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La projection du film dans la salle |
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Principe de la projection Le cinématographe des frères Lumière était un appareil réversible. Il suffisait, pour le transformer en projecteur, d’ouvrir la face arrière de la caméra et d’y adjoindre une source lumineuse.
Un projecteur possède une fenêtre identique à celle de la caméra mais présente des ouvertures devant et derrière la pellicule. Chaque image est illuminée de l’arrière à l’aide d’une puissante source lumineuse telle que celle produite par un arc de xénon (gaz). Un objectif projette les images sur l’écran de la salle de projection. La pellicule avance de manière intermittente grâce à un dispositif placé juste derrière la fenêtre de projection. Un faisceau lumineux très précis et très fin vise la piste sonore située au bord de la pellicule. La piste module ce faisceau, faisant varier l’intensité lumineuse atteignant une cellule photoélectrique; ces variations sont converties en signaux électroniques. Ceux-ci sont amplifiés et diffusés par des haut-parleurs. Les pistes de son utilisent un système de codage complexe pour produire un effet stéréo ou un effet d’environnement sonore dans la salle de cinéma et pour réduire le bruit électronique. Les techniques de projection de films à son numérique ne sont pas encore standardisées. Les films sont projetés sur des écrans de proportions variables. À l’origine, la largeur et la hauteur de l’écran respectaient le rapport-(1,33). La plupart des films américains sont aujourd’hui projetés avec un masque sur le haut et le bas de l’écran, ce qui donne un format de 1,85 on parle d’écran large. En Europe, on utilise fréquemment le format 1.66. Certains films sont réalisés avec des objectifs anamorphiques qui rétrécissent l’image horizontalement. Celle-ci donne alors l’impression d’avoir été allongée verticalement, puisque sa largeur est réduite de moitié par rapport à la hauteur. De tels films sont projetés à l’aide d’une lentille spéciale qui étire l’image horizontalement pour rétablir le rapport. L’image entière devenant alors beaucoup plus large, on projette le film sur un écran de proportion 2.35. De tels films appartiennent à la catégorie «Scope». Quelques cinémas spécialement construits à cet effet peuvent projeter des films en 70 mm; la pellicule circule horizontalement dans le projecteur et la salle nécessite un écran géant pour recevoir de telles images. Les recherches pour obtenir une image géante ont débouché sur des systèmes de projection sur écran hémisphérique selon les procédés Omnimax, Imax et Panorama. Dès lors que les projecteurs diffusent les images à la vitesse de 24 images par seconde, le mouvement ne sera restitué avec naturel que si la caméra a filmé la scène à la même vitesse. Si l’on filme à une vitesse supérieure, le projecteur ralentira l’action; on parle de l’effet ralenti. Si la caméra tourne à 48 images par seconde, la projection durera deux fois plus longtemps que prévu et l’action sera ralentie de moitié. Des caméras tournant à une vitesse plus réduite permettront l’effet opposé en accélérant l’action. On fait du cinéma accéléré à l’aide de moteurs et d’obturateurs spéciaux qui peuvent prendre des photos une par une. C’est ainsi qu’une succession de photos prises pendant une longue période est projetée à une très grande vitesse, ce qui accélère l’action des centaines ou des milliers de fois. On a utilisé cette technique pour montrer des actions très lentes telles que la croissance des plantes ou un papillon sortant du cocon. Aujourd’hui, les appareils de projection sont conçus d’une manière bien distincte de celle des caméras. L’entraînement intermittent du film se fait par un mécanisme à croix de Malte (Continzouza, 1896). L’obturateur a une forme différente pour augmenter le nombre des obturations. En effet, une projection à 24 images/seconde, donnerait sur l’écran une impression de papillotement (scintillement). On y remédie par un obturateur à plusieurs pales. Dans les projecteurs qui équipent les salles de cinéma, les lampes au xénon ont presque totalement remplacé les arcs charbon employés jusque dans les années 1970. Ces sources lumineuses ont des durées de vie de plusieurs milliers d’heures et procurent une lumière stable avec une température de couleur voisine de celle de la lumière du jour. Leur puissance s’échelonne entre 500 et 7 000 watts pour la projection des films 35 et 70 mm sur des écrans pouvant atteindre une surface de 200 mètres carrés (correspondant à une largeur de 20 m). Avec l’apparition des complexes cinématographiques, les constructeurs ont développé des équipements de projection automatiques, pour lesquels tout le programme (de 4 000 à 7 000 m) est disposé sur une seule bobine ou sur un plateau horizontal, permettant ainsi d’assurer une séance de plusieurs heures sans interruption ni intervention d’un technicien. Caméras et projecteurs anciens La première projection eut lieu en 1893, à l’aide d’un appareil conçu également par Dickson et appelé Kinétoscope. Cet appareil, une sorte de visionneuse individuelle, était enfermé dans un grand coffret et permettait la perception d’images continues à travers un viseur. Sous cette forme, ce ne fut guère qu’une attraction foraine, toutefois fort prisée. Les frères Lumière en reprirent le principe et mirent au point un projecteur sous le nom de Cinématographe. Leurs films purent ainsi être projetés sur un écran en public, la première représentation ayant eu lieu à Paris, au Grand Café, le 28 décembre 1895. Le succès fut immédiat. D’autres chercheurs, aux États-Unis (Laurie Dickson, associé à Eugène Lauste, Thomas Armat, dont le brevet fut acheté par Edison en 1896, etc.), en France (Georges Demenÿ, inventeur du Chronophotographe pour la firme Gaumont), en Allemagne (Max Skladanowsky, Oskar Messter), en Italie (Filoteo Alberini) et en Grande-Bretagne (Robert William Paul), mettaient au point à la même époque des brevets concurrents ou complémentaires (voire des contrefaçons) des brevets Edison ou Lumière. Très vite, le format de pellicule de 35 mm défini par Edison et la vitesse de projection de 16 images par seconde du Cinématographe Lumière devinrent des standards.
Il ne manquait qu’un système pratique de synchronisation du son - le Vitaphone en 1926, puis le Movietone en 1931- pour que les fondements techniques du cinéma moderne fussent tous réunis. Le fonctionnement du cinéma repose sur une propriété de l’oeil humain appelée persistance rétinienne. Lorsque le cristallin projette une image sur la rétine, la transformation des pigments des cellules photoréceptrices (cônes et bâtonnets) se traduit par un potentiel d’action qui est transmis au cerveau. Lorsque l’image s’interrompt, l’activité chimique persiste au niveau des cellules photoréceptrices et entretient l’influx nerveux pendant une courte période. Le film est une succession d’images fixes projetées à une certaine cadence pour donner l’illusion du mouvement. La plupart des films sont projetés à la vitesse de 24 images par seconde. Projection lumineuse et synthèse du mouvement Lanternes magiques Bien longtemps avant l’invention du cinématographe, on sut projeter des images grâce à la lanterne magique. Platon en avait eu l’idée avec son fameux mythe de la caverne (République, VII). Léonard de Vinci parle déjà de la chambre noire et dessine une lanterne de projection. En 1646, le jésuite allemand Kircher construit une lanterne magique. Avant eux, le moine Bacon au XIIIe siècle, et sans doute les Romains, avait déjà utilisé la lanterne magique. En tout cas, au XVIIe siècle, le mathématicien danois Wangenstein met au point une lampe de projection par lumière artificielle (1660). En 1798, on note à Paris des spectacles de projections animées (fantasmagories) réalisés par Robertson. Mais ce n’est pas encore le cinéma. Deux problèmes sont à résoudre : l’analyse et la synthèse du mouvement. Paradoxalement, il fallut découvrir d’abord la synthèse du mouvement pour chercher ensuite les moyens de l’analyser photographiquement. La persistance rétinienne et son utilisation Cette synthèse n’est possible qu’en fonction de la limitation des sens humains. Il n’y a pas à proprement parler de machine capable de faire la synthèse du mouvement. C’est à partir d’une suite d’images fixes, d’une discontinuité, que l’oeil crée du mouvant et du continu. «L’oeil ne possède qu’un pouvoir de séparation étroitement limité dans l’espace et le temps. Un alignement de points très proches les uns des autres est perçu comme une ligne, suscite le fantôme d’une continuité spatiale. Et une succession suffisamment rapide d’images distinctes, mais peu différentes, crée, par suite de la lenteur et de la persistance des sensations rétiniennes, un autre continu, plus complexe, spatio-temporel, lui aussi imaginaire» (Jean Epstein, L’Intelligence d’une machine). Si la limitation du pouvoir de séparation de l’oeil permet la photographie, la fameuse persistance rétinienne permet le cinéma et la télévision. Une perception sensorielle persiste quand l’excitation disparaît. Cette persistance est de l’ordre d’un tiers de seconde. Pour l’oeil, elle varie avec l’éclairement, la fréquence des excitations, le temps de perception. On admet qu’une impression de continuité est obtenue à partir de seize excitations par seconde. Le cinéma parlant portera cette cadence à vingt-quatre projections par seconde, et la télévision à vingt-cinq, pour des raisons de synchronisation des caméras et récepteurs avec la fréquence du courant d’alimentation (50 périodes/seconde). En 1823, le docteur Paris, un médecin anglais, découvre ce phénomène. Il le met en évidence avec un jouet qu’on peut regarder comme l’ancêtre lointain du cinéma, le «thaumatrope». Il s’agit d’un disque de carton tenu entre deux fils. Sur une face on dessine un oiseau. Sur l’autre, une cage. Avec les fils, on fait tourner le disque très vite : on a l’illusion de voir l’oiseau dans la cage. De 1829 à 1900, cette invention reçoit de nombreux perfectionnements décisifs : on dessine sur des cylindres, puis sur des bandes, les phases successives d’un mouvement, et l’on parvient à reproduire le mouvement et à le projeter. C’est le principe du «phénakistiscope» de Plateau (1833) puis du «praxinoscope» de Reynaud (1877). Ce que nous appelons aujourd’hui le dessin animé est né ainsi, longtemps avant le cinéma. Émile Reynaud réalise de nombreux films d’animation. Reste à découvrir l’analyse photographique du mouvement. L’analyse photographique du mouvement De très nombreux chercheurs, principalement des physiologistes, réussissent, dès 1852, à analyser photographiquement le mouvement, par une suite d’instantanés. Mais leurs techniques font appel à un matériel encombrant (plaques photographiques et installation de plusieurs appareils, ou plaques rotatives). Dans les deux cas (Muybridge, 1878, et Étienne Marey, «fusil photographique», 1882), on ne peut enregistrer qu’un phénomène de très courte durée.
Lorsque les pellicules photographiques de Celluloïd remplacent les plaques de verre, en 1869, l’invention du film devient possible. Imitant les bandes de papier perforé utilisées par Reynaud dans son praxinoscope, Edison enregistre en 1890 les premières vues photographiques sur film perforé (Kinetograph). Ce film de 35 mm de largeur restera le format standard de toutes les pellicules de type professionnel. Il lance aussitôt sur le marché ce que nous appellerions aujourd’hui une visionneuse pour ses films (le Kinetoscope). Dès lors, les inventions se succèdent très vite dans plusieurs pays. En 1893, le «chronophotographe» de Marey permet de projeter des films. Mais les images sont très instables. C’est alors que les frères Lumière apportent une solution définitive, pratique et simple, à l’ensemble des problèmes : enregistrement, projection, analyse et synthèse du mouvement. Leur cinématographe est la première caméra fabriquée industriellement et qui permet sans modification de projeter les films. La première démonstration a lieu le 28 décembre 1895 à Paris. Aujourd’hui encore, les caméras les plus perfectionnées, ainsi que les appareils de tirage des copies et de projection, fonctionnent sur le principe de la caméra des frères Lumière. |
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