNÉES 1970

Les cinéastes belges qui ont émergé dans les années 1970 sont souvent issus du documentaire ou du cinéma militant (Robbe De Hert, Jean-Jacques Andrien). Certains furent victimes de la censure, comme Paul Meyer pour Déjà s’envole la fleur maigre (1960), redécouvert en 1995. Le cinéma expérimental, dont sont issus plusieurs cinéastes célèbres en Europe, comme Chantal Akerman (les Rendez-Vous d’Anna, 1978), est cultivé en Belgique avec constance (Boris Lehman, Roland Lethem). Le cinéma narratif a connu quelques succès récents : De Witte van Sichem/Filasse (1980) et Blueberry Hill (1988, tous les deux de Robbe De Hert), le Maître de musique (Gérard Corbiau, 1988), Bandini (Wait Until Spring, Bandini, Dominique Deruddere, coproduit par Coppola, 1989), Daens (Stijn Coninx, 1992), la Promesse (Jean-Pierre et Luc Dardenne, 1996) et le singulier C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde, 1992).

D’autres cinéastes se sont affirmés, en particulier Jaco Van Dormael (Toto le Héros, 1991; le Huitième Jour, 1996). Plusieurs écrivains, notamment Hugo Claus (le Sacrement, 1990) et Jean-Philippe Toussaint (Monsieur, 1989), furent tentés par le cinéma. Parmi les autres figures du cinéma belge contemporain, citons encore le Palestinien établi en Belgique Michel Khleifi (Noce en Galilée, 1987), Marion Hänsel (Dust, 1985; les Noces barbares, 1987), Lucas Belvaux (Parfois trop d’amour, 1991; Pour rire !, 1996), ainsi que les documentaristes Manu Bonmariage, Thierry Michel et Thierry Knauff.

L’évolution récente des institutions du pays a permis de créer dans chaque communauté de langue un système d’aide au cinéma qui facilite l’accès des cinéastes au long métrage.