Le péplum

Les origines

Les sujets antiques, y compris ceux qui touchent au christianisme naissant, ont été évoqués par le cinéma depuis ses origines jusqu’aux années 1960; en particulier à Hollywood (Ben Hur, William Wyler, 1959; la Tunique, Henry Koster, 1953; Spartacus, Stanley Kubrick, 1960; Cléopâtre, Joseph Mankiewicz, 1963, etc.). Des ouvrages aussi célèbres que Quo Vadis de Henryk Sienkiewicz et les Derniers Jours de Pompéi de Bulwer Lytton ont donné lieu à de nombreuses adaptations, tout d’abord en Italie dès la période 1908-1914 (si l’on ne prend pas en compte les films brefs tournés antérieurement par Ferdinand Zecca en France et par R. W. Paul en Grande-Bretagne).

Marlon Brando dans Jules César (Julius Caesar, 1953) de Joseph Mankiewicz
Adapté de la pièce de William Shakespeare, le film de Mankiewicz est l'un des sommets du péplum. Marlon Brando y campe un Marc-Antoine mémorable, aux côtés de James Mason (Brutus) et de John Gielgud (Cassius).

On date la naissance du péplum monumental avec Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914), où apparaît déjà le héros Maciste, interprété par Bartolomeo Pagano. Le succès du film incita d’autres réalisateurs (Maria Paquali, Enrico Guazzoni, Jacopo Oliviepo, Romeo Bossetti ou Giuseppe De Liguoro) à exploiter la veine, avec un bonheur inégal. De fait, malgré les superproductions américaines, le genre relève typiquement des studios italiens, où il développa ses propes codes à la fin des années 1950.

Kirk Douglas dans Spartacus (1960) de Stanley Kubrick
Kirk Douglas incarne un gladiateur thrace, meneur d'une rébellion contre le pouvoir romain en 73 av. J.-C. Esclave dans une carrière de Libye, il est remarqué et arraché à sa condition par Batiatus, l'homme qui dirige l'école de Capoue, la plus fameuse des écoles de gladiateurs. Au terme de son épopée, l'ancien esclave, qui s'était donné la liberté de vivre et de mourir comme il l'entendait, finira crucifié. Acteur principal et producteur exécutif du film, Kirk Douglas remplaça le réalisateur Anthony Mann par le jeune Stanley Kubrick, qui l'avait déjà dirigé dans les Sentiers de la gloire (Paths of Glory, 1957).

Charlton Heston dans Ben Hur (1959) de William Wyler
Fils d'une noble famille juive, Judas Ben Hur est injustement condamné aux galères. Il échappera aux pirates, deviendra le fils adoptif d'un consul romain, se vengera de son ennemi Messala lors d'une mémorable course de chars et assistera à la montée au calvaire du Christ. Habitué à jouer des personnages à la destinée hors du commun (Moïse, Jean-Baptiste, Antoine, Michel-Ange, etc.), Charlton Heston incarna avec passion cette figure légendaire. Le film, l'un des plus célèbres péplums de l'histoire du cinéma, fut récompensé par 11 oscars et connut un succès international.

Maciste avait été le héros d’une série de films patriotiques et populaires entre 1916 et 1926 (Maciste aux Enfers, Maciste all’inferno, Guido Brignone, 1925), avant de connaître une fortune aussi insolite que durable quarante ans plus tard (Maciste contre Zorro, Zorro contro Maciste, Umberto Lenzi, 1963; Maciste contre les hommes de pierre, Maciste e la regina di Samar, Giacomo Gentilomo, 1964); quant au cinéma mussolinien, il tenta d’ériger le péplum au rang d’épopée nationaliste (Scipione l’Africano, de Carmine Gallone, 1937).

L’âge d'or du péplum italien

Production populaire des années 1958-1965, où le pire côtoie le (rare) meilleur, le péplum italien sollicita des acteurs et des réalisateurs internationaux; notamment Jacques Tourneur, qui tourna la Bataille de Marathon (la Battaglia di Maratona) en 1959. Il se divisa entre péplum «historique» (Troie, Marathon, Carthage, Rome, les premiers chrétiens, Néron, Cléopâtre, Fabiola, etc.) et péplum «mythologique», avec les héros antiques Hercule et son successeur Maciste.

Le péplum a eu ses spécialistes, comme Sergio Leone (le Colosse de Rhodes, il Colosso di Rodi, 1961) et Domenico Paolella (Hercule contre les tyrans de Babylone, Ercole contro i tiranni di Babilonia, 1964), deux futurs réalisateurs de westerns à l’italienne, ou encore Vittorio Cottafavi, ancien réalisateur de mélodrames à qui l’on doit deux des films les plus représentatifs du genre : les Légions de Cléopâtre (le Legioni di Cleopatra, 1959) et Hercule à la conquête de l’Atlantide (Ercole alla conquista di Atlantis, 1961).


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